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Rencontre

Christopher Jost, gardien des abeilles et militant écologiste

19 mai 2025, 17:00

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Christopher Jost, gardien des abeilles et militant écologiste

■ Christopher Jost vit de la vente de miel et d'un éventail d'activités liés au monde des abeilles.

Christopher Jost a fait un choix rare, presque sacré : consacrer sa vie entière au bienêtre des abeilles. Ces insectes discrets, mais indispensables, assurent la pollinisation de nombreuses plantes, participant à la reproduction d’une flore qui compose près d’un tiers de notre alimentation. Sans elles, nos assiettes seraient bien vides.

Cet apiculteur engagé ne vit pas vraiment de la vente de miel – qu’il produit pourtant avec soin –, mais d’un éventail d’activités liées au monde des abeilles. Il répond aux appels des particuliers et des autorités pour déloger des ruches installées dans les recoins des toitures ou des arbres, gère des ruchers répartis à travers l’île – de Gros-Cailloux à bientôt Trianon – et passe ses journées à fabriquer des ruches de ses mains. Son combat ne s’arrête pas là. À travers une organization non gouvernementale (ONG) fondée avec son père, il milite inlassablement pour l’éducation écologique des Mauriciens.

Qui est donc The Bee Guy ? Il vit à Albion, sur la côte ouest. Sa passion pour les abeilles, il la doit à son père, Axel Jost, ancien apiculteur aujourd’hui retraité, reste un guide discret dans l’ombre de son fils. C’est d’ailleurs lui qui est à l’origine de l’ONG – nous y reviendrons – née du désir de donner un souffle durable à la préservation des abeilles et à la sensibilisation environnementale.

Mais revenons à Christopher. D’origine allemande, il a longtemps bourlingué sur le continent africain, du Nigeria à l’Afrique du Sud, avant de rejoindre son père à Maurice. Aventurier dans l’âme, il a touché à tout : roues de véhicules, plongée, soudage sous-marin… Curieux et habile, il finit par trouver (enfin) son véritable terrain d’expression : le monde des abeilles.

Outre les deux ruches qu’il entretient chez lui à Albion, il en gère aujourd’hui une trentaine à Gros-Cailloux, sur un terrain mis à disposition par United Basalt Products. Il en avait autrefois davantage à domicile, mais quelques mésaventures avec le voisinage ont réduit son cheptel résidentiel. «Disons que tout le monde n’apprécie pas la proximité des abeilles», glisse-t-il en souriant.

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L’apiculteur prévoit désormais de s’installer sur un terrain plus vaste à Trianon, grâce au soutien de Phoenix Beverages. Une boutique devrait même y voir le jour très prochainement, pour accueillir le public et valoriser les produits de la ruche.

?Une ruche chez vous ?

La récolte de miel étant saisonnière et dépendante de la flore, elle ne suffit pas à faire vivre Christopher Jost. Il s’est donc tourné vers d’autres activités, notamment le déplacement de ruches dites «clandestines», souvent nichées dans des toitures ou jardins privés. Il les récupère avec précaution pour les reloger à Gros-Cailloux.

La scène intrigue souvent. Parfois couvert d’abeilles de la tête aux pieds, il guide calmement la reine dans une boîte spéciale. Une fois la souveraine installée dans son véhicule, toute la colonie suit. «Je fais la route avec la ruche libre à l’arrière. Et je me demande pourquoi je n’ai jamais été arrêté pour un contrôle…», lance-t-il, mi-sérieux, mi-amusé.

Vêtements de protection, vareuse, gants, masque… tout y est. Quid de l’enfumoir ? Pas besoin. Le calme qu’il dégage suffit à apaiser les abeilles. Une amitié silencieuse entre l’homme et l’insecte. Chez les Jost, la passion des abeilles ne se raconte pas, elle se vit. Lors de notre visite, père et fils n’ont pas hésité à placer, devant nos journalistes quelque peu incrédules, une ruche grouillante – l’une des plus imposantes, paraît-il. Avouonsle : un petit moment de panique. Et ce n’est pas le «tou korek» de Christopher qui nous a rassurés !

?Miel artisanal vs miel industriel

Mais la récompense était au rendez-vous. Nous avons goûté le miel produit par The Bee Guy : un nectar sauvage, léger, peu concentré. Rien à voir avec le miel industriel.«Le miel industriel est on y ajoute souvent du sucre», préviennent Axel et Christopher. À l’inverse, leur miel est récolté à froid et mis en pot sans être chauffé, préservant enzymes naturelles, propriétés nutritionnelles et goût authentique.

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Seule nuance : le miel brut peut cristalliser avec le temps – un phénomène naturel mal compris par certains consommateurs. «Le miel pasteurisé reste liquide plus longtemps. C’est pourquoi il est préféré en grande surface», concède Christopher. Mais côté bienfaits, le miel cru est imbattable.

?Objectif : 650 ruches

Quand il ne récolte pas ou ne déplace pas de ruches, Christopher, avec l’aide de son père, fabrique des ruches artisanales à partir de matériaux recyclés (sauf les cadres en cire importés de Chine pour leur qualité). Objectif : en produire 650 pour démocratiser l’apiculture à travers l’île. Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large, portée par une ONG en gestation, qui devrait voir le jour très bientôt.

L’équipe de l’express ne manquera pas de revenir sur cette initiative prometteuse. Pour l’heure, le mystère reste entier : les sponsors souhaitent dévoiler eux-mêmes les contours du projet dans les semaines à venir.

Un appel au cœur et aux mains

The Bee Guy profite de l’occasion pour lancer un appel. À celles et ceux qui souhaitent l’épauler, il ouvre grand les portes de son univers. Que vous cherchiez un emploi porteur de sens ou que vous souhaitiez simplement contribuer – par un don, un geste, un peu de temps –, Christopher Jost vous invite à le rejoindre. Car protéger les abeilles, c’est tisser ensemble un futur plus doux, plus vivant, plus durable.


Sous le règne de la reine…

Apiculteur passionné et pédagogue dans l’âme, Christopher Jost nous ouvre les portes d’un univers fascinant. À Maurice, deux types d’abeilles cohabitent : l’hybride et l’italienne Apis mellifera ligustica, reconnue pour sa douceur et sa productivité. Dans une ruche, l’organisation frôle la perfection :

• Les faux bourdons, mâles, s’accouplent avec la reine.

• La reine, figure féconde, pond les œufs.

• Les ouvrières, infatigables, butinent, nourrissent, construisent…et produisent le miel.

Mais ce qui fascine le plus, c’est leur capacité d’adaptation. Si la reine faillit, elle est remplacée. Les ouvrières en élisent une nouvelle, nourrie de gelée royale. Une alchimie sociale digne des plus grandes civilisations. Et attention : la ruche suit toujours sa reine. Si elle s’installe sous votre varangue, une seule chose à faire : appeler The Bee Guy. Il viendra, discret et patient, reloger la souveraine et sa cour.

Éléments principaux d’une ruche :

• Plancher ou plateau : base de la ruche, souvent aérée.

• Corps de ruche : cœur de la colonie (œufs, miel, pollen).

• Hausses : pour le surplus de miel.

• Cadres amovibles (en cire) : permettent la construction des rayons.

• Couvre-cadres : isole et évite la condensation.

• Toit : protège des intempéries.

• Planche d’envol/entrée : accès des abeilles.

• Grille à reine (optionnelle) : empêche la reine de pondre dans les hausses.

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