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COP30
Critiques et appels urgents à l’action climatique
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COP30
Critiques et appels urgents à l’action climatique
António Guterres (en médaillon) a dénoncé l’inaction face au réchauffement climatique comme un «échec moral et une négligence mortelle»
La Conférence des parties (COP) 30, à Belém, au Brésil, est marquée par des tensions fortes, des critiques et des appels urgents à l’action face à la crise climatique. Lors de la cérémonie d’ouverture officielle de la COP30, le 6 novembre, le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, António Guterres, a dénoncé l’inaction face au réchauffement climatique comme un «échec moral et une négligence mortelle». Il a rappelé que la limite de 1,5 °C demeure «une ligne rouge pour l’humanité», et a appelé à des réductions rapides des émissions, à une sortie accélérée des énergies fossiles et à une protection renforcée des forêts et des océans.
Quelques jours plus tard, le 10 novembre, Simon Stiell, secrétaire exécutif de l’United Nations Framework Convention on Climate Change, a présenté les progrès réalisés grâce à l’Accord de Paris. Selon lui, ce dernier permet désormais de ralentir la hausse des émissions mondiales. Les nouvelles contributions déterminées au niveau national (NDC) laissent entrevoir une baisse projetée des émissions de 12 % d’ici 2035 par rapport à 2019, ce qui pourrait sauver des millions de vies et éviter des pertes économiques, à condition d’accélérer davantage les réductions et de renforcer la résilience.
Les débats ont également été marqués par des tensions concernant l’influence des industries fossiles. Selon Kick Big Polluters Out, un collectif de campagnes et d’organisations de la société civile, les grandes entreprises polluantes et les lobbyistes des énergies fossiles devraient être exclus des négociations climatiques internationales comme la COP. Il dénonce qu’un participant sur 25 appartient au secteur des énergies fossiles, soit environ 1 600 lobbyistes, à l’exception du Brésil. Cette situation alimente les critiques selon lesquelles la conférence risque de devenir un espace de greenwashing plutôt qu’un véritable moteur d’action climatique. L’absence des représentants de haut niveau des États-Unis lors de la conférence a également été vivement critiquée, le pays étant l’un des principaux émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre.
Des manifestations ont aussi eu lieu lors de la COP30. Le 11 novembre, plusieurs dizaines de manifestants indigènes ont tenté d’entrer sur le site de la conférence après avoir terminé une marche et dansé devant l’entrée, avant d’être repoussés par les agents. Ces actions visaient à rappeler que quand la conférence se terminera, la destruction des forêts et des écosystèmes se poursuivra, mettant en lumière les revendications pour la protection de l’Amazonie et la reconnaissance de leurs droits dans les décisions climatiques.
Par ailleurs, l’organisation logistique de la COP30 a soulevé des défis importants. Avec environ 50 000 participants attendus dans la ville de Belém, où les capacités hôtelières sont limitées, le gouvernement brésilien a dû mettre en place des solutions. Deux navires de croisière ont été affrétés pour servir d’hôtels flottants, permettant aussi à ceux à faibles revenus de participer à la conférence.
Quand le bilan rappelle l’urgence d’agir
La 30e Conférence des parties (COP) 30 se tient du 10 au 21 novembre, alors que le monde fait face à des records de chaleur et à des catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes. Cette édition intervient dans un contexte où, malgré des décennies de conférences internationales et d’accords majeurs tels que le Protocole de Kyoto et l’Accord de Paris, les engagements pris restent insuffisants pour limiter le réchauffement à 1,5 °C.
Le dernier bilan des émissions de gaz à effet de serre révèle que les niveaux de CO2 et autres gaz continuent d’augmenter, confirmant que le monde reste sur une trajectoire de réchauffement supérieure à 2 °C. Ces données concrètes illustrent le retard accumulé dans la mise en œuvre des engagements climatiques et soulignent l’urgence d’accélérer les actions. La COP30 constitue donc une occasion cruciale de transformer les promesses en mesures concrètes, de renforcer la coopération internationale et d’orienter la planète vers une trajectoire plus sûre pour les prochaines décennies.
Pour comprendre l’importance de cette conférence et les enjeux auxquels elle doit répondre, il est utile de rappeler le fonctionnement de la COP. Chaque année, elle réunit les pays signataires de l’United Nations Framework Convention on Climate Change (UNFCCC). C’est le principal organe de décision chargé de suivre la mise en œuvre de la convention et de fixer les orientations à venir. Les représentants des États y débattent, adoptent de nouveaux engagements et cherchent à renforcer la coopération mondiale face au dérèglement climatique. L’une des missions centrales de la COP consiste à examiner les rapports soumis par les pays membres, qui détaillent leurs émissions de gaz à effet de serre et les mesures prises pour les réduire. Ces évaluations permettent de mesurer les progrès accomplis vers l’objectif commun : stabiliser le réchauffement planétaire à un niveau soutenable.
Depuis la toute première conférence tenue à Berlin en 1995, les COP se tiennent chaque année, sauf décision contraire. Le secrétariat de la convention est basé à Bonn, en Allemagne, mais le pays hôte change à chaque édition selon une rotation entre les grandes régions du monde reconnues par l'Organisation des Nations unies. Ces rencontres sont devenues des rendez-vous pour évaluer les efforts mondiaux et négocier de nouvelles actions contre le changement climatique. C’est dans ce cadre qu’ont vu le jour des accords historiques, comme le Protocole de Kyoto, premier traité imposant des objectifs de réduction d’émissions aux pays industrialisés, ou encore l’Accord de Paris en 2015.
