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Industries créatives

«We are putting artists first». Prove it

22 juin 2026, 20:00

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«We are putting artists first». Prove it

Deux petites phrases ont retenu l’attention quand le Premier ministre (PM) et ministre des Finances, Navin Ramgoolam a abordé la modernisation du quatrième pilier de l’économie, composé des «secteurs traditionnels». Parmi : la culture et …l’agriculture. Le PM a affirmé : «We are putting artists first». En soulignant que le cadre légal sera amendé pour les reconnaître en tant que «Cultural Workers». Après le bilan mitigé de l’année financière qui se termine, où aucune des mesures annoncées pour le ministère des Arts et de la culture n’a atteint le stade d’achèvement, et la nette continuité que dessine le Budget présenté le vendredi 19 juin dernier, les parties n’en finissent pas d’attendre du concret.

Statut professionnel des artistes

La mesure : «We are putting artists first. Nous amenderons les lois appropriées afin de reconnaître les artistes comme des travailleurs culturels»

La situation : La révision du Status of the Artist Act (voté en juillet 2023 mais non appliqué) a été initiée par le ministère des Arts et de la culture depuis l’an dernier. Des propositions ont été recueillies durant la Convention nationale sur les arts et la culture, qui a eu lieu de septembre à novembre 2025. Le ministre Gondeea a indiqué que la refonte est arrivée au niveau du State Law Office.

Réactions : «Ce que l’on réclame depi lontan, c’est justement de reconnaître les artistes en tant que travailleurs culturels. J’ai enfin entendu cela sortir de la bouche du PM. C’est un pas en avant», salue l’artiste et producteur Bruno Raya. Reste à savoir comment cela sera mis en place.Il faudrait que les autorités fassent appel à ceux concernés, pour définir les barèmes par rapport au nombre d’heures travaillées, les tarifs minimums, souligne-t-il. Par exemple : pour Reggae Donn Sa, «est-ce que l’on compte mes heures à partir du moment où j’arrive sur le site d’un concert, on est-ce qu’on compte aussi tous les préparatifs effectués, six mois à l’avance ?» Face à l’annonce du PM, Krishna Luchoomun, artiste visuel lance : «Il faut que cela soit suivi d’action. Pa zis dir bann zafer ki fer zorey kontan. Rien n’a été dit sur les structures à mettre en place pour que la reconnaissance des artistes devienne une réalité».

Krishna Luchoomun, Bruno Raya et Thierry Le Breton Krishna Luchoomun, Bruno Raya et Thierry Le Breton saluent des bonnes intentions annoncées, tout en attendant d’en savoir plus.

Création d’un musée national

La mesure : La création d’une plateforme artistique et culturelle centralisée. Ce hub comprendra un musée national qui rassemblera sous un seul toit, les collections actuellement éparpillées à travers l’île. La somme de Rs 2,5 millions est prévue pour l’item Setting up of Galerie d’Arts Nationale Project preparation, en 2026-2027. Il y aura aussi une zone artistique et culturelle ainsi qu’un centre d’interprétation. La mise en place de ce hub verra la participation du secteur privé.

La situation : La loi établissant la National Art Gallery a été votée en 1999, mais en dehors de locaux administratifs, elle n’a pas d’espace d’exposition, ni de collection. Et pas encore de conseil d’administration depuis l’arrivée de l’Alliance du changement en novembre 2024.

En 2011 – durant un précédent mandat travailliste-, le projet d’installer la galerie d’art nationale dans une annexe de l’ex-hôpital militaire a vu le jour. Un répertoire des collections privées à Maurice avait été réalisé. De même qu’un annuaire des peintres mauriciens. Le projet a été abandonné après le changement de régime de 2014. Les gouvernements successifs ont plusieurs fois évoqué la création d’un art district à Port-Louis.

Réactions : «Je ne suis pas pour la multiplication des musées. Il est préférable d’en avoir quelques-uns qui fonctionnent que beaucoup qui ne marchent pas. Depuis les débuts de SOS Patrimoine, avec Nelly Ardill (NdlR, disparue le 31 mars 2025), nous avons milité pour un musée national d’art. Reste à savoir s’il sera dans un site approprié et s’il deviendra un pôle de développement. Cela ne se fera pas en un claquement de doigt», souligne Thierry Le Breton de SOS Patrimoine en péril.

