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«Eski to kone»

Le tailleur de pierre, un métier ancestral entre savoir-faire et disparition

5 juillet 2026, 16:00

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À Maurice, les murs en pierre, les pavages et certaines constructions traditionnelles reposent sur un savoir-faire aussi discret qu’essentiel : celui du tailleur de pierre. Un métier ancestral, encore présent sur certains chantiers, mais qui attire de moins en moins de jeunes.

Nous avons suivi Jean Michel David André, tailleur de pierre depuis plus de 20 ans, lors d’un parcours entre Mare d’Australia, Amaury et Rivière-du-Rempart afin de découvrir les différentes étapes de ce métier exigeant, de l’extraction de la pierre jusqu’à sa pose.

Issu d’une famille de tailleurs de pierre, Jean Michel David André a grandi dans cet univers. Très jeune, il observe son père à l’œuvre et apprend progressivement les gestes du métier. À seulement 14 ans, il débute son apprentissage, entièrement basé sur la pratique. «J’ai toujours été dans la pierre. J’ai appris en regardant mon père», confie-t-il.

Aujourd’hui, il perpétue un savoir-faire artisanal transmis de génération en génération. Le métier de tailleur de pierre est avant tout un travail physique qui exige force, précision et patience. Chaque bloc de roche doit être extrait, cassé, trié puis façonné en fonction de son utilisation. Sur le terrain, le travail s’effectue souvent sous un soleil de plomb et dans la poussière. Selon l’artisan, entre 30 et 60 pierres peuvent être travaillées chaque jour, selon la demande.

Eski to kone Jean Michel David André, tailleur de pierre.

Notre visite débute à Mare d’Australia. Les pierres déjà préparées y sont stockées avant d’être acheminées vers différents chantiers. On y découvre les différents formats utilisés dans la construction.

Au cœur de la roche

À Amaury, le décor est tout autre. Dans cette région riche en roche, les pierres sont directement extraites du sol avant d’être cassées et triées.

C’est également ici que nous découvrons les principaux types de pierres utilisés par les artisans : la roche bleue, aussi appelée basalte, la roche gale ainsi que la roche colorée, principalement utilisée pour les finitions décoratives ou certains aménagements.

Toutes les pierres ne peuvent toutefois pas être utilisées. Certaines se fissurent au moment de la coupe, tandis que d’autres ne présentent pas les qualités nécessaires pour la construction ou la décoration. Le tri constitue donc une étape essentielle du travail.

Eski to kone Le «gabari», un outil utilisé pour tracer et façonner les pierres avant la découpe.

Direction Rivière-du-Rempart. Sur ce chantier, nous découvrons un outil indispensable : le «gabari». Utilisé pour tracer et marquer les dimensions sur la pierre avant la découpe, il permet d’obtenir des blocs parfaitement adaptés à la construction de murs ou de pavages.

Jean Michel David André nous présente également la dernière étape du processus : la pose des pierres. Chaque bloc est installé avec minutie afin d’assurer la solidité et l’alignement de l’ouvrage.

Le chantier permet aussi de mesurer l’évolution du métier. Autrefois entièrement manuel, sans machine de découpe, il s’appuie aujourd’hui sur des outils modernes qui facilitent certaines tâches. Mais, selon l’artisan, le savoir-faire et le geste restent irremplaçables.

Eski to kone À Rivière-du-Rempart, Jean Michel David André procède à la pose des pierres sur les murs et les pavages avec précision.

Malgré son importance dans la construction du patrimoine mauricien, le métier attire de moins en moins de jeunes. En cause : un travail particulièrement physique, l'exposition permanente au soleil et des conditions souvent difficiles. «Ce n’est pas un travail facile», reconnaît Jean Michel David André.

L’artisan évoque également les difficultés économiques de la profession, notamment les retards de paiement et les clients qui ne respectent pas toujours leurs engagements.

Ce savoir-faire repose sur une poignée d’artisans encore en activité. Sans relève, le métier de tailleur de pierre risque de disparaître progressivement, malgré son rôle essentiel dans la construction et la préservation du patrimoine mauricien.

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