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Douceurs et douleurs
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Douceurs et douleurs
Le budget, serait-on tenté de le dire, peut se résumer à ceci : Pravind Jugnauth a fait un pas en avant après avoir fait deux pas en arrière. Ou comment faire avaler des couleuvres à la population, en les faisant passer pour des sucres d’orge. Illustration en quelques points. Le 15 mai, l’essence passait à Rs 52, sortant de Rs 47,30 le litre. Le diesel sortait, lui, de Rs 38,10 pour arriver à Rs 41,90. La State Trading Corporation (STC), à travers le Petroleum Pricing Committee, et le ministre du Commerce expliquaient ce coup de massue sur la tête du consommateur mauricien par un déficit de Rs 230,4 millions dans le Price Stabilisation Account, entre autres. Hurlement d’indignation dans le pays et, politiquement, deux pas en arrière pour le gouvernement.
Un mois après, le Premier ministre, qui est aussi ministre des Finances, ramène le prix des carburants à la baisse. Sans passer par la STC et tutti quanti. Après avoir augmenté le prix de l’essence par Rs 4,70, le gouvernement le baisse de moitié. Baisse de 50 % également sur les Rs 3,80 d’augmentation du diesel, à la mi-mai. Un pas en avant. Roulement de tambour, «tap latab» à tout-va et vivats du ministre du Commerce, entre autres. Mais le gouvernement croit-il que la population est dupe ? On paie toujours nos carburants plus chers.
Question : où sont passées les Rs 230,4 millions de déficit du Price Stabilisation Account, un mois après ? Question subsidiaire : à quoi sert le Petroleum Pricing Committee si un Budget peut passer outre à ses décisions ? Ce Budget fleure bon les élections générales. «Finn fer labous dou…» Autre illustration : le gaz ménager, dans son logement de 12 kg, passe de Rs 270 à Rs 240. Tout le monde est content. «Mari top», disent les fervents admirateurs du gouvernement. Et c’est vrai. C’est top. C’est top en effet de faire croire au peuple qu’il paie son gaz ménager moins cher. Bon point. En apparence.
Ce n’est cependant «pas top» quand ce bon peuple finira par comprendre que c’est lui le dindon de la farce. Que ce sont de ses poches de contribuable que le prix réel du gaz ménager est puisé. Car le gaz est subventionné. Très lourdement. On aurait dû payer notre cylindre de 12 kg autour de Rs 500 si le gouvernement ne puisait pas l’argent de cette subvention des poches du contribuable. Rs 162 millions ont ainsi été utilisées entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin 2017. De l’argent prélevé par la STC comme taxes pour financer ce subside. «Rant dan pos gos, sorti dan pos drwat».
Autre illustration de mesures électoralistes. Les yeux doux faits à la classe moyenne. Sur les épaules de laquelle repose, en grande partie, la roulaison de notre société. C’est très bien de ramener le seuil d’imposition de 15 % à 10 % pour ceux touchant des revenus annuels se situant entre Rs 305 001 et Rs 650 000. Cela aiderait à soulager cette tranche de la population qui est déjà prise à la gorge. En attendant que l’inflation et les taxes déguisées ne viennent rogner l’argent économisé. Plaçons dans le même panier la décision de ne pas augmenter le prix des boissons alcoolisées et de la cigarette, de même que celui de l’eau potable. Cela malgré les grandes envolées d’Ivan Collendavelloo, qui affirmait le contraire jusqu’à récemment et forcé, lui aussi, de «tap latab»…
Si on retire ces quelques mesures populaires et populistes, que nous reste-t-il ? Un Budget très lyrique, avec beaucoup de redites du Budget de l’année dernière. Surtout au chapitre des Infrastructures publiques. Mais ce Budget est étrangement silencieux sur le chapitre de la relance économique. Quid des mesures concrètes pour rassurer le secteur sucrier, le secteur manufacturier ou même celui des services financiers ? On note beaucoup d’effets d’annonce cependant…
Il ne suffit pas de dire qu’on va mettre Rs 1 milliard à la disposition de 14 000 jeunes sans emplois pour que le chômage soit magiquement résorbé. A-t-on oublié que ce gouvernement avait promis de créer 15 000 emplois par an ? Mieux, en 2015, la Vision 2030 avait promis de créer 100 000 nouveaux emplois d’ici 2019. On est où avec ça ? 2019, c’est déjà demain… C’est déjà l’antichambre des élections.
Comment se taire au sujet de la braderie de notre citoyenneté économique ? Ce gouvernement est-il mandaté pour vendre notre passeport et notre nationalité aux plus nantis de ce monde ? C’est faire preuve de désespoir, en termes d’idées novatrices, que de se rabattre sur la vente de notre nationalité à $ 1 million. Les multimilliardaires appâtés par cette offre ne sont pas tous des enfants de chœur… On l’a compris, le gouvernement pense plus à sa réélection qu’à la gestion, et la mise sur orbite, d’un pays qui veut devenir une économie à revenus élevés. Les «die hards» de la majorité ne vont rien trouver de mal au Budget, alors que les oppositions vont le descendre en flammes. Et le peuple dans tout cela, qu’en pense-t-il ?
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