Publicité

Plan de drainage des sols

Enjeu clé pour la sécurité et le développement

15 octobre 2025, 17:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Enjeu clé pour la sécurité et le développement

Le drainage des sols est une pratique essentielle pour assurer la gestion efficace de l’eau sur un terrain. Dans le secteur immobilier, un bon drainage permet de prévenir les inondations, l’accumulation d’eau stagnante et la détérioration des fondations des bâtiments. Correctement drainés, des terrains favorisent la construction durable, augmentent la valeur des propriétés et réduisent les coûts liés à l’entretien ou aux réparations dues à l’humidité et aux infiltrations.

Au-delà du secteur immobilier, le drainage des sols a un impact significatif sur l’économie locale. Des terrains bien drainés facilitent le développement urbain et industriel, réduisent les risques pour les infrastructures et contribuent à la santé publique en limitant la prolifération des maladies liées à l’eau stagnante. Dans les zones agricoles, il améliore la productivité des sols, participant ainsi à la sécurité alimentaire et à la stabilité des prix. Investir dans des systèmes de drainage efficaces constitue donc non seulement un atout pour les promoteurs et propriétaires, mais également un levier pour le développement économique et la résilience des communautés face aux intempéries et aux changements climatiques.

Ces principes sont désormais encadrés par le Land Drainage Master Plan (LDMP), prêt depuis 2022, mais rendu public le 25 août dernier. Seize régions à haut risque d’inondations ont été identifiées et classées en deux catégories : les No-Go Zones, où toute construction est interdite, et les No-Expansion Zones, où seules les extensions verticales sont autorisées. Dans un entretien à l’express, Stéphanie Oudin, coordinatrice régionale océan Indien du programme AdaptAction développé par le groupe Agence française de développement (AFD / Expertise France), rappelle qu’un protocole d’entente a été signé entre le gouvernement mauricien et l’AFD en février 2024, identifiant la prévention et la gestion des inondations comme priorités. La phase 1 du programme, menée de 2017 à 2023, a notamment permis l’élaboration du LDMP et de la stratégie nationale pour la réduction des risques de catastrophes.

La phase 2 s’inscrit donc dans la continuité de ces travaux. Soulignant que la publication du LDMP constitue un pas important et que le programme continuera d’accompagner le gouvernement dans la mise en œuvre de ses recommandations. Elle relève que l’enjeu de la gestion des inondations est directement lié aux modalités de construction et d’aménagements urbains. Un travail est en cours avec le gouvernement pour la désimperméabilisation (NdlR : rendre un sol moins imperméable à l’eau) des sols et la mise en œuvre du concept de «ville éponge» pour à la fois faciliter le drainage des eaux pluviales, leur retour à la nappe phréatique et la renaturation des villes avec le co-bénéfice biodiversité et bien être.

Car 11 % du territoire, soit 218,33 km2 , correspond aux No-Go Zones, tandis que 4 %, soit 94,01 km2 , relèvent des No-Expansion Zones. Au total, 15,5 % du pays sont considérés comme exposés au risque d’inondations. Le plan apporte ainsi aux propriétaires et promoteurs des indications sur les constructions possibles et les conditions à respecter. Pour toute construction sur les zones identifiées comme inondables aucune licence n’est délivrée. Il constitue ainsi un guide stratégique pour sécuriser les projets immobiliers à venir et planifier le développement urbain de manière durable.

Outre les risques d’inondation, le LDMP évalue les risques d’inondation et propose des actions à court et moyen termes ainsi que des mécanismes de suivi et de contrôle des systèmes de drainage. Des cartes de risques ont été établies pour 16 zones prioritaires, intégrant urbanisation, population, activités économiques et projets futurs, afin d’analyser la vulnérabilité et les coûts et bénéfices des mesures envisagées. Environ 600 km de drains principaux ont été recensés dans les municipalités et sites les plus vulnérables, tandis que les zones naturelles telles que plaines basses, marécages, rivières, mangroves et dunes jouent un rôle crucial dans le stockage et la filtration de l’eau.

Le LDMP combine des mesures structurelles comme bassins de rétention, drains et digues, avec des mesures non structurales, telles que la sensibilisation, les marqueurs d’inondation et la mise à jour des données. La relocalisation est envisagée pour les bâtiments exposés à un risque élevé ou situés dans des zones écologiquement sensibles, tandis que l’intégration du risque d’inondations dans l’urbanisme implique la limitation de l’imperméabilisation, l’adaptation des bâtiments et la planification des volumes de rétention selon les périodes de retour des pluies.

Les projets sont évalués selon les dommages évités et le niveau de protection est calculé pour des crues sur 10 à 100 ans, avec une probabilité de succès de 90 à 99 %. Les interventions sont priorisées et planifiées sur le court terme, soit 1 à 2 ans ; court à moyen terme, 2 à 3 ans ; et moyen terme, 3 à 5 ans. La maintenance repose sur un plan d’exploitation et un suivi régulier, incluant inspections après fortes pluies, maintenance préventive et corrective, nettoyage des rues, drains et cours d’eau, ainsi que le contrôle des chantiers. Le but est de réduire ou prévenir les inondations, malgré des contraintes budgétaires importantes. Même si Rs 2,4 milliards ont déjà été investies dans les projets de drains en cours, les ressources disponibles pour lancer de nouveaux chantiers restent limitées.

