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Parlement
«Domestic Abuse Bill» : Briser le cycle de la violence familiale par une protection efficace
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«Domestic Abuse Bill» : Briser le cycle de la violence familiale par une protection efficace
Les débats sur le «Domestic Abuse Bill», qui vient abroger la «Domestic Violence Act» de 1997 se sont poursuivis mardi avec une dizaine d’interventions, dont voici quelques extraits. Les débats reprendront le vendredi 10 juillet à 15 heures.
Dr Farhad Aumeer, député du PTr : Une meilleure protection des personnes vulnérables
Le député du n°2 a salué un projet de loi «essentiel pour renforcer la lutte contre les violences domestiques». Maurice doit adapter son arsenal juridique aux nouvelles formes de violence –psychologique, économique et cyberharcèlement. Le Dr Farhad Aumeer a souligné que les cas récents de féminicide démontrent l’urgence d’agir. Citant la jurisprudence mauricienne, il a insisté sur la nécessité de protéger davantage les femmes, les enfants, les personnes âgées et les personnes vulnérables. Fort de 33 années d’expérience comme professionnel de santé, il a décrit les conséquences des violences subies par les femmes enceintes – risques de fausses couches, accouchements prématurés, décollement du placenta et stress post-traumatique.

Le Dr Aumeer regrette que 99 % des victimes dissimulent les véritables causes de leurs blessures par peur ou dépendance financière. Le député propose la mise en place d’une ligne téléphonique confidentielle destinée aux professionnels de santé, d’un formulaire national de signalement et d’une unité spécialisée réunissant médecins et médecins légistes. Il plaide pour des ordonnances de protection plus rapides et le bracelet électronique pour les auteurs présentant un risque élevé.
Adrien Duval, «Whip» de l’opposition : Donner les moyens pour concrétiser les mesures légales

Le Whip de l’opposition a réaffirmé son soutien au projet de loi tout en soulignant que son efficacité dépendra des ressources mises à la disposition des institutions chargées de son application. Il a rappelé que les violences domestiques ne se limitent pas aux agressions physiques, mais englobent également des violences psychologiques, économiques, numériques et le contrôle coercitif. Il a salué les réformes introduites en 2016, qu’il considère comme un tournant majeur ayant renforcé la responsabilité de l’État face aux violences domestiques. Toutefois, il a estimé que les capacités opérationnelles n’ont pas suivi cette évolution législative.
Adrien Duval a cité les 205 531 enquêtes policières en suspens au 30 juin 2025, contre 147 702 en 2020, ainsi que 54 000 dossiers d’infractions mineures en attente. Il a également relevé qu’en 2024, seules 500 personnes sur 55 000 consommateurs de drogues ont bénéficié d’un programme public de réhabilitation. Selon lui, le pays doit renforcer les effectifs, former davantage les policiers, financer les refuges et améliorer le suivi des victimes afin que les protections prévues par la loi deviennent une réalité concrète.
Véronique Leu-Govind, «junior minister» aux Arts et à la culture : Rendre justice aux victimes traumatisées

La députée du n°14 a livré un témoignage poignant sur les violences domestiques, évoquant une enfance marquée par les coups infligés à sa mère. Elle affirme porter la voix des femmes, des hommes et des enfants confrontés à ces traumatismes, rappelant que «ces blessures ne s’effacent jamais». Selon Véronique Leu-Govind, la nouvelle législation rompt avec le cadre de 1997, jugé insuffisant pour protéger les victimes non mariées, les enfants témoins ou les personnes âgées. Le texte reconnaît désormais les violences psychologiques, économiques, l’humiliation, l’isolement et le contrôle coercitif.
S’appuyant sur les données officielles, elle souligne que les cas rapportés sont passés de 2 222 en 2019 à 5 758 en 2024, dont 40% de violences psychologiques ou économiques. Elle rappelle que neuf femmes ont été tuées en 2024 et que 24 féminicides ont été recensés depuis 2020. La junior minister met en avant les ordonnances de protection gratuites, l’expulsion de l’agresseur et un meilleur suivi, apportant son plein soutien au projet de loi dédié aux survivantes et aux familles.
Karen Foo Kune-Bacha, «junior minister» de la Jeunesse et sports : Changer les mentalités pour sauver des vies

