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Développement d’entreprise
À 40 ans, Alpha Group fait place nette en Afrique
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Développement d’entreprise
À 40 ans, Alpha Group fait place nette en Afrique
Le siège d’Alpha Group, à Pailles.
En quarante ans, Alpha Cleaning a bien changé. Créée en 1986 par Daniel et Alain Poupinel de Valencé autour d’une activité de nettoyage et de rénovation de tapis et moquettes, l’entreprise s’est progressivement muée en un groupe de services intégré, présent à Maurice, à Rodrigues et à Madagascar, avec désormais l’Afrique de l’Est en ligne de mire. À l’occasion de ses 40 ans, Alpha Group poursuit ainsi sa stratégie de diversification et d’expansion régionale. Et son Chief Executive Officer (CEO), Ranjiv Nuckchady, voit encore plus grand.
En 1986, la rénovation et le nettoyage de tapis et moquettes est un métier encore peu structuré à Maurice. Alpha Cleaning décroche rapidement son premier contrat quotidien de nettoyage de bureaux à la SICOM Tower, à Port-Louis. Cela contribue à asseoir la réputation de l’entreprise et à lui ouvrir les portes du marché des entreprises.
Trois ans plus tard, Alpha franchit déjà un premier cap géographique avec son implantation à Rodrigues à travers Rodrigues Cleaning Services, dans les activités de nettoyage et de collecte des déchets. En 1991, le groupe élargit son champ d’action avec Alpha Contracting, active dans la construction et la maintenance. Le nettoyage reste le socle, mais l’idée d’un groupe capable de proposer plusieurs services prend alors forme.
Ranjiv Nuckchady, «Chief executive officer» d’Alpha Group.
La diversification s’accélère en 1994. Alpha Hygiene vient compléter l’offre avec des solutions d’hygiène et de gestion des sanitaires, notamment dans le domaine de l’hygiène féminine. En 2004, le groupe se lance dans la lutte contre les nuisibles avec Alpha Pest, en partenariat avec Pest Control India. Puis Alpha commence à remonter la chaîne de valeur. À partir de 2012, le groupe développe une capacité de production de produits chimiques destinés à ses différentes activités. Une évolution stratégique puisqu’Alpha ne dépend plus uniquement de fournisseurs externes pour certains produits utilisés dans ses opérations. Ces produits seront par la suite proposés directement aux entreprises et aux particuliers à travers la marque B-Well.
Alpha emploie aujourd’hui près de 1 500 personnes, avec un effectif composé d’environ 70 % de femmes et 30 % d’hommes.
L’expansion régionale prend également forme cette année-là avec la création d’Alpha Mada à Madagascar. Le groupe y propose ses services de nettoyage, d’hygiène et de pest management. En 2013, il investit également dans le développement des compétences avec Dexio Training Centre, un institut de formation agréé par la Mauritius Qualifications Authority (MQA).
En 2018, Alpha ajoute une nouvelle corde à son arc avec le premier showroom B-Well, son activité de distribution au détail, implanté à Moka. Il est suivi d’un deuxième dans le Nord, à Grand-Baie, puis d’un troisième à Flacq en 2025. À venir: l’ouverture d’un magasin à Rose-Belle, d’un autre –prévu avant la fin de l’année – et deux autres en 2027.
Pour le groupe, cette expansion dans le retail répond à une logique claire : être présent à la fois dans les services et dans la distribution des produits nécessaires à ces activités. Une stratégie qui permet à Alpha de mieux maîtriser sa chaîne de valeur, depuis la formulation et la production de certains produits chimiques jusqu’à leur commercialisation.
Le pôle nettoyage : 75 % du chiffre d’affaires
Aujourd’hui, le groupe ne se définit donc plus comme une simple entreprise de nettoyage. Le nettoyage représente encore environ 75 % de son chiffre d’affaires, mais le reste provient des activités développées au fil du temps. Sa clientèle est à 95 % composée d’entreprises privées et d’organismes publics, couvrant pratiquement tous les secteurs de l’économie. Le groupe travaille actuellement avec quelque 650 clients corporate. Le marché résidentiel représente le solde, essentiellement à travers des interventions ponctuelles.