L’artiste Krishna Luchoomun se demande si, «on ne revient pas avec la galerie d’art nationale à l’ex hôpital militaire ? J’espère que cela va enfin se réaliser. Nou finn fatige tann bann lanons koumsa. Et au lieu de hub, il faudrait une appellation plus créative». S’agissant de la participation annoncée du secteur privé, Krishna Luchoomun se demande «comment fait-on un Budget alors que l’argent n’est pas dans les caisses de l’État? Il faut annoncer des choses qui vont vraiment prendre forme.»

«One-Stop-Shop» pour l’organisation d’événements

La mesure : Un one-stop-shop pour l’organisation d’événements accordera les permis dans un délai de 15 jours

La situation : L’an dernier, le Budget prévoyait de «faciliter les procédures administratives pour l’organisation de festivals et concerts.» Actuellement, les organisateurs doivent obtenir des autorisations des services sanitaires, des pompiers, de la police, des collectivités locales etc… Donc faire la tournée de ces différents services. On sait déjà que le one-stopshop est chapeauté par l’Economic Development Board, qui a une plateforme en ligne, le National Electronic Licensing System, pour les demandes de permis dans les secteurs de la construction, de la santé, de l’éducation, du tourisme ou encore du Film Rebate Scheme. Le Budget cette fois annonce que les permis seront obtenus en 15 jours. Le ministre Gondeea a réitéré que ce projet est «en cours de finalisation».

Réactions : «Parlons d’abord de légitimité. De tout ce qui a été annoncé l’an dernier, qui tenait en quatre paragraphes, rien ne s’est concrétisé», souligne Stephan Rezannah, producteur. «’We are putting artist first’, ce n’est pas un slogan, c’est une blague. C’est joli sur papier, mais dans la réalité, c’est un défi.» Bruno Raya, rappelle que le one-stop-shop est réclamé depuis longtemps par l’Association Auteur Compositeur Mauricien ainsi que l’association Professional Events Organisers.* «Nou zis espere ki pa pe vann rev ar nou»*.

Mise en place du «Creative Arts and Cultural Development» programme doté de Rs 30 millions

La mesure : Un Creative Arts and Cultural Development Programme doté d’un budget initial de Rs 30 millions sera mis en place. Les fonds proviennent du Lotto Fund. Ce programme soutiendra la création, la performance et l’accès aux nouveaux marchés.

La situation : Le National Arts Fund, qui finançait la création, a été gelé à l’arrivée du nouveau gouvernement. Les Estimates montrent que le Production Grant Scheme a un fonds de Rs 6,1 millions pour 2026-2027. Le ministère s’était engagé à payer les bénéficiaires du National Arts Fund. Les autres formes d’aides aux artistes : International development for performing artists, Development of performance arts group, International award, international competition participation ont des fonds tournant entre Rs 300 000 à Rs 500 000 pour l’année financière.

Réactions : «Rs 30 millions c’est un Budget peanuts, quand on considère les réalités économiques actuelles», s’insurge Stephan Rezannah. «Pour la fête de l’Indépendance, un événement qui ne dure qu’un seul jour, on dépense plus que ça. On met de l’argent dans un concert organisé par l’Etat, avec zéro public. Les Rs 30 millions, c’est comme un Panadol. Dans les industries créatives, c’est la musique qui rapporte le plus. Pourquoi n’investit-on pas massivement dans le secteur le plus productif des industries culturelles, alors que l’on nous parle d’un hub ? La musique, c’est le secteur oublié de ce Budget.» Il souligne que la situation dans l’événementiel empire : «90 % à 95 % des manifestations culturelles soit break even, soit font des pertes. Les organisateurs peinent à s’en sortir. Avec les augmentations du coût de la vie, le consommateur coupe sur les loisirs. Les artistes souffrent en silence, il faut une réflexion plus profonde.»

«Rs 30 millions ce n’est pas suffisant.». Avis partagé par Bruno Raya : «Les intentions énoncées dans le Budget, paraissent bonnes, mais «il faudrait faire un effort pour investir plus. Un développement artistique kout mari ser.»*

Krishna Luchoomun est d’accord : «Seki mo trouv inpe drol»,dit-il, «on met beaucoup d’argent dans les infrastructures, mais on n’investit pas dans l’humain, dans la création, pour rendre ces infrastructures rentables. Ce sont les artistes qui font vivre ces espaces.»

Biennale de l’océan indien en septembre 2027

La mesure : Une Biennale de l’océan Indien sera organisée en septembre 2027. Ce sera une plateforme régionale d’échanges qui va améliorer la visibilité des artistes locaux.

