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Industrie cannière
Innover, diversifier et conquérir de nouveaux marchés pour assurer l’avenir
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Industrie cannière
Innover, diversifier et conquérir de nouveaux marchés pour assurer l’avenir
Selon les premières estimations, la récolte devrait se poursuivre jusqu’à la mi-décembre. La production nationale est attendue autour de 225 000 tonnes de sucre, contre 220 305 tonnes en 2025.
La campagne sucrière 2026 est lancée dans un drôle de contexte : baisse des cours mondiaux du sucre, hausse des coûts de production, difficultés liées à la main-d’œuvre, effets du changement climatique, tensions géopolitiques et concurrence internationale accrue. Les usines d’Alteo à Union Flacq et de Terra dans le Nord ont commencé le 22 juin, Omnicane dans le Sud, hier. C’est l’occasion de faire le point sur les pistes avancées par les acteurs du secteur pour renforcer la résilience de l’industrie.
La consolidation des efforts entre les différents acteurs, le maintien des investissements, le développement de projets créateurs de valeur et la production de sucres de qualité figurent parmi les principales pistes avancées pour renforcer la résilience du secteur.
L’innovation demeure au cœur de cette stratégie. Elle a déjà permis à la filière de diversifier ses activités, notamment à travers le développement de sucres à plus forte valeur ajoutée, ainsi que la valorisation de la bagasse et de la biomasse dans la production d’énergie. Cette orientation est également considérée comme un moyen de stimuler la production locale et de tirer profit des opportunités offertes par les marchés régionaux, notamment ceux de la Southern African Development Community (SADC) et du Common Market for Eastern and Southern Africa (COMESA). L’innovation passe également par la recherche agronomique notamment avec le développement de nouvelles variétés de canne adaptées aux conditions climatiques et pédologiques de Maurice. Une Field Day organisée le 9 juillet par la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA) a permis de présenter aux planteurs trois nouvelles variétés ainsi que des solutions visant à améliorer les pratiques agricoles.
Évolution contrastée
Les dernières données disponibles témoignent toutefois d’une évolution contrastée de la filière. Selon les Economic and Social Indicators publiés le 18 mars dernier, la production de canne à sucre a progressé de 5,7 % en 2025 pour atteindre 2,32 millions de tonnes, contre 2,19 millions de tonnes en 2024. Cette hausse intervient malgré une baisse des superficies récoltées, passées de 34 759 hectares à 33 805 hectares. L’amélioration du rendement moyen, qui a augmenté de 8,7 % pour atteindre 68,68 tonnes par hectare, a contribué à soutenir la production. En revanche, la production sucrière a enregistré un recul de 2,3 %, passant de 225 547 tonnes en 2024 à 220 305 tonnes en 2025. Cette baisse s’explique principalement par une diminution du taux moyen d’extraction, illustrant les défis auxquels reste confrontée la filière malgré les efforts engagés pour améliorer sa productivité.
Au-delà de la production sucrière traditionnelle, l’industrie cannière contribue aujourd’hui à l’économie à travers une approche axée sur la diversification et la création de valeur. La filière englobe désormais plusieurs activités, allant de la production d’énergie à la fabrication de produits dérivés, notamment le rhum, tout en accordant une importance croissante au développement des sucres spéciaux. Le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, insiste sur la nécessité de poursuivre cette transformation afin de maintenir la compétitivité du secteur. «Nous n’avons aucun problème pour répondre à la demande locale et nous exportons également. Mais, qu’on le veuille ou non, il existe une concurrence. C’est pour cette raison que nous devons continuer à ajouter de la valeur à nos produits».
Selon lui, les sucres spéciaux représentent une opportunité stratégique pour l’industrie mauricienne. Ces produits trouvent déjà des débouchés sur plusieurs marchés, notamment en Afrique, en Inde et en Chine, grâce à des partenariats économiques et à des accords de libreéchange. «Pour nous, il faut continuer à être innovants. Dans cette filière, chaque maillon compte : les travailleurs, les artisans, les laboureurs, les planteurs, les dirigeants d’entreprise et les administrateurs. C’est une chaîne de valeur importante. Nous avons accès aux marchés, à nous de saisir ces opportunités», a-t-il souligné.
