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Julien Mounien : l’éclat d’un prodige au bout des doigts
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Julien Mounien : l’éclat d’un prodige au bout des doigts
Dans une petite maison discrète à Pointe-aux-Sables, un son s’élève, tantôt doux, tantôt furieux. Il surgit d’un clavier aux mille sons, caressé par les doigts d’un jeune homme aux cheveux en bataille, sans chaussures, comme arraché au monde réel. Voici Julien Mounien, 20 ans, fraîchement auréolé du prestigieux Trophée Michel Amsellem, qu’il a remporté en janvier lors du Music & Wine au Constance Prince Maurice.
Tout commence à l’église Marie Madeleine, là où Julien, alors enfant de chœur, découvre les notes avant les mots. Son père, Kenneth, pianiste amateur pour la chorale paroissiale, devient sans le vouloir son premier professeur. «Julien pratiquait sur mon vieux clavier après l’école ou après l’église», confie Kenneth, les yeux pétillants de fierté. Le jeune garçon, à peine sorti de l’enfance, reproduit des mélodies à l’oreille, sans partition. Un don. Un mystère. Très vite, la famille Mounien comprend qu’il y a là plus qu’un simple passe-temps.
Il commencera alors des cours de solfège avec Cédric Murthoo à Pointe-aux-Sables à l’âge de 14 ans. Cette discipline, essentielle à toute formation musicale, lui permet d’apprendre à lire, comprendre et écrire des partitions. Fort de cette base, il entamera, à 17 ans, un apprentissage plus poussé auprès du regretté Belingo Faro, figure bien connue du milieu musical disparu en avril, au conservatoire de musique.

La chambre-studio d’un rêveur
La chambre de Julien ressemble davantage à un studio d’enregistrement qu’à un lieu de repos. Dans un coin, un piano numérique à trois pédales. En face, des arrangeurs haut de gamme – ces claviers sophistiqués capables de recréer le souffle d’un orchestre ou la tension d’un solo de jazz. À côté, des guitares électriques et acoustiques. Et surtout, un ordinateur relié à un clavier numérique : l’atelier de création de Julien.
C’est dans cet univers qu’il compose, qu’il vit, qu’il apprend. À force de passion, Julien a quitté son emploi dans un centre d’appels pour se consacrer entièrement à la musique. «Il a dû arrêter pour suivre sa formation à l’étranger», précise sa mère, Aurore.
Aurore et Kenneth Mounien, accompagnés de leur fils, Julien.
S’il joue depuis toujours, c’est le concours du Meilleur jeune pianiste qui révèle Julien au grand public. Le 24 janvier, dans les salons du Constance Prince Maurice, il se présente avec une pièce inédite : Nuance de l’espoir. Un titre évocateur, un récit en musique d’un jeune aux rêves vastes, mais aux obstacles nombreux. Audace ? Oui. Pari risqué ? Assurément. Mais gagné. «Il a touché le jury», dira un des membres.*«Ce n’est pas qu’une question de technique. Julien raconte. Julien vit. Julien nous emmène.»
De Pointe-aux-Sables à Vienne
Grâce au prix Michel Amsellem, Julien obtient une bourse et s’envole pour Vienne, dans le sudest de la France. Là-bas, il suit un stage intensif avec des professeurs de jazz réputés, entouré de 25 jeunes musiciens venus du monde entier. Il est le seul Mauricien, l’un des rares Africains. «J’ai même fait découvrir le séga aux autres», raconte-t-il en souriant.
Les stagiaires avec les profs et les accompagnateurs du «JazzUp» à Vienne
Julien Mounien refuse les cases. «Je ne veux pas qu’on dise de moi que je suis juste un pianiste de jazz. Je peux faire toute sorte de musique», affirme-t-il. «Je ne suis pas excellent en lecture de partitions, mais je peux reproduire n’importe quel son à l’oreille.» Un aveu d’humilité, mais surtout de singularité. Julien apprend autrement. Il ressent.
Le chemin n’a pas été simple. Les instruments coûtent cher. La formation, les déplacements, le temps aussi. «J’ai commencé sur le vieux clavier de mon père. J’ai pratiqué en parallèle au Conservatoire François Mitterrand, puis économisé pour m’acheter mes propres instruments», dit-il. Et avec maturité :* «Tout cela a un prix. Je suis redevable envers mes parents. Sans eux, rien n’aurait été possible.»* À ceux qui doutent, Julien lance un message : «Il ne faut rien lâcher. Avec courage et persévérance, on y arrive.» Julien Mounien. Retenez bien ce nom. Car si ses mains jouent aujourd’hui pour lui, demain, elles joueront pour nous tous.
Belingo Faro: Une âme jazz partie trop tôt

Le nom de Belingo Faro évoque un swing irrévérencieux et une élégance rare. Ce jazzman mauricien au sourire discret et à la barbe poivre et sel a marqué la scène locale pendant des décennies. Improvisateur hors pair, il a formé plusieurs générations de musiciens. Julien Mounien est l’un de ses derniers élèves. Belingo est décédé en avril. Il laisse derrière lui une œuvre discrète mais influente. Pour Julien, son passage chez Faro a été décisif : «Il m’a appris à sentir le silence entre deux notes.
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