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Allô la terre
Rajesh Bhagwan : «Si nous consommons mieux, nous produisons automatiquement moins de déchets et moins d’émissions»
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Allô la terre
Rajesh Bhagwan : «Si nous consommons mieux, nous produisons automatiquement moins de déchets et moins d’émissions»
Rajesh Bhagwan, ministre de l’Environnement, de la Gestion des déchets solides et du Changement climatique.
Les défis environnementaux et climatiques qui pèsent sur l’île Maurice sont considérables. Quelles solutions pour bâtir un avenir durable pour les générations futures ? Le ministre fait le point.
Maurice est vulnérable face au changement climatique. Comment repenser notre modèle pour enrayer ces défis ?
Le changement climatique nous oblige à revoir notre rapport aux ressources. Avant même de parler de déchets, il faut parler de consommation. Chaque produit que nous achetons mobilise de l’énergie, de l’eau et des matières premières. Si nous consommons mieux, nous produisons automatiquement moins de déchets et moins d’émissions.
Le gouvernement travaille sur plusieurs axes à travers son plan climat national, la Contribution Déterminée au niveau National (NDC 3.0), notamment dans les secteurs du transport, de l’énergie et de l’adaptation climatique. Mais aucune stratégie ne pourra produire tous ses effets si les citoyens, les producteurs et les consommateurs ne changent pas progressivement leurs habitudes de production et de consommation. Chacun peut réfléchir à son empreinte carbone au quotidien.
La dégradation de notre biodiversité est un problème majeur. A-t-on les moyens et les ressources humaines nécessaires pour contenir et espérer améliorer la situation ?
La première menace qui pèse sur notre biodiversité reste la destruction des habitats naturels avec la déforestation, à laquelle s’ajoutent la pollution et un autre phénomène qu’on a tendance à négliger, à savoir l’introduction d’espèces exotiques envahissantes comme le gecko vert de Madagascar. La lutte contre certaines espèces invasives dans nos forêts, nos cours d’eau ou nos écosystèmes côtiers complique la bataille.
Nous n’aurons jamais suffisamment de moyens si nous passons notre temps à créer des problèmes et ensuite chercher à les résoudre. C’est pourquoi la prévention est essentielle, limiter au départ même, les impacts négatifs sur l’environnement.
D’où l’importance du projet de loi Environmentally Sensitive Areas (ESA) actuellement en cours de finalisation, pour doter Maurice d’un cadre juridique pour l’identification, la protection et la gestion responsable des zones écologiquement sensibles, qui sont nos patrimoines naturels et écologiques tout en conciliant protection de l’environnement, développement économique et progrès social.
Cela renforcera cette approche préventive. Lorsqu’une espèce ou bouclier naturel disparaît, il est souvent impossible de revenir en arrière et c’est dans le temps qu’on comprend son importance. La protection de la biodiversité n’est donc pas un choix, mais une nécessité pour préserver les conditions de vie des générations futures.
Le développement urbain accélère la dégradation des récifs coralliens, la pollution des lagons et l’érosion. La situation est inquiétante. Est-on condamné à subir cette situation ?
Il faut d’abord comprendre que le développement urbain est nécessaire. Nous devons construire des logements, des infrastructures et répondre aux besoins de la population. Vous imaginez un monde sans maison pour les gens ? L’enjeu est donc de développer autrement.
Les récifs coralliens sont aujourd’hui affectés par plusieurs facteurs mondiaux : la montée du niveau de la mer, l’acidification des océans et l’augmentation de la température de l’eau, qui provoquent le blanchissement des coraux. Les événements climatiques extrêmes endommagent également les récifs.
Non, nous ne sommes pas condamnés à subir. Nous pouvons agir localement, adopter de bonnes pratiques. Il faut protéger la qualité des eaux côtières, améliorer le traitement des eaux usées, éviter que des polluants ne se retrouvent dans les lagons, encadrer les activités nautiques et prévenir les déversements accidentels. La gestion du recul du trait de côte et les solutions fondées sur la nature font également partie des réponses à mettre en œuvre.
L’éducation et la sensibilisation sont des éléments clés. Comment votre ministère utilise-t-il ces outils ?
Le ministère promeut en permanence l’éducation environnementale informelle à travers diverses initiatives de sensibilisation et en encourageant l’adoption de pratiques durables auprès de l’ensemble de la population ainsi qu’auprès de groupes communautaires ciblés, notamment les étudiants, les jeunes, les femmes, les personnes âgées et les communautés locales.
Pour la période allant de juin 2025 à ce jour, 120 causeries ont été menées par le département Information et Éducation du ministère de l’Environnement dans les écoles primaires, secondaires et établissements d’enseignement professionnel, les centres de femmes et les centres sociaux.
Nous collaborons également avec la MBC et travaillons sur un magazine environnemental Ble Ver et avons aussi notre page Facebook. Cependant, nous sommes conscients d’une réalité. Pour chaque heure consacrée à l’éducation environnementale, le citoyen est exposé quatre fois plus à des campagnes publicitaires dans la presse, à la radio, à la télé et sur les réseaux, qui encouragent la consommation immédiate. Changer les comportements demande donc un effort constant et collectif, pour un cadre de vie meilleur.
Maurice collabore-t-elle avec les autres pays de la région pour trouver des solutions en commun ?
Les défis environnementaux dépassent les frontières nationales. Maurice participe à plusieurs initiatives régionales sous l’égide de la Commission de l’océan Indien. Nous collaborons également avec des partenaires comme UNDP, l’AFD et autres.
Nous avons récemment bénéficié de l’appui technique du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) grâce à une subvention d’un million d’euros de l’AFD, pour la réalisation d’une étude sur les risques côtiers à Maurice et à Rodrigues. Qu’il s’agisse de la gestion et la filière de recyclage des déchets, de la protection des océans ou de l’adaptation climatique, les solutions doivent être pensées à l’échelle régionale, car nous partageons les mêmes vulnérabilités et les mêmes ressources marines. Pour lutter contre la pollution plastique également, nous avons des collaborations pour développer des solutions communes et renforcer les filières de recyclage dans la région.
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