«Sugar hub»
Le ministre a également mis en avant d’autres axes de développement, notamment le raffinage de sucre brut importé et l’exploration de nouveaux débouchés sur le continent africain. Ces initiatives, soutient-il, devraient permettre de renforcer la compétitivité de la filière tout en générant davantage de valeur ajoutée pour l’industrie sucrière mauricienne.
Cette capacité d’adaptation et d’innovation est également mise en avant par Omnicane, qui a lancé la campagne sucrière dans la région Sud le 13 juillet à La Baraque, L’Escalier. Cette cérémonie a aussi été l’occasion de revenir sur le parcours centenaire du groupe.
Pour Jacques Marrier d’Unienville, Chief Executive Officer (CEO) d’Omnicane, ce centenaire témoigne de la capacité de l’entreprise à évoluer au fil des décennies. «Cent ans, c’est quand même un beau parcours. Cela représente la durabilité. C’est une entreprise qui a toujours su innover et s’adapter à son temps. Maintenant, c’est notre responsabilité de poser de bonnes bases pour les 100 prochaines années.»
Selon lui, l’avenir de la filière repose sur la poursuite de cette dynamique d’innovation, à travers la diversification des activités et la recherche de nouvelles opportunités de croissance. Cette approche s’inscrit dans la transformation progressive de l’industrie cannière, qui ne se limite plus à la production de sucre, mais englobe désormais l’énergie renouvelable, les produits dérivés de la canne et les solutions visant à mieux valoriser chaque composante de la plante. «Depuis quelques années, nous avons développé le concept du Sugar Hub. Cela consiste à importer du sucre du Brésil, auquel nous apportons une valeur ajoutée avant de le réexporter dans la région», explique Jacques Marrier d’Unienville.
Sucre liquide, rhum, ethanol
Parmi les innovations développées par Omnicane figure également le sucre liquide, un produit qui répond à une demande croissante sur certains marchés. Le groupe travaille actuellement à l’installation d’une unité de production de sucre liquide au sein de sa raffinerie. «Il existe une demande pour ce type de produit. L’avantage est que cette nouvelle activité n’affectera pas notre capacité actuelle ; au contraire, elle nous permettra d’augmenter nos volumes d’exportation», souligne-t-il. Ce projet représente ainsi un nouveau levier de développement pour la raffinerie d’Omnicane et pour l’industrie sucrière, avec une production principalement destinée aux marchés extérieurs.
La diversification d’Omnicane s’étend également à la production de rhum, une activité développée par le groupe depuis plusieurs années. «Dans le passé, nous produisions principalement du rhum en vrac, en grandes quantités, destiné notamment à l’exportation vers l’Union européenne. Nous exportons entre 3 et 4 millions de litres par an», indique Jacques Marrier d’Unienville.
Le groupe souhaite désormais franchir une nouvelle étape avec le développement de sa propre marque. «L’année dernière, nous avons lancé notre marque de rhum. Nous avons commencé à mettre en place un chai de vieillissement. Nous comptons donc produire un produit de très bonne qualité qui contribuera également à faire connaître l’île Maurice dans le monde entier», souligne-t-il.
Concernant la question de la production locale d’énergies alternatives, l’éthanol pourrait représenter une piste de valorisation supplémentaire pour la filière cannière. «Il y aurait une place pour l’éthanol. Il existe toujours un trade-off entre la production d’éthanol et celle de sucre, qui dépendra notamment de la valeur ajoutée générée par le sucre», explique Jacques Marrier d’Unienville. «Nous pensons que l’éthanol peut être mieux valorisé qu’en tant qu’alcool carburant. Cela nous permettrait d’avoir les moyens d’importer du carburant à ce moment-là. C’est une question difficile», souligne-t-il. Omnicane produit déjà de l’alcool carburant, notamment destiné au marché réunionnais.
Face aux effets du changement climatique, Jacques Marrier d’Unienville estime que l’adaptation demeure indispensable pour assurer la pérennité de la filière. Le groupe mise déjà sur la valorisation des ressources locales, notamment à travers la production d’énergie renouvelable à partir de la bagasse. «Nous produisons déjà de l’énergie renouvelable en baseload avec la bagasse. Nous sommes également en train d’explorer d’autres solutions pour produire davantage à partir de la biomasse locale et éventuellement de la biomasse importée», explique-t-il.