⚫ *La situation : La Commission de l’océan Indien avait initié en 2003 le Festival culturel tournant de l’océan Indien. Chez nous, le ministère des Arts avait tenu une Triennale d’art contemporain (une manifestation qui, comme son nom l’indique, a lieu tous les trois ans) en 2002. Elle a été abandonnée après une petite poignée d’éditions à la suite de vifs désaccords, incluant des allégations de corruption, entre des artistes et les organisateurs.

Réaction : «Ce n’est pas une Biennale de l’océan Indien, mais une Biennale des îles de l’océan Indien dont nous avons besoin», nuance l’artiste Krishna Luchoomun, artiste visuel. Il y voit une opportunité pour jeter les bases d’une exposition itinérante qui ferait le tour des pays de la région. «Représenter notre art comme une entité indianocéanique apportera plus de rayonnement international. Peut-être qu’un jour le drapeau de l’océan Indien sera planté à la Biennale de Venise (NdlR, des artistes locaux ont déjà participé à la Biennale de Venise, dont Krishna Luchoomun)». L’artiste souhaite surtout que la Biennale annoncée pour septembre 2027 ait «une résonance et une continuité», en 2029 et ainsi de suite.

Rénovation complète du musée de Mahébourg à hauteur de Rs 100 millions

Mahébourg Le musée de Mahébourg est fermé pour rénovation depuis le 15 décembre 2025. La somme de Rs 100 millions est prévue pour sa réhabilitation.

Les mesures : Création d’une nouvelle entité pour la réhabilitation, la gestion et la valorisation des sites historiques. Des fonds seront levés localement et auprès de pays amis pour assurer la gestion professionnelle des sites. Le National Heritage Fund sera revu.

Rénovation complète du musée de Mahébourg à hauteur de Rs 100 millions. Les fonds proviendront de la loterie nationale.

La situation : Il faut replacer ces deux mesures dans le cadre de la Déclaration d’intention pour la préservation du patrimoine architectural mauricien, cosignée le 25 avril 2025, par le ministère des Arts et de la culture, avec l’ambassade de France, Business Mauritius et SOS Patrimoine en péril. Les sites identifiés sont le Musée d’histoire de Mahébourg, le Jardin botanique de Pamplemousses et l’ancienne Cour suprême.

Expertise France, a été nommé pour piloter la mise en œuvre avec des financements de Fonds Équipe France du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français, à hauteur d’un million d’euros (environ Rs 55,2 millions) jusqu’en 2027. Il est question de la création à terme, d’une structure paritaire publicprivé pour gérer les projets et mobiliser des fonds pour la rénovation. Il est aussi question d’amender le cadre légal, en transformant le National Heritage Fund en National Heritage Authority.

Réaction : Thierry Le Breton, qui a cosigné la Déclaration d’intention au nom de SOS Patrimoine en péril se dit «satisfait des annonces touchant au patrimoine, c’est encourageant. Le gouvernement confirme qu’il veut poursuivre les efforts entamés depuis un an. Nous souhaitons pouvoir avancer avec rigueur et méthode». Quant au National Heritage Fund Act 2003, sa révision, surtout sa modernisation 23 ans plus tard est vivement attendue. Quant au musée de Mahébourg, il est fermé pour rénovation depuis le 15 décembre 2025.

Rs 124 millions pour améliorer le paysage culturel du Morne

La mesure : La somme de Rs 124 millions, échelonnée sur trois années financières servira à améliorer l’expérience visiteur au Paysage culturel du Morne.

La situation : Visites à répétition (quatre en neuf mois en 2025) du ministre des Arts et de la culture au Morne, site inscrit sur la liste du patrimoine mondial en 2008. Mahen Gondeea avait vivement critiqué l’état de délabrement non seulement de la voie d’accès menant à la montagne, mais aussi celui de l’Open air museum de Trou-Chenille, musée situé à l’entrée du sentier public qui permet d’escalader la montagne.

Open air museum Constat de visu de l’état de délabrement de l’Open air museum de Trou-Chenille au Morne, pour Mahen Gondeea et Véronique Leu-Govind.

Des Rs 124 millions qui seront déboursés en trois tranches, Rs 89 millions seront pour améliorer le Trou Chenille trail. De cette somme, le décaissement de Rs 15 millions est prévu pour 2026-2027. L’autre partie des Rs 124 millions, soit Rs 35 millions, servira à la rénovation de l’Open air museum. Une première tranche de Rs 5 millions est prévue pour 2026-2027. La somme de Rs 1,8 million a été réservée pour les frais de consultance pour la révision du Local Economic Development Plan, qui doit être soumis périodiquement à l’Unesco.

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