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Kronik KC Ranze

Il faut insister…

19 juillet 2026, 09:30

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Il faut insister…

Un petit retour en arrière pourrait nous faire du bien…

Après tout, POURQUOI parlons-nous de réforme du système de pensions ?

Mais parce que les finances du pays SONT en très mauvais état, entre autres, parce que la démagogie politique a engendré un système de pension beaucoup TROP LOURD À PORTER et que le MANQUE DE COURAGE des dirigeants du passé a fait que le problème a GROSSI, et que s’il n’y a pas enfin de réforme, ça va EMPIRER et COMPROMETTRE soit les autres services publics (éducation, routes, santé, port/aéroport, autres transferts sociaux etc…) ou, en bout de piste, LE PAYS luimême… Ainsi que ses habitants!

Le niveau de discussion sur le sujet est malheureusement tombé bien bas. Nous ne sommes plus du tout dans le rationnel, les chiffres et la mise en perspective, et avons dérapé vers l’émotionnel et le je-me-moi. Attaques personnelles, menaces de grève, FZD, voler pansion, agrémentent les discussions, à la place d’une réflexion sur le vrai problème. C’est décevant !

Les syndicats ont réuni moins que 10,000 personnes à Port-Louis. C’est bien, même si c’est très loin de faire le score de la manif Wakashio ! C’est une voix démocratique qui s’exprime et cela a du mérite, même si on est loin du soulèvement populaire ! Mais quand on en sort avec l’interprétation que l’on a, ainsi , un «mandat du peuple» pour faire une grève générale, n’exagère-t-on pas un peu ? Surtout quand le grand responsable des difficultés financières du pays, l’ex-PM Jugnauth, faisait partie de la foule et approuvait ce «mandat» ?

D’abord un rappel de la toile de fond financière.

Le Budget 2024-25 se terminait avec un déficit de 9,3 % du PIB, soit Rs 67 MILLIARDS. Celui de 2025-26, le premier de ce gouvernement qui augmentait l’âge de la retraite à 65 ans, affichait 6 %, soit Rs 46 MILLIARDS. Le Budget 2026-27 démarrait avec 3,7 % de déficit, soit Rs 31 MILLIARDS. La dette du secteur public ne baissait donc presque pas, scotché à 88 % du PIB , environ 650 MILLIARDS ! «Pa mo problem sa ! Zot problem sa !» ? Le recul du gouvernement sur le means test ajoute Rs 12,4 MILLIARDS au déficit. Les Rs 10,6 MILLIARDS des Chagos restent problématiques. «Pa mo problem sa !» ? Le déficit actuariel du National Pensions Fund (NPF) et des Defined Benefit Schemes du gouvernement est de Rs 166 MILLIARDS. Il y a des déficits partout : métro, MIC, CWA, casinos, WMA, CEB, MK, Silver Bank, Price Stabilisation Account de la STC, etc., etc. «ZOT problem sa !» ? Vraiment ?

C’est clairement NOTRE problème, messieurs, même s’il a été créé par d’autres! Nos dirigeants… sans doute conscient de combien l’électeur est soudoyable, avaient même promis d’encore AUGMENTER la pension à Rs 20,000 (+ 33% ! Lepep) ou à Rs 21,500 (+ 43% ! Changement), les deux promesses étant totalement irresponsables, sauf planche à billets, dévaluation de la roupie, endettement… Presque 60 des 95 pays listés par Wikipédia ont déjà une retraite à 65 ans ou plus. L’Allemagne écoutant sa propre commission d’experts va vers 67 ans dès 2031. Tous toqués ?

Comment boucher ces trous financiers faramineux ? Et ramener le niveau de la dette nationale à un niveau raisonnable, les intérêts payables actuellement sur cette dette (Rs 30,1 MILLIARDS par an) étant DÉJÀ largement supérieurs au budget de l’Éducation (Rs 22,9 MILLIARDS) et de la Santé (Rs 19,8 MILLIARDS) ! On s’en balance aussi ?

«…There is a false notion that democracy means that my ignorance is just as good as your knowledge…»

Isaac Asimov

Le rapport d’experts est un document fouillé, précis, documenté et souligne les problèmes incontournables qu’il faut solutionner. Ceux qui sont contre la réforme l’ont-ils seulement lu ? Ou trouvent-ils plus facile de s’attaquer au caractère et aux parcours de ses membres ? C’est-à-dire, de concentrer le débat sur les personnes, plutôt que les faits et les propositions…

La page 12 rappelle que la «pyramide d’âge n’est DÉJÀ plus pyramidale, qu’elle s’apparente à un obèse dont l’embonpoint remonte(ra) graduellement vers le haut, jusqu’à nous étouffer vers 2044. Le graphique parlant de la page 18 rappelle que, s’il y avait 16 personnes qui travaillaient pour chaque retraité de 65 ans+ en 1962, nous n’en sommes plus qu’à 4,7 en 2025, et même 2,98 en 2049. On savait cela ! On ignore et on se bouche les yeux ?