Pour le CEO d’Omnicane, l’avenir de l’industrie dépendra de sa capacité à anticiper les évolutions et à identifier de nouvelles opportunités. «Ce sont les années qui diront. Il faut toujours avoir le regard tourné vers l’avenir, étudier les marchés et continuer à faire vivre l’industrie», ajoute-t-il.
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Questions à… Devesh Dukhira : «Nous serons inévitablement confrontés à de nouvelles périodes de prix bas»
Devesh Dukhira, «Chief Executive Officer» du Mauritius Sugar Syndicate (MSS).
La baisse du prix ex-Syndicat du sucre pour la récolte 2025 représente une diminution importante par rapport à 2024. Quel sera son impact concret sur les revenus des planteurs, en particulier les petits et moyens producteurs de canne ?
Le prix ex-Syndicat pour la récolte 2025 a été finalisé à Rs 24 095 la tonne de sucre, contre Rs 27 478 lors de la campagne précédente, principalement en raison d’une détérioration des conditions du marché. En effet, au début de la récolte, en juillet 2025, le cours mondial du sucre blanc s’établissait à USD 475 la tonne, tandis qu’en Europe, le prix moyen s’élevait à 534€, contre respectivement USD 550 et 775€ à la même période en 2024. Cette baisse des valeurs s’explique par une augmentation de la production mondiale au cours des années précédentes, les producteurs ayant été incités à accroître leurs volumes après les niveaux de prix rémunérateurs observés en 2022 et 2023. Je rappelle que le prix ex-Syndicat avait également atteint un niveau record de Rs 30 954 la tonne pour la récolte 2023. Je dois néanmoins souligner que la baisse du prix ex-Syndicat pour la récolte 2025 a été accentuée par la décision du gouvernement de réintroduire le Global Cess, une contribution statutaire des producteurs sucriers destinée au financement de la Mauritius Cane Industry Authority. Cette contribution représente Rs 220 millions, soit environ Rs 1 000 par tonne de sucre, un montant qui a été déduit des recettes du Syndicat des Sucres avant le versement des Rs 24 095 aux producteurs. En incluant les recettes provenant de la bagasse et de la mélasse, les sous-produits de la canne, les planteurs percevront Rs 29 608 par tonne de sucre, un niveau qui demeure peu rémunérateur pour la majorité d’entre eux. Heureusement pour les petits planteurs, c’est-à-dire ceux produisant moins de 60 tonnes de sucre, le gouvernement leur garantit un paiement de Rs 35 000 par tonne de sucre et prendra en charge la différence correspondante.
Avec la hausse continue des coûts de production (engrais, carburant, entretien), le prix actuel de la tonne de canne permet-il encore d’assurer la viabilité économique des exploitations à Maurice ?
Effectivement, après les hausses du taux d’inflation enregistrées au cours des années précédentes, notamment en raison de l’affaiblissement de la roupie et des augmentations salariales, les coûts de l’énergie et des engrais ont fortement progressé avec l’éclatement de la guerre au Moyen-Orient en début d’année. Les producteurs sucriers se retrouvent ainsi en étau entre un prix de vente en baisse et des coûts opérationnels en hausse. Les prix devraient retrouver un nouvel équilibre dès que les stocks excédentaires auront été écoulés. Nous estimons que la situation devrait commencer à s’améliorer d’ici le début de 2027.
Quelles mesures doivent être mises en place pour soutenir les planteurs face à cette pression financière et éviter un abandon progressif des terres agricoles par les petits producteurs ?
Au niveau du MSS, nous privilégions davantage la commercialisation de sucres à forte valeur ajoutée, notamment les sucres spéciaux, qui représentent désormais 60 % de la récolte. Dans le même esprit, pour le sucre blanc, la raffinerie d’Omnicane s’oriente de plus en plus vers des produits de qualité supérieure, tels que le sucre extra-fin ou les sucres destinés aux embouteilleurs. Nous veillons également à maintenir une flexibilité commerciale nous permettant de réorienter rapidement les volumes vers les marchés offrant les meilleures opportunités de prix. Cette stratégie nous permet d’atténuer l’impact des baisses de marché, même si nous ne sommes malheureusement pas totalement à l’abri des conditions imposées par les price setters, compte tenu de notre taille relativement limitée.
