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Coupe du Monde 2026
Humeur : «Pa plore-plore, pa plore-plore»
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Coupe du Monde 2026
Humeur : «Pa plore-plore, pa plore-plore»
France-Espagne en plein air, au Big Willy’s ; Angleterre-Argentine dans les airs, au HY Ébène.
It’s been a long time coming. Après des nuits malmenées pour cause de matches retransmis à pas d’heure, suivis en solo sur des sites de streaming aléatoires, nous décidons d’aller vivre les demi-finales dans le jus des bars de sport. Histoire de se reconnecter avec les ambiances locales.
Mais on a quelques critères quand il s’agit de regarder un match de foot hors les murs. Des amis en phase, de quoi manger bon et boire bien (et modérément, cela va sans dire), une bande-son raccord et des commentaires footballistiquement crédibles. Plus qu’à trouver où. Pour France-Espagne, le 14 juillet, on opte pour Big Willy’s, à Tamarin. On nous l’a vendu comme un sportsbar, «l’un des meilleurs de l’île». Parking blindé à l’arrivée, à une petite demi-heure avant le coup d’envoi, foule hétéroclite (du jeune qui flirte, du moins jeune qui arrose sa soirée, autant de maillots bleus que rouges…), DJ à fond de balle, disposition des lieux en semi-plein air (pourvu qu’il ne pleuve pas !)…
Ça sent bon… L’estomac dans les talons après une journée de travail, on part en quête de solide et de liquide tout en cherchant un spot devant l’un des nombreux écrans, géants ici, à disposition. Mission impossible. Les cuisines sont débordées, les bars bondés… et le temps file. En désespoir de cause, on se rabat sur un food truck pas trop pris d’assaut non loin de l’entrée du lieu. Va pour un hot-dog vite fait. Le sandwich n’est pas renversant, mais il cale juste ce qu’il faut. Un forcing vers le bar pour sécuriser une Phoenix bien fraîche et nous voilà parés pour 90 minutes minimum qui promettent. On pronostique un 3-2 pour la France. L’excitation familière est là.
La première mi-temps se passe assis par terre à faire l’essuie-glace pour avoir une vision complète de l’écran entre les têtes et les bras qui s’agitent autour des tables. À la pause fraîcheur de la première mi-temps, le penalty d’Oyarzabal toujours pas encaissé, lassé de se faire bouger (derrière nous, ça veut aussi distinguer l’écran), on se fraye un chemin dans la foule compacte pour changer d’emplacement, se calmer un peu les nerfs : les Bleus, objectivement grands favoris de la compétition, sont méconnaissables ; les Espagnols déroulent.
L’excitation s’est muée en anxiété, on a besoin d’espace pour respirer. On atterrit par terre encore, devant un autre écran, plus à l’aise. Mais autour, des pro-Espagne pour le jeu, et surtout des anti-France, pour on ne sait quelle raison. Et à partir de la 58e minute, c’est foutu. Pedro Porro, on ne te remercie pas. On n’entend plus rien de la retransmission de la chaîne sud-africaine SuperSport, assourdis par des groupes plus ou moins imbibés d’alcool braillant des «Pa plore-plore Lafrans, pa ploreplore…» et des «de zero piso» qui se veulent taquins, mais qui piquent. Bilan de la soirée : on est triste pour les Bleus… affamés et assoiffés. Mais c’était globalement chouette.
Le lendemain, c’est une autre paire de manches. Il s’agit de trouver l’endroit adéquat pour le regarder en toute sérénité cet Angleterre-Argentine. Confrontation qu’on déteste depuis 1986. Breathe in, breathe out… Prenons de la hauteur. 13e étage d’un immeuble improbable à Ébène. Un skybar, nous dit-on. Va pour le HY, donc. Tout va être «super». Hope so. On arrive juste à temps, on est installé pile devant un écran panoramique géant – retransmission SuperSport à nouveau – la carte des bières a l’air alléchante, mais il n’y a finalement que de la… Budweiser (pardon, mais ce succédané de houblon n’est pas de la bière). Va pour un gin pas très tonic et du poulet croustillant qu’on mâchonne nerveusement, davantage tétanisé par l’enjeu foot que par la sauce spicy… ish. Prono : 2-1 pour l’Angleterre. Public : des pro-Argentine, pro-Budweiser. Misère. On est ressorti du HY à moitié sourd à force de se faire hurler des «Ar-gen-ti-na» dans les oreilles, dépité par l’arrogance gratuite des copains de Messi, le cœur en miettes depuis la 55e minute de jeu.
Bref, on voulait un France-Angleterre. Raté. La glorieuse incertitude du sport a encore sévi. Ce sera la petite finale à défaut de la grande rêvée.
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