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Déchets dangereux : l’équation régionale
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Déchets dangereux : l’équation régionale
■ Maurice produisait 846,2 tonnes de déchets médicaux en 2020 et environ 1 000 tonnes annuelles à ce jour, dont une partie longtemps enfouie à Mare-Chicose, faute d’incinérateurs fonctionnels dans tous les hôpitaux.
Comment gère-t-on des déchets chimiques ou médicaux quand on est une île ? La question a occupé le Club des entrepreneurs de l’économie circulaire, réuni le 14 juillet à Ébène par Business Mauritius. Sur le papier, la rencontre s’inscrit dans un projet régional au nom impossible à retenir – GEF-ISLANDS océan Indien – financé par la Global Environment Facility et porté par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Dans les faits, elle pose une question que l’île n’a pas encore vraiment résolue : que fait-on de nos déchets dangereux une fois qu’ils sont produits ?
Concrètement, ce projet accompagne les entreprises des Comores, des Maldives, de Maurice et des Seychelles pour mieux gérer les produits chimiques et les déchets dangereux, réduire leurs impacts sur la santé et les écosystèmes insulaires, et favoriser une économie circulaire non toxique. Business Mauritius est responsable de la mobilisation du secteur privé régional : faciliter le dialogue entre les acteurs de la chaîne de valeur – ports, compagnies maritimes, hôtels, opérateurs de déchets, industriels –, identifier des solutions reproductibles, encourager le partage d’expériences et développer des partenariats durables.
C’est dans ce cadre que Ralph Connery, consultant international du projet, a exposé les défis auxquels font face les petits États insulaires en la matière, ainsi que les enseignements tirés d’initiatives internationales. Il a évoqué le partenariat de transport maritime Moana Taka, dans le Pacifique, qui organise la collecte et l’acheminement des déchets dangereux inter-îles – un modèle que GEF-ISLANDS étudie pour l’océan Indien. Il a rappelé que la gestion des déchets dangereux ne s’arrête pas aux frontières nationales, ajoutant que l’adaptation d’une telle approche régionale suppose de résoudre des questions de transport maritime, de coûts logistiques, d’assurances et de conformité à la Convention de Bâle.
Au-delà du constat régional, trois entreprises mauriciennes ont partagé leur expérience du terrain : Cernol (Taylor Smith Group) sur la gestion des produits chimiques ; Ecostril sur les déchets médicaux ; et une présentation sur la réutilisation et la valorisation des batteries lithiumion. Ces témoignages ont permis d’identifier les obstacles au quotidien et les leviers pour améliorer la gestion de ces flux à Maurice. Amandine Hardowar de Rosnay, Head of Sustainability and Inclusive Growth à Business Mauritius, insiste sur cette dynamique : les entreprises sont au cœur de la solution. Réunir les acteurs autour de défis concrets devrait donc permettre de mieux cerner les obstacles, de partager les bonnes pratiques et de faire émerger des partenariats pour renforcer les filières de gestion de déchets dangereux, à Maurice comme dans la région.
Mare-Chicose, un contexte qui n’attend pas
Pour mesurer l’ampleur du problème, un détour par Mare-Chicose s’impose. L’unique site d’enfouissement du pays a été conçu pour recevoir 400 tonnes de déchets par jour. Fin 2022 déjà, il en recevait environ 1 200, soit trois fois sa capacité initiale. Une extension verticale est en cours en attendant l’entrée en service – prévue fin 2028 – de deux nouvelles installations de traitement (Integrated Waste Processing Facilities), qui devraient détourner 208 000 tonnes annuelles de déchets du site et faire passer le taux de recyclage national de 6 % à 45 %. Les déchets dangereux ajoutent un risque spécifique à cette équation. Maurice produisait 800,3 tonnes de déchets médicaux en 2018 et 846,2 tonnes en 2020, contre environ 1 000 à 1 050 tonnes par an à ce jour ; une partie a longtemps été enfouie à Mare-Chicose, faute d’incinérateurs fonctionnels dans tous les hôpitaux, une pratique contraire aux lignes directrices de la Convention de Bâle sur les déchets dangereux, dont Maurice est pourtant signataire. Les batteries lithium-ion posent un problème comparable : hautement inflammables, elles risquent de finir, faute de réglementation stricte et d’engagement des producteurs, dans les stations de transfert ou directement à Mare-Chicose, où elles pourraient transformer le site en un risque d’incendie majeur.
Le modèle évoqué par Ralph Connery n’est pas hypothétique : le Moana Taka Partnership existe depuis 2018 dans le Pacifique, où les navires de Swire Shipping transportent gratuitement, dans leurs conteneurs vides, les déchets dangereux et recyclables des îles vers des ports d’Asie-Pacifique équipés pour les traiter. Plus de cent cargaisons ont déjà emprunté cette voie. Rien de comparable n’existe pour l’instant dans l’océan Indien.
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