La pension universelle (BRP) représentait 30 % du salaire médian en 2012 et… 60 % en 2024 (page 21) ; 68 % du salaire minimum en 2018; 93 % en 2026 (page 22) ; moins de 13 % des revenus et des dépenses budgétaires du pays jusqu’en 2014; mais, respectivement 33 % et 25 % en 2024-25 (page 26). Le BRP qui représentait 22,6 % des dépenses sociales en 2013, représente aujourd’hui 45,8 % de ces dépenses! Conséquences ? La part de l’Éducation baisse d’environ 30 % à 17 % et celle de la Santé d’environ 18 % à 13 %. C’est l’effet crowding out… Le PRB joue des coudes et évince les autres dépenses, y compris les autres dépenses sociales! À 35 % du PIB par tête, notre PRB non contributif est «extrêmement généreux», comparé aux standards internationaux, nous dit le rapport. On se bouche les yeux et on continue ?

Parenthèse. Un des arguments lancés contre la réforme, est que le peuple A DÉFINITIVEMENT contribué pour le BRP puisqu’il a payé la taxe, notamment sous forme de TVA ou d’income tax – du moins pour les 19 % des employés qui en paient encore à ce jour… Ce que l’on oublie délibérément, c’est que ces «contributions» ont déjà été consommées annuellement par le budget du gouvernement, contrairement aux contributions style NPF qui sont DÉDIÉES ET INVESTIES au nom individuel de chaque citoyen et que Padayachy a éliminé dans le sillage de son initiative CSG ! Le comité d’experts propose rationnellement plus de contributions dédiées, notamment à travers la NPPF, parce que c’est la seule façon de garantir une pension décente à chaque citoyen, AVEC LE CIBLAGE, qui permettra alors au gouvernement de concentrer ses fonds en faveur des plus à plaindre. C’est la logique même. Mais qui veut encore de la logique quand le démagogique peut prospérer sur le lit fertile de la myopie et de l’état tétine pour tous ?

Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement n’a pas mieux communiqué la difficulté du pays en amont du budget, en illustrant notamment les horribles conséquences de rester dans la ligne du dernier budget Padayachy. Ils ont ainsi répété le défaut de communication de 2025 ! Bérenger n’a pas aidé en évoquant «une plus grande marge de manœuvre» illusoire. Le rapport d’experts cite des projections de la Banque mondiale à l’annexe 15, mais sous forme du % que le BRP représenterait dans le PIB jusqu’en 2050. La détérioration est claire, puisqu’ on y perdrait trois points de PIB, ce qui peut paraître mineur, sauf pour un économiste averti ; le PIB à ce moment-là ayant possiblement atteint au moins Rs 4,0 trillions! Ce qui sera d’autant plus facile à atteindre si, jusque-là, il nous faudra, mettons, Rs 145 pour acheter un dollar (*) ? Une projection du BRP non reformé comme un % des revenus/dépenses budgétaires aurait été beaucoup parlant… et dramatique ! La Banque mondiale peut-elle révéler ses hypothèses pour 2050 ?

La révolte contre les experts et la cécité volontaire face aux réalités financières n’est pas unique au pays. Quand les avis d’experts ne conviennent pas, on les voue aux gémonies et on les qualifie volontiers d’élites coupées des réalités immédiates de la population. Au Royaume-Uni, les partisans du Brexit, (Grove, Johnson, Farage entre autres), ne disaient-ils pas qu’il ne fallait PAS écouter les experts/les élites prédisant une économie plus difficile, une fois hors du marché commun ? Le mouvement MAGA de Trump allait plus loin, attaquant les sources d’informations crédibles (qualifiées de fake news par Trump, qui alignait pourtant 30 573 faussetés lors de son premier mandat ⁽**⁾, les universités et les centres de recherche, les juges, le Congrès, même les résultats d’élections, sauf si ceux-là correspondaient à ce que souhaitait les chefs!

La responsabilité politique demande que l’on ne sacrifie pas l’avenir des jeunes et vieux de demain pour le seul confort illusoire d’aujourd’hui ! Ramgoolam l’aura compris; Padayachy l’avait compromis. Être responsable n’est pas souvent une position populaire, même quand absolument nécessaire ! On préfère le distributeur de bonbons ? Bien sûr! Mais il faut insister sur l’essentiel, car les bonbons, ce n’est souvent pas bon pour la santé à long terme. Surtout quand on ne peut plus se les payer. Encore moins pour tous…

(*) Une estimation grossière, extrapolant à partir des Rs 776 milliards de PIB de 2025-26 (16,869 Bn $) et à 2 % de croissance réelle, suggère un PIB possible de 27,674 Bn $ en 2050. Peut-être Rs 4 trillions ? En effet, on peut faire de la magie spectaculaire (mais illusoire) avec une roupie qui glisse, une bonne dose d’inflation, si la croissance de PIB réel reste modeste…

⁽**⁾ Washington Post.

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