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Santé publique
Dysfonctionnements flagrants dans la régulation pharmaceutique
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Santé publique
Dysfonctionnements flagrants dans la régulation pharmaceutique
Des professionnels du secteur pharmaceutique, que nous avons rencontrés cette semaine, évoquent avec inquiétude l’existence de pratiques controversées au ministère de la Santé et du Bien-être, concernant notamment l’importation de médicaments et la régulation de certains produits pharmaceutiques. Plusieurs témoignages recueillis dans le secteur évoquent des procédures contournées, des conflits d’intérêts présumés et des enquêtes qui tarderaient à aboutir.
Selon plusieurs sources du secteur pharmaceutique, un système d’influence aurait opéré pendant plusieurs années autour de l’importation de certains médicaments. Des professionnels affirment que certains produits de qualité contestée auraient été introduits sur le marché mauricien en contournant les procédures normales d’autorisation.
Au cœur de ces allégations figure la proximité supposée entre certains responsables politiques de l’époque et un importateur majeur de produits pharmaceutiques. Des sources indiquent que certains médicaments auraient été fabriqués spécifiquement pour le marché mauricien, ce qui soulève des interrogations sur leurs normes de fabrication et les contrôles auxquels ils auraient été soumis. Selon ces mêmes témoignages, ces pratiques auraient favorisé certains opérateurs économiques considérés comme proches du pouvoir politique, notamment dans le cadre de financements électoraux présumés. Certains observateurs affirment que ces circuits auraient été maintenus afin de préserver ces relations en cas d’alternance politique.
? L’affaire du Molnupiravir comme déclencheur
Le dossier du Molnupiravir, médicament antiviral utilisé pendant la pandémie de Covid19, a marqué un tournant dans ces controverses. Dans le cadre de cette affaire, deux responsables du département pharmaceutique du ministère de la Santé, identifiés sous les initiales M. N. et M. J., avaient été arrêtés lors de l’enquête portant sur l’importation de ce médicament. Si les charges provisoires retenues contre eux ont depuis été rayées, plusieurs sources indiquent que les investigations liées à ce dossier se poursuivraient.
À l’époque, plusieurs professionnels du secteur – pharmaciens du privé, anciens responsables du département pharmaceutique public et spécialistes du domaine – espéraient qu’une enquête approfondie serait menée sur l’ensemble des importations de médicaments réalisées au cours des cinq dernières années. Certains plaidaient également pour un audit de qualité concernant des médicaments jugés potentiellement problématiques. Dans ce contexte, des observateurs ont exprimé leur surprise face à certaines décisions administratives.

Traditionnellement, les postes stratégiques au siège du ministère de la Santé sont occupés par des pharmaciens principaux disposant d’une longue expérience administrative et réglementaire. Or, selon plusieurs sources, M. J., qui ne détiendrait pas ce grade, aurait été affecté au siège du ministère avec des responsabilités liées à l’importation de médicaments et de compléments de santé. Cette décision suscite des interrogations parmi certains professionnels du secteur, compte tenu notamment du contexte de l’affaire Molnupiravir.
D’autres préoccupations concernent l’importation de certains compléments de santé. Des documents qui auraient été transmis à la presse et devraient être adressés à la Financial Crimes Commission (FCC) mentionne- raient l’autorisation d’importer des produits contenant des dérivés de cannabis, ainsi que du morphinum muriaticum (chlorhydrate de morphine) et d’autres composés pouvant relever de la Dangerous Drugs Act (DDA).
Selon ces documents, certaines autorisations d’importation et de mise sur le marché auraient été délivrées le même jour et par la même personne. Ces produits sont souvent présentés comme des préparations homéopathiques ou naturelles. Toutefois, leur composition, qui inclurait notamment des dérivés de Cannabis indica, Cannabis sativa, Apocynum cannabinum ou encore du morphinum muriaticum, soulève des interrogations juridiques et sanitaires.
? Risques de détournement
Plusieurs pharmaciens ayant occupé des postes de responsabilité au ministère estiment que, même sous forme diluée, ces substances pourraient relever du champ d’application de la DDA, laquelle couvre également certains dérivés botaniques et précurseurs chimiques. Selon eux, il ne serait pas toujours établi que la quantité exacte de ces substances soit mesurée dans ces préparations.
Dans un contexte international marqué par la prolifération de substances psychoactives, certains spécialistes estiment que l’importation de produits contenant des composés sensibles pourrait présenter des risques de détournement. Ces substances pourraient notamment être utilisées : comme matrices pour l’extraction d’alcaloïdes ; comme modèles pharmacologiques pour la synthèse d’analogues chimiques ; ou comme couverture réglementaire pour l’introduction de substances apparentées à des drogues contrôlées.
Autre point soulevé par plusieurs sources : l’accès à la base de données pharmaceutique du ministère. Cette base de données, qui constitue un outil stratégique pour la régulation du secteur, serait accessible de manière limitée à certains responsables, alors qu’elle devrait normalement être consultable par plusieurs pharmaciens du ministère et, selon certains professionnels, par les pharmaciens du secteur privé dans un souci de transparence.
Cette situation soulève des interrogations sur la gouvernance administrative du secteur. La nomination l’an dernier d’une pharmacienne expérimentée, identifiée comme Mme B., au poste de Registrar avait suscité l’espoir d’un renforcement des procédures réglementaires. Selon plusieurs témoignages, cette dernière aurait tenté d’introduire davantage de rigueur dans les processus administratifs. Toutefois, ses efforts auraient rencontré des résistances internes et son passage à ce poste aurait été de courte durée.

Elle aurait été remplacée par M. N., déjà mentionné dans le cadre de l’affaire Molnupiravir. Selon un document transmis à l’express, ce dernier aurait signé une autorisation de mise sur le marché d’un médicament avant sa nomination officielle au poste de Registrar et sans validation préalable de ce dernier. Or, selon les procédures habituelles, ces autorisations sont normalement signées par le Registrar du Pharmacy Board.
Face à ces éléments, plusieurs pharmaciens des secteurs public et privé appellent à une enquête indépendante et approfondie. Ils estiment qu’un examen complet devrait porter notamment sur les importations de médicaments des dernières années ; les procédures d’autorisation pharmaceutique, y compris celles concernant les compléments de santé ; et les éventuelles violations de la DDA. La FCC, qui examinerait déjà certains aspects des dossiers liés à M. N. et M. J., est appelée par certains acteurs du secteur à élargir ses investigations.
Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire soulève une interrogation plus large sur le fonctionnement du système de régulation pharmaceutique. Plusieurs professionnels de santé estiment que lorsque les mécanismes de contrôle deviennent opaques et que la confiance des acteurs du secteur s’érode, c’est l’ensemble du système de santé publique qui peut être fragilisé.
Ce que dit la loi : Section 44 (2) of the Pharmacy Act (Comptroller’s Powers)
? The Comptroller of Customs (Mauritius Revenue Authority / Customs) has the legal power to control the release of medicines at the border.
• Customs cannot release the drugs unless the necessary authorisation under the Pharmacy Act is produced.
• The authorisation normally comes from the Pharmacy Board / Ministry of Health (through the Registrar or other authorised officer).
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