Publicité

Portrait

Chetan Baboolall : le discret de Bel-Air face au vacarme de Port-Louis

8 août 2026, 12:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Chetan Baboolall : le discret de Bel-Air face au vacarme de Port-Louis

■ La famille Ramdin et Jairaj Caleecharran ; S. Vella ; M. Cassamally ; La famille Ramdin et Jairaj Caleecharran. Photos : Dev Ramkhelawon.

À Bel-Air, Chetan Baboolall est connu avant tout comme l’enfant du pays : un voisin discret, un avocat estimé, un élu que beaucoup disent encore proche du terrain. Sa nomination comme leader de l’opposition suscite donc autant de fierté que d’attente.

Après plusieurs années à tenter d’entrer au gouvernement, il y est parvenu en 2024, élu en tête de liste dans sa circonscription, du côté du pouvoir. Un an et demi plus tard, il choisit de le quitter pour suivre Paul Bérenger dans l’opposition. Pour ce tout premier mandat de député, c’est désormais hors du confort du pouvoir qu’il devra faire ses preuves.

Fidèle à son village

À écouter les Bel-Airiens, c’est un bon voisin, un bon avocat. Même depuis son élection, il passe au village, faire un tour en voiture tous les jours ou saluer les gens qu’il connaît depuis toujours dans le centre communautaire, en famille, chaque semaine. Un type réservé, dit-on néanmoins, presque secret.

Il est 11 heures à Bel-Air. Chetan Baboolall est parti en direction de Port-Louis, où l’attendent désormais les responsabilités d’un tout autre monde : celui de leader de l’opposition. Il vient tout juste de partir, on l’a loupé d’une demi-heure. Mais il n’a pas besoin de parler de lui, les habitants de Bel-Air le font très bien. Que pensent-ils donc de ce nouveau pouvoir qui échoit à l’un des leurs ?

Mohammud Cassamally est le premier à accepter, sans hésiter, de se prêter au jeu de la photo et de la conversation. Son garage de pièces détachées connaît la famille Baboolall depuis longtemps, et lui en particulier a connu le père. Il en parle comme d’une très bonne personne, issue d’une famille de planteurs dont le patriarche possédait aussi un camion. Chetan, dit-il, reste quelqu’un qui aide et qui passe toujours par le village.

WhatsApp Image 2026-08-07 at 4.48.10 PM

M. Cassamally.

Un peu plus loin, la famille Ramdin tient un commerce de fruits. Vidoushee, la fille, se joint à la conversation. Ici aussi, on connaît les Baboolall de longue date, et on attend de voir comment le nouveau leader de l’opposition va s’y prendre. Les Ramdin soulignent la différence de tempérament entre les deux frères Baboolall : Girish, plus extroverti, aujourd’hui décédé, et Chetan, plus discret. Leur trait commun : l’humilité.

WhatsApp Image 2026-08-07 at 4.48.17 PM

La famille Ramdin

À l’écoute et débrouillard

Chez le couple Mahady, qui vendent de l’eau de coco depuis des années, l’accueil est chaleureux et la satisfaction sincère, même si elle se dit avec retenue. Ce qui les touche, disent-ils, ce n’est pas tant leur propre progrès que celui de voir leur prochain avancer, surtout en ces temps de crises multiples. Pour eux, tout se résume à une question simple : il faut faire ses preuves. Chetan Baboolall l’avocat l’a fait. Chetan Baboolall le chef de l’opposition en fera-t-il autant ? Ils attendent de voir, plutôt confiants. WhatsApp Image 2026-08-07 at 4.48.24 PMLe couple Mahady.

Sathian Vella, de Caroline, lui, raconte une histoire plus concrète : celle de réparations nécessaires au kovil de Petit-Bois, que le député du n° 10 aurait aidé à faire aboutir dans les plus brefs délais. Une preuve, selon lui, qu’il est toujours à l’écoute des habitants de sa région, mais surtout qu’il est débrouillard. D’autres, comme Yousuf ou Josianne, ont préféré ne pas s’exposer outre mesure mais relèvent, chacun à leur façon, ce même caractère réservé, celuilà même qui pourrait devenir son vrai défi : il lui reste encore à faire ses preuves.

WhatsApp Image 2026-08-07 at 4.48.32 PMS. Vella.

Devant l’église, deux hommes tiennent un discours similaire, légèrement plus critique. Leader de l’opposition, disent-ils, c’est un pouvoir maigre. Et ils reviennent vite à leurs propres préoccupations. Ils citent l’école primaire gouvernementale Ernest Florent, régulièrement touchée par des accumulations d’eau lors des périodes de pluie, un problème qu’ils disent avoir déjà soulevé auprès des députés de la région, sans qu’aucune solution n’ait encore abouti.

Un peu plus loin, devant la boutique Teoka, au petit rondpoint, Jairaj Caleecharran a vu défiler des politiciens. Pas peu fier d’avoir prédit que l’enfant du pays deviendrait un jour leader de l’opposition. Mais il pointe à son tour un manque bien concret : l’absence de toilettes publiques dans le village. Ce qui lui importe c’est que l’on soulage le public et que la voix du petit peuple soit entendue.

WhatsApp Image 2026-08-07 at 4.48.41 PM

■ Jairaj Caleecharran

S’ils semblent connaître par cœur leur Chetan Baboolall, le paysage politique actuel pose davantage problème aux Bel-Airiens qui ont discuté avec nous. Il leur paraît instable, flou. Difficile de suivre qui arrive, qui part et qui va où. Ce qu’ils ressentent en revanche, c’est qu’ils paient le prix le plus lourd, au sens propre comme au figuré. Ils estiment que personne ne donne la voix aux plus démunis, à ceux qui ont de vrais problèmes, et que les jeux de pouvoir à Port-Louis, tellement loin de leur réalité quotidienne, indiffèrent presque.

À Bel-Air, on connaît l’enfant du pays, l’avocat. Reste à découvrir le leader de l’opposition. Ce qu’ils savent également sur l’homme, c’est qu’ils le trouveront sur le terrain quand viendra la période des campagnes…

Publicité