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Zot le konpran !
Encore une maladresse ! À croire que Ramgoolam veut donner raison à ceux qui soulignent une déconnexion entre le gouvernement et la population. Interrogé à sa sortie d’une fonction à Triolet, ce vendredi, sur le flou entourant la réforme des pensions, le Premier ministre s’est contenté d’un lapidaire : «Pena flou, zot ki pale konpran.»
En mettant l’incompréhension sur le dos de la population, le Premier ministre rate une occasion d’expliquer la nécessité de cette réforme, au cœur de la polémique depuis la présentation du Budget 2025-2026. Pourtant, quelques instants plus tôt, lors de cette même cérémonie, le chef du gouvernement avait livré une analyse plutôt plausible sur la situation du pays en justifiant cette réforme par une absence d’alternative : «Personn pann poz la kestion : be kifer Ramgoolam pe fer reform ? (...) Parey kouma enn papa dan so lakaz li bizin fer sertenn sakrifis pou ki so zanfan kapav gagn enn lavenir devan (...)»
Ce discours, même s’il repose sur des arguments économiques, ne dissipe pas les nombreuses inquiétudes de la population. Car ce qui préoccupe aujourd’hui les Mauriciens n’est plus le principe de la réforme, mais son application concrète. Quels sont les critères qui seront utilisés et les montants que toucheront les nouveaux et futurs retraités ?
S’il y a autant d’interrogations, c’est parce que le ministre Subron, embarrassé lors de la Private Notice Question de Lesjongard ce mardi, n’a pas été en mesure de rassurer les citoyens. À chacune des questions du leader de l’opposition sur la réforme des pensions, le leader de Rezistans ek Alternativ s’est réfugié derrière la même formule : c’est en cours de finalisation et il faudra attendre le Finance Bill pour connaître les modalités de la nouvelle State Age Pension.
Ainsi, à part l’abandon du means test, enterré avant même son entrée en vigueur sous la pression de l’indignation populaire, le citoyen lambda peine toujours à comprendre ce qui l’attend. Une personne qui choisira de prendre sa retraite à 60 ans percevra-t-elle le même montant toute sa vie ? Est-il exact qu’un départ à 62 ans pourrait entraîner une pension inférieure de Rs 3 000 ? La réforme encourage-t-elle les travailleurs à repousser leur départ jusqu’à 70 ans afin de bénéficier d’une pension plus élevée ?
Autant de questions légitimes soulevées ce mardi au Parlement par le leader de l’opposition, mais restées sans réponses, renforçant l’impression d’un ministre directement concerné par cette réforme et mis à l’écart au profit d’experts qui ont décidé à la place des élus, porte-paroles des citoyens.
Le chef du gouvernement aura beau invoquer l’état catastrophique des fonds publiques, hérité de l’ancien régime, mais le fait qu’il juge nécessaire de s’entourer personnellement d’une vingtaine de conseillers – dont certains semblent davantage récompensés pour services rendus que pour leur expertise –, sans compter plusieurs nominations coûteuses dans des organismes parapublics, renvoie l’image d’un chef de gouvernement coupé des réalités.
Si le malaise post-Budget persiste, si la déception est forte, c’est parce qu’une rupture de confiance s’est installée entre l’opinion publique et un chef du gouvernement qui, quelques mois seulement après son arrivée au pouvoir, avait promis de venir régulièrement rendre compte de l’action de son équipe et répondre aux interrogations de la population.
Or, sur un sujet aussi fondamental que la réforme des pensions, le leader de l’Alliance du Changement aura tenté d’imposer les propositions venant d’un comité d’experts sans aucune consultation, tout en négligeant les aspects sensibles : l’humain, l’impact social et la remise en question brutale du welfare state. Et ce, sans véritable campagne d’explication, sans préparation psychologique de la population et, surtout, sans être capable, à ce jour, d’expliquer clairement ce qui attend les futurs retraités.
Et malgré tout ce flou, Ramgoolam choisit de renvoyer la responsabilité de l’incompréhension aux Mauriciens, en leur lançant un inattendu «zot pale konpran», alors que c’est tout le contraire : zot le konpran !
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