Lors de la COP1, organisée en 1995 à Berlin, peu après le Sommet de la terre de Rio de 1992, les pays participants ont adopté ce qu’on appelle le Mandat de Berlin. Celui-ci a lancé une phase de négociations visant à renforcer les engagements climatiques des nations, jugés jusqu’alors insuffisants. L’objectif était de pousser les pays développés à adopter des mesures plus ambitieuses pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en reconnaissant leur responsabilité historique dans le changement climatique. Ce mandat a posé les bases des négociations qui ont mené deux ans plus tard au Protocole de Kyoto, le premier accord international contraignant sur la réduction des émissions.
La COP3 en 1997 à Kyoto, au Japon, a ensuite marqué un tournant historique avec l’adoption du Protocole de Kyoto. Il obligeait les nations industrialisées à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’au moins 5 % par rapport aux niveaux de 1990 et ce, d’ici 2012. Ce protocole a également introduit des mécanismes innovants, tels que le marché du carbone, le mécanisme de développement propre et les échanges de quotas d’émission, permettant aux pays de coopérer pour atteindre leurs objectifs tout en soutenant des projets de réduction des émissions dans les pays en développement.
Et c’est lors de la COP11 en 2005 à Montréal, au Canada, que la conférence climatique des Nations unies a finalisé le «règlement d’application» du protocole de Kyoto, adoptant des règles précises pour sa mise en œuvre. Entré en vigueur en février 2005, le protocole imposait à plus de 30 pays industrialisés des objectifs contraignants de réduction des émissions pour la période de 2008 à 2012. Cette édition a également vu la première réunion des 157 parties au protocole et a instauré des mécanismes clés permettant aux pays développés d’investir dans des projets réduisant les émissions tout en obtenant des crédits carbones échangeables. Les décisions adoptées précisaient en outre le fonctionnement opérationnel du protocole : comptabilisation des émissions, suivi des données et règles de mesure de l’absorption du carbone par les sols et les forêts. Cette décision offrait ainsi l’infrastructure nécessaire pour avancer dans la mise en œuvre du protocole et réduire les émissions.
La COP15, tenue à Copenhague, au Danemark, en 2009, a combiné la 15e session du l’UNFCCC et la cinquième session des parties au protocole de Kyoto. L’issue la plus marquante a été l’accord de Copenhague, un accord politique non contraignant visant à limiter le réchauffement mondial à moins de 2 °C, avec une mention optionnelle à 1,5 °C. Bien qu’il ait fixé une orientation mondiale pour la réduction des émissions, les engagements des pays restaient volontaires, sans mécanisme légal de suivi ni sanction en cas de non-respect. Le texte prévoyait également la mobilisation d’environ 100 milliards de dollars par an pour soutenir les pays en développement face aux impacts climatiques. Malgré ces avancées, la conférence a été critiquée pour le manque de résultats contraignants et la confusion dans les négociations.
Malgré les limites de la COP15, elle a permis de poser les jalons d’un accord. Les frustrations et les critiques ont conduit la communauté internationale à poursuivre ses efforts pour obtenir un traité universel. Ces leçons ont été au cœur des négociations qui ont mené à la COP21 à Paris en 2015, où un accord mondial ambitieux a finalement été adopté.
Lors de la COP21, les délégués de 195 pays ont adopté l’Accord de Paris, premier traité mondial visant à lutter efficacement contre le changement climatique. L’accord fixait comme objectif de maintenir le réchauffement bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, tout en encourageant des efforts pour le limiter à 1,5 °C. Chaque pays devait soumettre des contributions déterminées au niveau national (NDC), révisables tous les cinq ans, permettant un suivi régulier des progrès. Entré en vigueur en novembre 2016, l’Accord de Paris a été un engagement universel, avec des mécanismes de financement, d’adaptation et de transparence destinés à soutenir les pays vulnérables et à renforcer la coopération internationale.
Les engagements de Paris ont ouvert la voie aux conférences suivantes, mais la mise en œuvre concrète et le respect des objectifs se sont révélés difficiles, nécessitant des ajustements et des appels à renforcer l’action climatique.
Lors de la COP26 à Glasgow, en Écosse, en 2021, les efforts des pays ont été réévalués pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Le Pacte de Glasgow pour le climat a mis en avant, pour la première fois dans un texte officiel, l’appel à réduire progressivement le charbon. Des discussions ont également porté sur le renforcement des financements pour les pays vulnérables et l’adaptation au changement climatique. Malgré ces avancées, de nombreux observateurs ont jugé les résultats insuffisants, notamment concernant la mise en œuvre concrète des engagements et la limitation réelle du réchauffement à 1,5 °C.
La COP29, tenue à Bon, en Allemagne, a poursuivi la mise en œuvre de ces engagements. Si certains progrès ont été réalisés, notamment dans le suivi des émissions et la mobilisation de financements pour les pays vulnérables, les résultats restent insuffisants. De nombreux engagements n’ont pas encore été pleinement concrétisés et le monde accuse un retard important dans la réduction des émissions, soulignant l’urgence d’intensifier les mesures avant la prochaine conférence.
C’est dans ce contexte que la COP30, qui se tient à Belém, revêt une importance capitale. Elle représente une occasion de rattraper le retard accumulé, de transformer les promesses en actions concrètes, d’accélérer la transition énergétique, de mobiliser des financements suffisants et de renforcer la coopération internationale. Face à l’aggravation des phénomènes climatiques extrêmes, la COP30 devra permettre de mettre en place des mesures ambitieuses car le monde reste sur une trajectoire de réchauffement supérieure à 2 °C d’ici la fin du siècle, bien au-delà de la limite de 1,5 °C fixée par l’Accord de Paris de 2015. Sans cet accord, le réchauffement aurait d’ailleurs pu atteindre 3 à 3,5 °C.
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