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Innondations : tous coupables !

28 janvier 2018, 05:17

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L’effet papillon, vous connaissez ? Dans sa formulation exacte, cette expression, utilisée pour la première fois par le météorologue américain Edward Lorenz, en 1972, se lit comme suit : «Prédictibilité : le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ?» En d’autres mots, pour une situation dynamique, disons la climatologie, une modification infime des conditions initiales peut-elle entraîner des résultats imprévisibles sur le long terme ? Lorenz disait qu’il n’était pas possible de prévoir correctement les conditions climatiques à très long terme (disons un an) parce qu’une simple incertitude de rien du tout peut donner des prévisions complètement faussées.

Quoique les récents travaux sur la climatologie aient tendance à montrer qu’un effet minime (le battement d’ailes d’un papillon) se retrouve noyé dans la masse de données recueillies, sans incidence pour la totalité, le concept de Lorenz tient toujours du fait que, sans nous en rendre compte, la moindre petite modification que nous apportons à notre environnement entraîne souvent de grandes conséquences. Qui se révèlent désastreuses pour la société.

Ainsi, depuis le début de cette nouvelle année, Maurice fait face à des conditions climatiques qui pèsent de tout leur poids sur notre vie. Cyclones, pluies torrentielles, vents forts, grosses houles, font que l’environnement physique impacte de plus en plus sur notre quotidien. Et les endroits inondés à Maurice augmentent de plus en plus. Jamais de mémoire de Mauriciens n’aurait-on connu pareilles situations catastrophiques, hors cyclones, bien entendu.

Berguitta tout juste derrière nous, ne voilà-t-il pas que, jeudi matin, le pays se réveille sous un avertissement de pluies torrentielles, avec fermeture des écoles, le secteur public qui chôme une demi-journée et le privé qui ne sait plus sur quel pied danser. Sans oublier la montée des eaux dans plusieurs endroits. Situation chaotique. Inondations, évacuations, protestations, malédictions. Le peuple est agacé, remonté contre tous ceux qu’il croit responsables de ses malheurs et se cherche des boucs émissaires.

Soit. C’est humain, des fois, de rejeter tous nos malheurs sur le dos des autres. Mais là, en ce qui concerne les inondations, je dirai : stop ! Nous sommes tous coupables. Pourquoi ? Revenons un peu en arrière. Disons 30 ans de cela, dans les années 80. Ceux qui ont la quarantaine aujourd’hui, avez-vous souvenir de jours scolaires chômés ? D’écoles fermées régulièrement, pour cause de grosses pluies et de régions inondées ? Je ne parle pas de cyclones. Mais de pluies.

Je crois que la réponse à mes questions tirerait plutôt vers le négatif. On allait à l’école même par mauvais temps. On ne courait pas (ou presque pas) le risque de se faire emporter par des trombes d’eau ou des rivières en crue. Et le pays ne s’arrêtait pas de vivre, économiquement parlant, dès la moindre averse.

Un peuple pollueur

Alors, qu’est-ce qui a changé ? Beaucoup de choses durant ces derniers 30 ans. En vrac : une modernisation des infrastructures, qui amène, hélas, son lot de mauvaises surprises. Un développement urbain limite «sauvage», avec un bétonnage tous azimuts. Une destruction planifiée de la nature, type génocide des arbres et de la végétation. Des voies d’eau naturelles détruites, rasées. Des permis de construction octroyés sans réelles études de l’impact environnemental ou de la topographie des terrains. Toutes sortes de «schemes» autorisés, des fois sans que soit prévu un réel système de drainage des eaux pluviales. Des zones marécageuses et humides (wetlands) comblées et converties en terrains constructibles.

Par-dessus tout, nous avons un peuple qui devient de plus en plus pollueur. Qui peut passer des heures à nettoyer sa maison et sa cour de fond en comble mais qui ensuite balance tous ses déchets ailleurs : chez le voisin, sur le terrain vague à côté, dans le lit d’un ruisseau ou d’une rivière, sur nos plages, nos promenades, nos espaces publics, entre autres. Un peuple qui jette sa canette de soda ou son papier gras, souillé de «gro pwa», sur la route, pendant qu’il roule en voiture ou qu’il circule en autobus.

Un peuple qui ignore ce que «tri des déchets» veut dire. Un peuple qui, de par ses petites combines, fait des ajouts non-autorisés à ses projets de construction : mur de clôture obstruant des voies d’eau, décharge d’eaux usées mal positionnées, vérandas vitrées et légères qui se fracasseront au moindre cyclone. Et tant d’autres actes répréhensibles.

Nous sommes en plein dans le changement climatique. C’est à l’échelle mondiale. La moindre toux suspecte qui se produit à des milliers de kilomètres de nos côtes peut nous donner des poussées de fièvre ici. C’est dire que nous devons changer notre façon d’agir envers notre environnement. Respectons la nature. Sinon elle finira par nous la faire payer. Et les inondations ne seront plus l’exception, mais la règle.

Pour terminer, la question à Rs 18,8 milliards : le Metro Express peut-il circuler avec des dizaines de centimètres d’eau de pluie, ou de crues soudaines, «noyant» ses rails ?

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