Les revenus des planteurs pourraient également être améliorés de manière significative par une révision du prix de la bagasse. Celui-ci, fixé à Rs 3,50/kWh en 2021, n’a pas été ajusté depuis, alors que le coût d’importation actuel des woodchips, une autre source de biomasse, serait environ deux fois plus élevé. Dans la mesure où le gouvernement s’est fixé pour objectif de produire, d’ici 2035, au moins 60 % de ses besoins énergétiques à partir de sources renouvelables, il serait pertinent d’assurer une rémunération plus équitable de la bagasse. Cela contribuerait à encourager les planteurs à maintenir, voire à augmenter, leurs superficies sous canne.
Par ailleurs, le gouvernement ayant fixé un objectif de production de 250 000 tonnes de sucre dans les trois prochaines années, il est essentiel de mettre en place les conditions nécessaires pour améliorer les rendements agricoles et remettre rapidement en exploitation les terres abandonnées. Cela passe notamment par l’accès à une main-d’œuvre suffisante, devenue une ressource de plus en plus rare à Maurice en raison du vieillissement de la population, ainsi que par la mise en place de soutiens financiers favorisant la replantation régulière des canne.
Cette baisse du prix du sucre pour 2025 estelle une difficulté passagère liée au marché mondial ou un signal d’alerte sur la nécessité de réformer le modèle cannier mauricien afin d’en assurer la pérennité ?
Maurice n’est pas le seul producteur sucrier confronté à ces pressions financières. Le marché devra retrouver un nouvel équilibre des prix afin d’éviter des tensions sur l’approvisionnement à moyen terme. Toutefois, le cours du sucre demeurant cyclique et volatil, nous serons inévitablement confrontés à de nouvelles périodes de prix bas. Il est donc d’autant plus important d’assurer un niveau de revenus adéquat provenant des sous-produits de la canne afin de mieux absorber ces fluctuations.
Parallèlement, les producteurs doivent poursuivre leurs efforts pour améliorer leur efficacité opérationnelle ainsi que leurs pratiques culturales. Nous constatons, par exemple, que le rendement aux champs a reculé à 6,54 tonnes de sucre par hectare (t/ha) en 2025, contre une moyenne de 6,84 t/ha au cours des cinq années précédentes. À titre de comparaison, il s’établissait à 7,35 t/ha en 2019 et à 7,89 t/ha en 2014.
La pression concurrentielle ne cesse de s’intensifier, notamment sur le segment stratégique des sucres spéciaux. Pour rester compétitive, notre industrie devra continuer à gagner en efficacité et à valoriser ses atouts différenciateurs sur les marchés internationaux.
Au-delà du prix de la tonne de canne, quel modèle agricole Maurice veut-elle construire pour les prochaines années : faut-il repenser le rôle des petits planteurs comme acteurs économiques à part entière ou accepter une concentration progressive de la production entre de plus grandes exploitations ?
Dans un environnement hautement concurrentiel, la recherche d’économies d’échelle doit constituer une priorité. Les petits planteurs auraient donc intérêt à se regrouper davantage afin d’en tirer pleinement profit. Par ailleurs, le secteur s’est engagé dans des démarches de durabilité, notamment à travers la certification Commerce Équitable (Fairtrade) pour les coopératives de petits planteurs et la certification Bonsucro pour les exploitations de plus grande taille. Ces certifications sont de plus en plus recherchées par les utilisateurs industriels et les grandes chaînes de supermarchés sur nos principaux marchés, car elles contribuent à garantir la pérennité de la production. Près de 40 % de notre récolte sucrière est déjà certifiée, et nous ambitionnons d’aller encore plus loin.
Il convient également de souligner notre position avancée dans la commercialisation de sucre sous le label Commerce Équitable. Ce label permet aux coopératives certifiées de bénéficier d’une prime de 60 dollars américains par tonne de sucre, destinée à améliorer les conditions de travail, mais aussi, plus largement, les conditions de vie des planteurs. Nous avons toujours réussi à commercialiser la quasi-totalité de notre production annuelle, alors que la performance mondiale reste inférieure à 50 %. Nous estimons par ailleurs qu’il existe un potentiel de demande supplémentaire d’au moins 10 000 tonnes, en plus des 15 000 tonnes actuellement produites. Les petits planteurs ont donc un rôle essentiel à jouer dans cette dynamique.
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