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Théâtre
«Si on savait…» : repasser le film d’une vie avec Philippe Houbert
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«Si on savait…» : repasser le film d’une vie avec Philippe Houbert
■ Vincent Pellegrin campe le personnage principal, Philippe Houbert est une «entité». Julie Tyack et Christophe St Lambert sont aussi de la partie.
Rendez-vous du 18 au 23 mai prochain au Caudan Arts Centre, avec «Si on savait…», une production de Philippe Houbert et Daniel Mourgues.
-«Vous êtes mort ! -Vous avez des regrets ?»
Ainsi démarre Si on savait…, la nouvelle aventure théâtrale de Philippe Houbert et Daniel Mourgues. La pièce est à l’affiche au Caudan Arts Centre du 18 au 23 mai, à 20 heures. C’est une comédie signée Eric Fraticelli, que le tandem a choisi. Et non pas une pièce de boulevard. «Cette fois, ce n’est pas le mari-la femme-l’amant, c’est une vraie comédie. Nous avons eu envie de changer», explique Daniel Mourgues, metteur en scène.
Une pièce choisie pour son point de départ : le personnage principal est mort. «Pour une comédie, ça semble bizarre, mais en même temps, cela rejoint beaucoup de fantasmes des vivants. Si, avant de mourir, on avait su, on aurait fait autrement. On aimerait bien revenir en arrière», ajoute Daniel Mourgues.
Pour mener ce voyage dans le temps et dans l’existence d’un cheminot (joué par Vincent Pellegrin), il y a une «entité indéfinissable» incarnée par Philippe Houbert. Une entité complètement dans l’air du temps, qui, tablette à la main, fait défiler les séquences d’une vie d’époux, de père. Celles que le personnage de Vincent Pellegrin aurait aimé avoir vécues autrement.
La mécanique de Si on savait… : «Nous jouons la scène telle qu’elle s’est passée dans la réalité. Puis une seconde fois, avec ce que le personnage aurait aimé changer», détaille le metteur en scène. Tout cela sur fond d’histoires de cœur. Mais surtout avec de «jolis messages. Il y en avait déjà dans Inavouable (Ndlr : la comédie d’Eric Assous que Houbert et Mourgues ont montée en 2023). J’aime bien ces comédies qui vont au-delà».
Un exemple de message ? Au fil des scènes, on apprend que le personnage prin- cipal a eu une maîtresse. «Comme beaucoup d’hommes, le personnage trouve que c’est dans l’ordre des choses. Qu’il n’y a rien d’extraordinaire qu’il ait trompé sa femme.Que c’est “humain”.» L’entité se chargera de lui faire repenser à la situation. Et avec le personnage, entraîner le public dans la remise en question. «On ne va pas refaire le monde», reconnaît le metteur en scène. Mais on sent tout de même l’intention de donner le temps à des vérités, des sujets encore tabous, de percuter. «J’espère que le public réagira à ce genre de choses», souhaite le metteur en scène.
Avec Philippe Houbert, c’est en découvrant la pièce Si on savait sur la chaîne Paris Première qu’ils ont réagi. «Nous avons été franchement séduits par cette pièce». Avant de commencer à chercher comment transposer les trois décors de la version parisienne au Caudan Arts Centre. Avec le concours de leur fidèle décorateur, Sabeer Bahadoor. «C’est la seule difficulté. Dans la pièce que nous avons vue sur Paris Première, il y avait une scène tournante. Au Caudan Arts Centre, cela devrait être une toile sur laquelle il y aura des projections.»
La question des décors – épurés dans Si on savait… – a le don de rappeler à Philippe Houbert les heures de gloire des représentations au théâtre du Plaza. Édifice fermé pour rénovation depuis 2004. «À l’époque, la scène tournante du Plaza avait été financée par la société des metteurs en scène, à laquelle appartenait Guy Lagesse, Luc Legris, Roland mon oncle, etc. Cette société des metteurs en scène a toujours œuvré pour essayer d’améliorer les choses au théâtre», se souvient Philippe Houbert.
Le Plaza est fermé depuis 22 ans. «C’est dramatique», se désole le comédien. Qui a aussi une pensée pour le théâtre de Port-Louis, fermé depuis 2008. En regrettant la disparition de la fosse d’orchestre et les modifications de l’acoustique de l’édifice. «Je veux bien qu’on raye le colonialisme, mais ces théâtres font partie de l’histoire d’un pays», souligne Daniel Mourgues. «Regardez le touriste. Cela fait des années qu’il a changé. Il cherche du contenu, de la culture, du sens.» Philippe Houbert pense également à La Citadelle, cette, «très belle salle de spectacle. On a fait quatre énormes spectacles là-bas avec la Mauritius Commercial Bank, avec 2 500 places. Avec le spectacle sur le Père Laval, on a fait 35 000 spectateurs. Cela laisse rêveur. Aujourd’hui, c’est inimaginable».
A distribution : Place aux habitués
Dans Si on savait… on retrouve des comédiens ayant participé aux précédentes aventures théâtrales de Philippe Houbert et Daniel Mourgues. «Il n’y a que des habitués. Nous avons joué la sécurité. Les castings sont devenus difficiles. Avant, les gens venaient pour jouer, pour s’amuser», note-t-il. «C’est plus difficile de trouver des gens avec la souplesse qu’il y avait avant. Les choses se sont professionnalisées, en tout cas, dans l’esprit. Mais on a perdu de la fraîcheur, de la spontanéité.»
Le metteur en scène de corriger: «On ne s’amuse pas du tout pendant les répétitions, on travaille. Dès le départ, je dis aux comédiens : ce n’est pas maintenant que vous allez vous amuser. Vous allez vous amuser quand on aura fini les répétitions et qu’on sera au théâtre.» Quand le comédien sait son texte, qu’il a assimilé les directives du metteur en scène, comme se déplacer sur telle réplique ou boire sur telle autre.
Si on savait… est la dixième pièce que monte le tandem, depuis La cage aux folles, en 2011. «On a toujours prêché : allez-y, les jeunes. Voyez comment on travaille, voyez la manière de faire de la qualité. Et puis, allez-y, montez vos pièces.» Daniel Mourgues et Philippe Houbert se qualifient eux-mêmes de «papys du théâtre». Qui consacrent quatre mois d’intenses répétions à chaque pièce.
La distribution fait la part belle à Vincent Pellegrin, Christophe St Lambert. Mais aussi Julie Tyack et Elodie Jaco- bée, «la nouvelle» de l’équipe. «Elle vit à Maurice depuis de nombreuses années et a participé aux spectacles de Marie-Ange Koenig. Nous avons souvent identifié des talents grâce à ces spectacles. Elodie Jacobée n’avait jamais eu la chance de jouer une pièce. On a vu que c’était une fille de caractère. Ça se voyait dans les rôles qu’elle a joués. On sent que derrière, il y a du répondant. Elle joue bien, elle joue juste. Cela correspond parfaitement au personnage de Si on savait…»
Cette fois, ce n’est pas Philippe Houbert qui campe le premier rôle, mais Vincent Pellegrin. «On s’est plantés», confie le metteur en scène. Cette pièce devait être jouée l’an dernier, mais le tandem a décidé de laisser passer une année. «Philippe Houbert devait avoir le premier rôle. En revoyant la pièce, on s’est dit non. Philippe, un cheminot, en train de réparer son micro-ondes, c’est pas possible», rigole le metteur en scène.
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