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Ça va faire jazzer?
Puis-je poser une question au nouveau chantre de la créolité, qui se dit « fier d?être créole » ? Pourquoi l?atelier « Mo?Zar » n?a-t-il pas été invité à sa fameuse soirée jazz organisée dans le cadre du « Festival Kréol » ? Pourtant, il y avait là une « palette de jazzmen mauriciens », dixit la MTPA, qui ont assuré la première partie du concert de Jacques Schwarz Bart, un jazzman guadeloupéen.
Est-ce parce que le jazz de Roche-Bois ne cadre pas avec l?ima-ge glamour que l?on veut donner de la culture musicale de Maurice ? Est-ce parce que le jazz des faubourgs de Port-Louis ne vaut pas celui des « suburbs » de la Nouvelle-Orléans dans lesquels il est né ? Pourtant, dans une interview accordée à « l?express dimanche » la semaine dernière, le ministre du Tourisme et des Loisirs affirmait que « la créolité en tant que métissage, se nourrit de ce qu?il y a de meilleur dans les autres cultures ». Il me semble en l?occurrence que les musiciens de l?atelier « Mo? Zar » ont pris ce qu?il y avait de meilleur dans une autre culture. Culture pas si éloignée d?ailleurs, puisque les « works songs » (qui furent, avec les « negro spirituals » et le blues, les ancêtres du jazz) sont nées dans les plantations de coton de la Nouvelle-Orléans et de Louisiane. L?encyclopédie « Wikipédia » indique qu?il est « le fruit du métissage entre la culture européenne, importée par les colons, et celle du peuple noir américain, issu de l?esclavage ». Or, que ce soit dans les plantations de coton ou dans les champs de cannes, la musique s?écrit toujours avec des noires et des blanches.
Ou bien, est-ce parce que l?atelier « Mo?Zar » a apporté la preuve qu?un projet à la fois culturel et social pouvait marcher ? Est-ce parce que ces jeunes ont fait de la musique l?instrument de leur autonomie et qu?ils ont montré qu?il y avait un avenir à leur portée même sans CPE ? À l?heure où l?on parle tant d?« empowerment », c?était le moment où jamais de les inviter à le chanter sur tous les tons. D?autant plus qu?en la matière, ils ont été des pionniers. Mais les bonnes notes des uns ne jouent pas toujours la partition des autres.
À moins que ce soit parce que le fondateur, José Thérèse, a commis l?imprudence d?être conseiller municipal au mauvais moment, c?est-à-dire avant 2005 ? Et voilà notre saxophoniste piégé par une fausse note qu?il risque de traîner au moins jusqu?aux prochaines élections. Faut-il en conclure que les organisateurs du festival ne font pas la différence entre un saxo et une casserole ? Décidément, toutes les clés n?ouvrent pas la bonne porte.
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