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Économies de solidarité
Gloire à toi dieu argent ! En ces temps de fêtes nous te vénérons avec ferveur ! Accepte nos offrandes, car à peine notre bonus de fin d?année est-il crédité sur notre compte, que nous tous, tes adorateurs, réfléchissons aux divers moyens envisageables de te rendre grâce. Tandis qu?un père de famille décidera de débourser Rs 40 000 pour un « mini-quad » à donner au fiston, ailleurs, une jeune femme cadre fraîchement promue, décidera peut-être de dépenser Rs 5 000 lors d?un déjeuner, dans un restaurant chic de la capitale, histoire d?asseoir son nouveau statut social auprès de ses amis. L?envie irrépressible de dépenser, futilement, nous assaille.
Inutile de le préciser. Le « nous » ici, se réfère à tout ce que le pays compte de cadres, de directeurs, bref, de? nantis. Car bien évidemment, le mécanicien d?un garage qui se retrouve avec Rs 20 000 (bonus et salaire compris) à la fin de l?année, n?aura pas trop la prétention d?aller gaspiller son argent de manière inconsidérée. Quelques présents, l?acquisition d?électroménager et quelques achats de repas de fête et de boissons plus tard? et le voilà presque fauché arrivé à la mi-janvier.
Non, nous parlons des autres, que la vie gâte. De ce jeune cadre célibataire, par exemple, qui gagne Rs 35 000, et qui payait l?année dernière plus de Rs 4 500 d?impôts au Trésor chaque mois. Puis, voilà qu?à la faveur de la réforme fiscale du dernier budget, il n?en reverse plus que Rs 3 000 depuis juillet. En fin d?année, il a réalisé près de Rs 5 000 d?économies d?impôts le mois où il a perçu son bonus. Il y a aussi le cas de ce couple de hauts fonctionnaires qui a économisé près de Rs 40 000 sur les taxes cette année.
Tout ce petit monde, qui a finalement davantage d?argent à dépenser, oublie un peu facilement de rendre la politesse à ceux qui sont moins gâtés. « Oui, je gagne bien ma vie, mais je paye des taxes. Pourquoi mettre encore la main au portefeuille en période de fêtes pour aider les autres ? », diront certains. Pire, d?autres penseront que comme les dons aux associations caritatives ne sont plus déductibles des impôts, ils n?ont plus vraiment intérêt à se montrer philanthropes. Quelle affreuse manière de penser !
On en viendrait presque à apprécier la solidarité forcée à laquelle certains groupes s?astreignent en cette période, quand ce n?est pas tout au long de l?année. Ainsi, la British American Tobacco, Grays ou International Distillers déboursent des fortunes pour financer des activités sociales et faire oublier que les produits qu?ils vendent tuent. D?autres groupes tels que la Barclays, Beachcomber, Ciel, la MCB et leurs fondations, aident les démunis, en sachant pertinemment que l?ima-ge d?une entreprise « sociale » se traduit en valeur monétaire sonnante et trébuchante à inclure dans l?item « goodwill » d?un bilan financier. Ou à mettre en valeur dans le rapport de « Corporate Social Res-ponsibility » de l?entreprise.
Rien n?est gratuit, même pas la solidarité. Mais dans ce monde où l?on est solidaire par intérêt, il faut quand même saluer tous ceux qui, ce mois-ci, et durant toute l?année, prennent de leur temps et de leur argent pour aider les défavorisés. Les JCI, United Way, Rotaract et ces centaines de « bien lotis » anonymes qui aident généreusement les autres. Ils méritent notre admiration. Mais il faut aussi espérer que d?autres leur emboîtent le pas, en ne faisant pas l?économie de la solidarité.
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