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Questions à…
Ahmed Sylla : «Le public a plus que jamais besoin de rire»
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Questions à…
Ahmed Sylla : «Le public a plus que jamais besoin de rire»
Touché par l’histoire du Morne, Ahmed Sylla a posé devant cette montagne emblématique qu’il espère gravir avant de rentrer en France.
Il s’est produit hier soir au Trianon Convention Centre avec son dernier spectacle, «Origami». Humoriste, comédien et acteur incontournable de la scène francophone, Ahmed Sylla s’est imposé au fil des années comme l’une des figures majeures du divertissement en France. Révélé par ses spectacles à succès, il a également brillé au cinéma à travers plusieurs films remarqués, confirmant ainsi sa polyvalence artistique. En 2025, il a reçu le prestigieux «Molière de l’humour». De passage à Maurice, où il séjournait à l’hôtel «Le Paradis Beachcomber Golf Resort & Spa», au Morne, il s’est confié à notre rédaction.
Ahmed Sylla, bonjour. Quelle est votre première impression de Maurice ?
Bonzour, comme on dit ici ! On remplace le J par le Z. J’ai fait mes devoirs ou pas ? (Rires.) Je vais très bien. Comment pourrais-je dire le contraire alors que je suis à Maurice ? Il y a le Morne, le soleil, de la verdure partout… C’est extraordinaire. Je viens d’atterrir et j’ai déjà hâte de rencontrer le public mauricien au Trianon Convention Centre. Cela fait longtemps qu’il souhaite ma venue et, enfin, je suis là. Malheureusement, je n’ai pas encore eu le temps de visiter l’île.
Vous avez pourtant publié une belle vidéo sur la plage…
Oui, mais avez-vous vu dans quel état j’étais ? J’étais encore en tenue de voyage : jogging, chemise, transpiration… (Rires.) Mais j’ai été subjugué par la beauté de la mer. C’est incroyable.
Comment prépare-t-on une première venue dans un pays ? Se renseigne-t-on sur ce qu’il faut ou ne faut pas dire ?
J’aime bien demander directement aux locaux. Ce sont eux qui connaissent les petites habitudes, les bons conseils. Je découvre tout cela petit à petit depuis mon arrivée. Je n’ai pas utilisé ChatGPT pour savoir ce qu’il fallait dire sur Maurice ! (Rires.) Et puis il y aura aussi de l’improvisation. J’adore échanger avec le public, apprendre des choses et découvrir comment les gens vivent ici. Je suis là pour ça !
Vous venez d’arriver, mais avez-vous déjà appris quelques mots en créole ?
À part «bonjour» avec un Z, franchement, vous n’êtes pas compliqués ! On n’est pas très loin du français. Je viens tout juste d’arriver à l’hôtel. J’ai à peine eu le temps de poser mes valises, de me changer et de me rafraîchir. Donc non, je n’ai pas encore appris beaucoup de mots. (Rires.) Mais j’ai déjà entendu «Ki deroule ?»
Vous présentez «Origami». De quoi parle ce spectacle ?
C’est un spectacle plus personnel, même si tous mes spectacles le sont d’une certaine manière. J’ai aujourd’hui 36 ans, donc forcément je ne fais plus le même spectacle qu’à 19 ou 22 ans. Beaucoup de temps s’est écoulé depuis mon précédent spectacle et j’avais envie d’aborder d’autres sujets, avec mon regard d’adulte.
Je parle notamment de la condition des femmes, un sujet particulièrement important aujourd’hui. Avec tous ces faits divers tragiques, j’avais envie d’apporter ma petite pierre à l’édifice, de voir comment je pouvais porter leur voix sans être donneur de leçons. Dire simplement qu’on vous croit, que des hommes sont aussi à vos côtés. Cela fait partie du spectacle.
Bien sûr, on rit beaucoup. Il y a du chant, de la danse, de l’improvisation. J’évoque aussi les cinq dernières années, notamment la période du Covid. Quand on y repense, c’était quand même une dinguerie.
Comment avez-vous vécu cette période de Covid dans votre carrière ?
C’était dur. Du jour au lendemain, on nous a dit de rester chez nous. Ensuite, il fallait imprimer une attestation pour avoir le droit de sortir, comme si chacun faisait sa propre police.
Partout où je joue, en France ou ailleurs, j’aime demander au public comment il a vécu cette période. Et je dois dire que, pour le coup, que j’aurais kiffé un confinement à l’île Maurice !
Vous parlez d’un regard plus adulte. Cela signifiet-il que vous êtes devenu plus sage sur scène ?
Non, je suis toujours le même. Mon humour a simplement grandi avec moi. J’ai toujours la même joie de vivre et le même plaisir à être sur scène. J’ai la chance d’exercer un métier incroyable qui me permet de voyager et de rencontrer des gens partout dans le monde. D’ailleurs, je crois que ces 12 heures de vol pour venir ici constituent mon plus long voyage ! Vous êtes loin, mais je suis très heureux d’être là.
Les Mauriciens se demandent peut-être si l’on retrouvera Karine Le Marchand sur scène, l’une de vos imitations les plus célèbres…
(Rires.) Non, je n’ai pas apporté de perruque ni de rouge à lèvres. Il faudra vous contenter de l’homme qui est devant vous ! Je sens déjà une certaine déception. (Rires.) Mais rassurez-vous, il y aura toujours des personnages féminins dans mes spectacles.
Est-il plus facile ou plus difficile de faire rire aujourd’hui, avec l’actualité parfois lourde et anxiogène ?
J’ai l’impression que le public a davantage besoin de rire qu’avant. Il a besoin de ces moments d’évasion où l’on oublie le quotidien et une actualité parfois très dure, très sombre.
Le spectacle est un moment de partage. Pendant quelques heures, nous sommes tous au même niveau. Nous rions ensemble des mêmes choses. C’est un peu comme la Coupe du monde : ce sont des moments qui rassemblent. Et c’est exactement ce que j’aime faire.
Sentez-vous cette attente du public ?
Ce qui a changé au fil des années, c’est le nombre de personnes qui me disent «merci» à la fin des spectacles ou dans les messages qu’elles m’envoient. Pas simplement merci pour le spectacle, mais merci parce qu’elles avaient besoin de ce moment, parce que cela leur a permis d’oublier leurs soucis pendant un instant. Et ça, je le constate de plus en plus souvent.
Vous mentionnez la Coupe du monde, on vous demande encore souvent d’imiter Didier Deschamps ?
(Rires.) Pas encore aujourd’hui, mais Didier Deschamps fait partie de mon parcours humoristique. C’est un personnage qui m’a beaucoup aidé à me faire connaître. Ce qui est drôle, c’est que beaucoup pensent encore que je suis imitateur.
Peut-on rire de tout ?
Oui, je pense qu’on peut encore rire de tout. Tout dépend de la manière dont on raconte les choses.
Dans un spectacle d’humour, tant que le sujet est bien travaillé, intelligemment écrit et que cela reste drôle, on peut aborder tous les thèmes. Par exemple, lorsque je parle des féminicides, le public se demande d’abord où je veux en venir. Puis il rit, mais d’un rire différent, un rire qui fait aussi réfléchir.
N’y a-t-il pas malgré tout une crainte de choquer ?
Au début, pendant le rodage du spectacle, je me demandais comment cela serait perçu. Mais l’accueil a été extraordinaire. Les gens ont immédiatement compris la bienveillance qui animait cette démarche. À aucun moment il ne s’agissait de se moquer des femmes victimes de ces violences. Au contraire, c’était une manière de porter leur voix. Quand l’intention est comprise, on peut aborder tous les sujets et rire de tout.
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