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Ras Max : Parcours d’un Marseillais engagé, enraciné dans l’héritage de Kaya
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Portrait
Ras Max : Parcours d’un Marseillais engagé, enraciné dans l’héritage de Kaya
■ Ras Max, sa fille, Azaria Topize et Gilbert Ducasse.
Ce dimanche, à N’JOY à Grand-Baie, les 65 ans de Kaya seront célébrés dans un événement chargé d’émotion, de musique et de militantisme. Parmi ceux qui porteront la mémoire du roi du seggae figure un artiste au parcours singulier : Ras Max, de son vrai nom Max Terra Magra. Marseillais d’origine, poète conscient et père de cinq enfants, il est aujourd’hui l’un des visages nouveaux d’un héritage musical et militant qui se réinvente à Maurice.
Installé dans l’île depuis plus de 25 ans, Ras Max découvre l’univers du seggae en pleine pandémie. «Le Covid a été un mal pour un bien. J’ai rencontré un musicien avec qui j’ai partagé beaucoup de temps. C’est à ce moment-là que je me suis remis à la musique.» Ce retour à la scène s’inscrit dans une démarche profondément engagée. Ras Max ne fait pas de musique pour divertir, mais pour éveiller les consciences. «Je suis un créateur de bandes destinées à vous ouvrir le cœur et vous conscientiser», affirme-t-il sans détour.
Il travaille actuellement sur deux albums, uniquement composés de chansons à texte engagées, abordant des thèmes sociaux, politiques et philosophiques. La rencontre avec Azaria Topize, fils de Kaya, donne une nouvelle direction à son engagement. Ensemble, ils partagent un combat cher à l’icône du seggae : la reconnaissance des droits des rastas et la légalisation du cannabis.
Leur morceau commun, Machann, rend hommage à ceux qui se sont sacrifiés pour que d’autres puissent accéder à cette plante. «Sans ces gens-là, je ne serais pas là aujourd’hui», confie Ras Max, avec émotion. Mais son combat ne s’arrête pas à la musique. Comptable de formation, Ras Max a élaboré un modèle économique autour du cannabis, convaincu que cette plante peut générer richesse, bien-être et stabilité sociale. Il insiste : «Je n’ai aucune ambition politique. Mon objectif est musical. Mais je veux laisser à mes enfants une société juste et équitable.»
Un pasteur laïc de la rue
Ce rôle de passeur, Ras Max l’assume pleinement. Il se voit comme un enseignant populaire, un «gardien», un pasteur laïc de la rue. «On ne peut pas tout contrôler dans la société, mais on peut enseigner à la jeunesse.»
Sa parole est directe, mais toujours empreinte d’humanité. Il refuse de diaboliser les jeunes qui consomment ou s’égarent : «L’alcool est sous contrôle, le gandia doit l’être aussi. C’est l’usage des drogues dures qui demande un autre type d’encadrement.» Il milite pour une légalisation encadrée, avec des licences, des règles, de l’éducation. «On ne peut pas continuer dans l’hypocrisie. Il faut éduquer, informer, encadrer.»
Avec des morceaux comme Lettre à Tiken Jah Fakoly, Ras Max s’inscrit dans une lignée panafricaniste et engagée. Accompagné par l’association African People Voices, il milite aussi pour la reconnaissance de l’africanité de Maurice. «Toutes les communautés aiment Kaya. Il est l’un des seuls à avoir fait l’unanimité.»
Pour lui, la scène n’est pas un espace d’ego, mais une tribune populaire. Il veut y transmettre des valeurs, des énergies et une lucidité sur le monde. «Maurice est au bord de la crise de nerfs. Il y a des milices, des tensions sociales... On peut encore changer les choses.»
Au fil de l’interview, un profond respect s’exprime envers Azaria Topize, qu’il décrit comme «une très belle personne, un homme admirable». Il témoigne du poids que représente l’héritage musical et militant du père disparu : «Il a été privé de son papa. Et en plus, on lui impose le fardeau de l’héritage philosophique et musical. Il l’assume avec une grâce incroyable.»
Et Azaria, de son côté, rend hommage à Ras Max : «C’est un frère dans la lutte. Il porte un message avec force et clarté.» Ce dimanche, Ras Max partagera la scène avec Azaria, Ras Ti Charles et les autres artistes du concert-anniversaire de Kaya. Le public pourra entendre Machann en live, mais aussi d’autres morceaux à texte. Si l’album n’est pas encore prêt, plusieurs singles sont déjà disponibles sur les plateformes et d’autres suivront.
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