Toutefois, le Chief Executive Officer et fondateur du Prime Pillar Group, Kentish Moorghen, apporte son analyse sur les principales failles du LDMP, les difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre et les conséquences pour les propriétaires fonciers, promoteurs et institutions financières (voir plus bas). Outre les promoteurs, les habitants sont tout aussi inquiets. À Canal Dayot, les inondations répétées affectent maisons et commerces. «Après la dernière pluie, j’ai dû déplacer mes meubles à l’étage. Ça devient chaque année plus difficile. Et dès que la pluie commence, la crainte revient», confie une mère de deux enfants.

Dans le Sud, à Bel-Ombre, les canaux et fossés obstrués aggravent les dégâts. Sanjay Beegoo souligne que le problème vient aussi de la qualité des travaux : «Quand des drains sont posés, il n’y a pas de contrôle pour vérifier leur placement.» Les habitants ne se contentent pas de dénoncer: certains proposent des solutions concrètes. Un retraité recommande un entretien régulier des canaux : «Si nous nettoyons nos fossés avant la saison des pluies, l’eau pourra circuler normalement et éviter d’atteindre nos maisons. Bien sûr, les autorités ont leur part de responsabilité, mais chacun doit aussi faire attention : jeter des déchets dans les rues, les rivières et les canaux bloque les drains.»

Le gouvernement assure que le LDMP sera appliqué progressivement, en priorisant les zones les plus vulnérables. Les experts insistent sur l’importance d’une coordination internationale et d’un financement solide, rappelant que certains projets similaires à l’étranger ont échoué faute de suivi et de ressources suffisantes. Si le plan tient ses promesses, Maurice pourrait non seulement réduire les dégâts liés aux inondations, mais aussi servir de modèle pour d’autres petites nations insulaires confrontées au réchauffement climatique.

Pour les habitants, chaque mesure – qu’il s’agisse de zones interdites à la construction ou de systèmes de drainage innovants – représente une promesse de sécurité et de tranquillité après chaque pluie. «Nous avons besoin d’actions concrètes, pas seulement de rapports sur papier», conclut Rajen Gopal, avec l’espoir que ce plan transforme enfin la manière dont le pays affronte ses eaux pluviales.


Inspiration internationale et études de cas

Le pays peut tirer des leçons de nombreux pays confrontés aux pluies extrêmes et à la montée des eaux. Des études menées par la Banque mondiale et l’ONU indiquent que les petites îles sont parmi les plus vulnérables au changement climatique, en raison de leur densité urbaine élevée, de la saturation des systèmes de drainage et de la montée du niveau de la mer. À la Barbade, des canaux revêtus de matériaux perméables et des bassins de rétention permettent de stocker temporairement l’eau et de protéger les zones urbaines.

Aux îles Fidji, des villages côtiers utilisent des systèmes de drainage végétalisés et des zones tampons d’arbres et de mangroves pour favoriser l’infiltration naturelle et limiter l’érosion. Une étude de l’université du Pacifique Sud a montré que ces zones tampons réduisent jusqu’à 30% le débit des eaux de ruissellement. Aux Philippines, certaines villes ont mis en place des «green streets», avec trottoirs et parkings perméables et micro-bassins de rétention pour capter les eaux pluviales. Singapour, souvent citée comme modèle mondial de gestion urbaine des eaux, combine bassins modulables, canaux régulables et espaces verts pour réduire les inondations tout en maintenant des zones résidentielles et commerciales sécurisées.

En Europe, les Pays-Bas et l’Allemagne offrent des exemples avancés. À Hambourg, un réseau de bassins et canaux végétalisés réduit de moitié l’impact des pluies extrêmes dans certains quartiers. Aux Pays-Bas, certaines rues sont conçues pour devenir des canaux temporaires lors des fortes pluies, tandis que des toitures végétalisées et des zones de rétention limitent la pression sur les égouts. Des études menées par le Deltares Institute néerlandais démontrent que ces infrastructures mixtes permettent de réduire de 40 à 60% les risques d’inondation urbaine.

En Asie, Tokyo utilise des tunnels de drainage géants capables de stocker des millions de mètres cubes d’eau lors des typhons. Ces tunnels, accompagnés de bassins de rétention et de zones vertes modulables, ont permis à la capitale japonaise de réduire considérablement les inondations urbaines depuis 2010. Porto Rico et les Bahamas, après plusieurs cyclones dévastateurs, utilisent désormais des drones et des systèmes de cartographie pour suivre le niveau des eaux, identifier les zones vulnérables et planifier des interventions rapides.

Le LDMP s’inspire directement de ces expériences : pavés perméables, toitures végétalisées, bassins de rétention et zones tampons végétalisées, associés à une surveillance par drones et technologies modernes, pour réduire la pression sur les drains et améliorer l’infiltration naturelle de l’eau.

Publicité