Publicité

Éthique et vérité

16 septembre 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Une première dans l?histoire de la presse mauricienne : le code d?éthique du groupe La Sentinelle est du domaine public. Nos principes moraux et nos règles d?écriture, qui ont toujours existé en interne, vous sont désormais connus. Preuve de notre obligation de responsabilité envers vous qui demeurez nos seuls juges de crédibilité.

Souhaitons que ce document pionnier précipite les débats, déjà ouverts au sein de la profession, pour déboucher sur un code national de déontologie journalistique. Au vu des regroupements (celui des journalistes suivi prochainement de celui des rédacteurs en chef et des directeurs de journaux), il est tonique que les convergences d?aujourd?hui prennent le dessus sur les divergences d?hier. L?autorégulation, talon d?Achille d?une profession jalouse de son indépendance, doit se matérialiser indépendamment de la présente menace.

Nos lecteurs doivent savoir que la mission du journaliste est d?être au service des citoyens en leur fournissant une information « vérifiée, exacte et impartiale ». L?agenda du politicien n?est pas le même. L?un fait de l?information (dans la mesure du possible) et l?autre de la communication (dans une quête populiste). D?où les fréquentes divergences et les inévitables frictions.

Aujourd?hui, plus qu?hier, en raison de notre économie en transition, l?action gouvernementale se doit de conjuguer avec une savante communication médiatique. D?où cette regrettable intention de légiférer pour contrôler l?information au lieu de la rendre plus accessible. Un triste paradoxe pour une démocratie qui prône l?ouverture et une réactualisation du « mind set ». Mais peut-être qu?il n?est pas trop tard pour le gouvernement ? et surtout pour l?image du pays ? de reculer et d?accepter le principe, fraîchement affiché, d?autorégulation ?

Outre l?éthique, les politiciens nous reprochent souvent de publier ce qu?ils qualifient de « fausses » nouvelles. Ce sont plutôt des informations qui ne reflètent pas leur vérité à eux.

C?est beaucoup plus compliqué que les slogans qu?on entend. Il faut savoir qu?une « information » est une donnée sur une chose. Mais une information peut être vraie ou fausse. On a souvent deux ou plusieurs informations qui se contredisent. C?est la base même du travail de journaliste qui doit confronter toutes les données ? pas uniquement celles qu?on veut bien lui communiquer.

Par exemple, pour relater un meeting, le journaliste doit confronter plusieurs points de vue subjectifs, dont le sien, pour parvenir à une objectivité.

Lorsqu?il rapporte des faits connus (Lieu du meeting, liste des orateurs, foule présente, propos tenus, etc.), le journaliste peut les mettre en contexte et les analyser, en fonction de l?actualité, de l?ambiance, des événements antérieurs, entre autres. Ce sont des commentaires subjectifs certes, mais basés sur des faits, qui enrichissent un insipide compte-rendu.

En revanche, le journaliste, dans le même récit, se garde d?approuver ou de désapprouver ces faits, c?est-à-dire d?émettre son opinion personnelle. Il peut toutefois le faire dans un éditorial, ou tout autre papier d?opinion, comme ici, dans cette chronique.

Même si cela peut vous paraître technique, il est important de prendre conscience des implications de la banale notion d?« information » ou de « vérité » que les politiciens ressassent en totale méconnaissance de cause.

Car parler du monde ne peut être qu?un acte descriptif : on ne se contente pas de dire une chose telle qu?elle est. En y donnant du sens, on la fait exister pour nous d?une manière particulière.

L?information, contenue dans un communiqué ou déclarée par un politicien, réduit le monde à une apparente objectivité. L?expression, elle, donne à voir le monde de plusieurs angles.

La liberté d?expression ouvre sur une réalité bien plus riche, plus dense et plus complexe que celle instituée par l?idéologie ou la dictature des informations factuelles et unilatérales. Les nouvelles formes de journalisme sont basées sur la multiplicité et la relativisation des sources.

« Contrairement aux apparences, la liberté d?information est une notion opposée à la liberté d?expression. La première consiste en la diffusion d?une chose connue et sûre. La seconde est la présentation publique d?une vision personnelle. La liberté d?information présuppose une vérité objective, la liberté d?expression implique que cette vérité porte sur la relation que nous entretenons avec une chose et non sur la chose elle-même », résume Raphaël Meyssan, dans un article publié sur le Réseau Voltaire.

C?est pour cela qu?il faut se battre sans cesse pour la liberté d?expression. Pour démontrer que nul n?est détenteur d?une vérité unique. Que le monde est dense et multiple. Qu?il existe autant de regards que d?hommes?

Publicité