La députée du n° 20 estime que ce projet de loi dépasse la simple réforme législative : il constitue une réponse directe à des drames humains. Elle rappelle que 90 % des victimes de violences domestiques sont des femmes et qu’un féminicide détruit une famille entière. Pour elle, la violence ne se limite pas aux coups : elle inclut les violences psychologiques, émotionnelles, économiques, coercitives et numériques. Les enfants exposés aux violences sont aussi des victimes, même sans agressions directes ; d’où sa proposition d’un suivi psychologique systématique.
Karen Foo Kune-Bacha salue l’introduction de l’exclusion order, qui permettra d’éloigner l’auteur des violences plutôt que de contraindre la victime à quitter son domicile. Elle met en avant les articles 5 et 6, qui renforcent le signalement par les professionnels et protègent les citoyens agissant de bonne foi. Elle conclut que la lutte contre les violences domestiques exige un changement des mentalités, grâce à l’éducation, la sensibilisation et la remise en question des stéréotypes, afin de protéger davantage et sauver des vies.
Anabelle Savabaddy, députée PTr : Protéger le foyer et garantir la sécurité

Pour la députée du n°4, la révision de la loi touche au cœur de la société : la famille, censée être un lieu de sécurité, devient trop souvent un espace de peur, de coups, d’insultes et de menaces. Protéger le foyer signifie garantir la dignité et la sécurité de chacun, grâce à des sanctions fermes, des ordonnances de protection efficaces, un accompagnement renforcé des victimes et un suivi des auteurs.
Anabelle Savabaddy insiste aussi sur la prévention auprès des jeunes pour combattre les stéréotypes et la culture de la violence. L’éducation au respect, à l’égalité femmes hommes et à la gestion pacifique des conflits est essentielle pour éviter la transmission de la violence d’une génération à l’autre. Elle évoque également le rôle aggravant de la drogue dans certains drames familiaux, appelant à une lutte accrue contre l’addiction et le trafic. Pour elle, ce projet de loi envoie un message clair : la violence n’est ni une tradition, ni une autorité, mais un acte qui doit être sanctionné pour protéger les familles.
Manoj Seeburn, député PTr : «La justice commence à la maison»

Le député du n°11 a soutenu que cette réforme marque une étape décisive dans la protection des victimes de violences domestiques. Chaque plainte déposée représente une personne ayant trouvé le courage de demander de l’aide, tandis que chaque statistique cache une mère, un enfant ou une personne vulnérable vivant dans la peur. Il a souligné que le texte remplace un cadre juridique devenu obsolète par une législation moderne qui protège toutes les victimes, indépendamment du genre. Il élargit la définition des violences domestiques aux abus psychologiques, émotionnels, économiques, technologiques et aux comportements coercitifs, permettant ainsi une intervention avant que la violence physique ne survienne.
Manoj Seeburn a insisté sur l’importance de former les policiers, les professionnels de santé et les travailleurs sociaux afin de mieux identifier les schémas de violence. Il a également rappelé que des pays comme le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande ont déjà adopté cette approche préventive. Il a conclu en affirmant que protéger les familles constitue un investissement dans l’avenir et que «la justice commence à la maison».
Francisco François, député OPR : Pour une réponse adaptée aux réalités rodriguaises

Le député de Rodrigues a qualifié cette réforme de progrès majeur dans la lutte contre les violences domestiques. Il a rappelé qu’en 2025, 7 662 cas de violences domestiques et 986 demandes d’ordonnances de protection ont été enregistrés à Maurice. À Rodrigues, les cas signalés sont passés de 80 en 2022 à 105 en 2025, pour une population d’environ 44 000 habitants. Il a salué l’objectif du ministère de l’Égalité des genres de réduire de 24 % – de 6 565 à 5 000 – les cas de violences domestiques dans les cinq prochaines années, en citant l’exemple de l’Espagne, où les féminicides ont diminué de 30 % depuis 2004.
Francisco François a insisté sur la nécessité de renforcer les structures d’accueil, les logements d’urgence, les services psychologiques et la formation des policiers. Il a proposé la création à Rodrigues d’une unité spécialisée réunissant policiers, travailleurs sociaux, psychologues et juristes afin d’assurer un accompagnement confidentiel des victimes. Cette loi, dit-il, doit être suivie de moyens concrets afin que chaque victime trouve protection, dignité et sécurité, sans être contrainte de souffrir en silence.
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