Cette transformation se reflète dans les chiffres. En 2025, Alpha Group a brassé Rs 682 millions de chiffre d’affaires, pour un bénéfice net de Rs 30 millions. Mais au-delà de Maurice, c’est désormais la croissance régionale qui constitue l’un des principaux leviers de développement.
Aujourd’hui, 25 % du chiffre d’affaires du groupe provient déjà de ses opérations régionales. Pour Ranjiv Nuckchady, cette proportion pourrait doubler au cours des cinq prochaines années. «Notre objectif est de faire passer la contribution de la région à 50 % de notre chiffre d’affaires dans les cinq prochaines années», explique le CEO. Madagascar constitue déjà une implantation importante, mais Alpha veut désormais aller plus loin sur le continent africain.
Le groupe a ainsi incorporé une société en Tanzanie, avec un lancement des opérations prévu en 2027. Cette implantation devrait constituer une nouvelle plateforme pour Alpha en Afrique de l’Est. Et la Tanzanie ne serait pas le seul marché visé. Le Kenya figure également parmi les prochaines cibles.
Cette stratégie traduit une évolution importante dans le modèle d’Alpha. Après avoir consolidé ses différentes activités à Maurice et développé une première présence régionale à Madagascar, le groupe veut désormais s’installer progressivement sur des marchés africains présentant un potentiel de croissance dans les services externalisés.
Manque de bras
Mais cette ambition régionale se heurte à un problème très concret : la main-d’œuvre. Alpha emploie aujourd’hui près de 1 500 personnes, principalement des Mauriciens, avec une main-d’œuvre composée d’environ 70 % de femmes et 30 % d’hommes. L’âge moyen est de 35 ans, mais certains salariés présents depuis les premières années de l’entreprise ont aujourd’hui plus de 60 ans.
Le recrutement devient toutefois de plus en plus difficile. Après le départ d’un contingent de travailleurs étrangers, notamment originaires du Bangladesh, le groupe se retrouve confronté à un déficit de personnel qui menace sa capacité à prendre de nouveaux contrats.
Daniel (à g.) et Alain Poupinel de Valencé, fondateurs d’Alpha Cleaning en 1986. Il s’agissait de nettoyer et de rénover de la moquette à l’époque.
«Les jeunes ne veulent plus travailler, surtout pendant les week-ends», constate Ranjiv Nuckchady. Même lorsque les heures supplémentaires peuvent permettre à certains employés de quasiment doubler leur rémunération quotidienne, le groupe peine à attirer suffisamment de candidats.
Les contraintes du métier expliquent en partie cette difficulté. Les équipes interviennent généralement de 7 heures à 16 heures selon des systèmes de roster, tandis que certains sites, notamment les foodcourts, nécessitent une présence jusqu’à 23 heures. «Nous n’avons pas le choix, il faudra d’autres bras venant de l’étranger pour suppléer à notre manque de main-d’œuvre et assurer ainsi la croissance du groupe», affirme le CEO. Alpha envisage ainsi l’arrivée de plus de 200 travailleurs étrangers, notamment de Madagascar, du Népal, du Bangladesh et de l’Inde. Pour le groupe, cette maind’œuvre supplémentaire doit permettre de soutenir aussi bien les activités existantes que les nouvelles ambitions régionales.
À Maurice, Alpha prépare parallèlement ses infrastructures pour accompagner sa croissance. Pour ses 40 ans, le groupe investira environ Rs 40 millions dans la construction d’un entrepôt de 30 000 pieds carrés à LaTour-Koenig. Le bâtiment sera notamment destiné au stockage de sa gamme de produits chimiques et permettra de mieux structurer ses opérations. Une trentaine de personnes actuellement affectées au quartier général de Pailles devraient être redéployées vers ce nouveau site.
Quarante ans après le premier contrat décroché à la SICOMTower, le parcours d’Alpha raconte ainsi une transformation profonde. D’une société de nettoyage, le groupe est devenu un prestataire intégré proposant une palette de services allant du nettoyage à l’hygiène, du pest control à la maintenance, de la production de produits chimiques au retail, jusqu’au facilities management.
Mais à 40 ans, Alpha ne regarde déjà plus seulement dans le rétroviseur. Après avoir construit un groupe diversifié à Maurice, elle veut désormais écrire son prochain chapitre à l’échelle africaine.
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