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Human story
Blancheneige Begue cherche désespérément un toit permanent pour elle et ses petits-enfants
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Human story
Blancheneige Begue cherche désespérément un toit permanent pour elle et ses petits-enfants
Quand on prend connaissance de la réalité de Blancheneige Begue, l’image du serpent qui se mord la queue nous vient à l’esprit tant cette Rodriguaise se retrouve bloquée dans une impasse. Elle n’est plus éligible pour une maison de la NHDC car elle a dépassé les 55 ans. Elle peut prétendre à une maison de la New Social Living Development Ltd (NSLD) mais la quote-part exigée d’elle est de Rs 975 000, argent qu’elle n’a évidemment pas. Elle n’est pas en mesure de contracter un emprunt non plus, sa santé devenue précaire ne lui permet pas de trouver un emploi fixe, de sorte qu’elle n’a pas de fiche de paie à présenter. Et elle a ses trois petits-enfants à sa charge.
«Mon fer tou seki mo kapav. Monn ariv kot pa kone. Zis Bondie ki kone», déclare Blancheneige Begue, en essuyant les larmes qui glissent lentement le long de ses joues. Cette quinquagénaire nous reçoit à l’étage d’une maison défraîchie et partiellement meublée dans le district de Moka où elle a emménagé depuis trois mois avec ses trois petits-enfants de 15, 11 et huit ans. Ils en sont à leur deuxième déménagement et troisième aménagement. À part leurs vêtements, rien ne leur appartient dans cette maison. «Monn kone ki appel travay. Zame sa ti fer moi per», raconte cette Rodriguaise née à Crève-Cœur. Son père, un fonctionnaire devenu handicapé après un accident de la route, était obligé de venir se faire soigner régulièrement à Maurice. «Ler li rant dan laz, son leta inn agrave».
Blancheneige Begue s’occupe de son vieux papa. Ils vivent sur la pension d’invalidité de celui-ci. «Mo ti ena mo dimounn ek monn gagn enn zenfan pou li.» Lorsque son père meurt, son bébé, un petit garçon, a deux mois et 20 jours. «Sitan nou ti embarase, biro travay dan Rodrigues inn dir moi mo bisin al travay Moris.» C’est le cœur lourd qu’elle a embarqué à bord du bateau qui fait la traversée jusqu’à Maurice, confiant son bébé à sa belle-sœur. C’était il y a 32 ans.
À Maurice, elle a trouvé de l’embauche dans une usine de poisson mais le bas salaire l’a découragée. Au bout de deux ans, elle a pris de l’emploi dans une usine de chaussures, puis de textile et dans une autre compagnie fabricant des chemises. Ce n’est qu’après trois ans qu’elle a pu récupérer son fils à Rodrigues et l’emmener à Maurice.
Voulant avoir un toit pour l’élever, elle a fait des démarches auprès de la NHDC. Mais comme elle a déménagé au gré de ses lieux d’embauche, elle a raté deux lettres d’octroi de maison à Souillac et à Montagne-Blanche. Courriers qui ont été renvoyés à l’expéditeur. Elle l’a appris quand elle s’est enquise de son dossier de maison auprès de la NHDC. «Mo pena plas fix pou reste. Bisin loue lakaz. Ariv enn sertin moman, proprieter dir ou zot bisin zot lakaz ek donn ou enn moi delai. Pou moi, enn dimounn ki loue so lakaz ar moi li pe ed moi. Kan li bizin repran so lakaz, mo bisin rann li sa o pli vit.»
Blancheneige Begue s’est aussi fait embaucher par une compagnie de sécurité mais a trouvé la stabilité comme manœuvre maçon pour le compte d’une compagnie de construction. Son contrat était renouvelé mensuellement et sa base salariale tournait alors autour de Rs 21 000.
Paroles en l’air
Son fils devenu adulte s’est mis en ménage avec une femme qui lui a donné trois enfants. Mais le couple battant de l’aile, la compagne de son fils a quitté celui-ci, laissant ses trois enfants derrière. Son fils les a confiés à sa mère. Ses visites à ses enfants se sont raréfiées. L’ex-compagne de son garçon a refait sa vie et ne donne presque plus signe de vie. Lorsque Blancheneige Begue contacte son fils et la mère de ses petits-enfants pour leur signifier que ces derniers ont des besoins qui doivent être remplis et qu’ils doivent l’aider financièrement, ils disent oui mais disparaissent de la circulation. «Zot for pou dir oui me fer pena». La quinquagénaire doit alors mettre la main à la poche. «Si mo pa trase, zenfan pa al lekol.»
Une mauvaise chute d’un échafaudage est venue modifier leur existence et les jeter davantage dans la précarité. Ses réclamations médicales sont restées lettre morte. Le médecin lui ayant interdit de faire des travaux lourds ou de remonter sur un échafaudage en raison de sa santé fragile, son employeur l’a affectée au nettoyage et l’a déployée dans les bureaux. Sauf qu’à l’expiration de son contrat, il n’y a pas eu de renouvellement à la clé.
Comme elle n’était plus éligible pour une maison de la NHDC en raison de son âge, elle s’est tournée vers la NSLD Ltd. En juin dernier, on lui a signifié qu’elle est éligible pour une maison de deux chambres à Malherbes. «Monn senti moi erez ler inn dir moi vinn pran mo let me ler monn konpran ki gouvernement pe subventionne zis la moitié ek ki mo bisin truv 50 % restant, setadir Rs 975 000 pou gaign lamaison, monn feb.» Elle ne peut contracter un emprunt bancaire car elle n’a plus de fiche de paie à soumettre. L’offre de la NSLD Ltd a expiré le 10 juillet dernier. Blancheneige Begue a dû déménager de nouveau avec ses trois petits-enfants qui l’appellent «maman». De nombreux propriétaires rechignent à louer leur maison à une femme seule avec enfants. Le seul logement qu’elle a trouvé à louer est l’étage d’une maison défraîchie et partiellement meublée dans le district de Moka. Son loyer est de Rs 8 500, sans compter les factures d’eau et d’électricité. «Monn resi pay premie moi me mo doit deuxième moi. Missie la inn konpran mo miser me li dir moi ki pou mon troisième mois, mo pou bisin compenser ek donn Rs 12 000 parla.»
Elle ignore où elle trouvera cette somme car le petit boulot qu’elle exerce est uniquement alimentaire : elle prête main-forte à une dame qui fait des rôtis et les vend. Quand Blancheneige Begue est en mesure de travailler, elle ne perçoit que Rs 500 à chaque fois. «Ler mo ledo permet moi mo ed madam la. Mais li pa toulezour. Bann zenfan ek moi nou manz grin sec gramatin tanto me zot pa plaigne parski zot truve tou seki mo pe fer pou zot.» Elle obtient de temps à autre de l’aide du Secours d’urgence de Caritas et cela lui permet de souffler un peu.
Appel à l’aide
«Mo sagrin ki apre ki monn vinn inkapab ki monn gaign lamaison. Si mo ti kapav travay mo ti pou fer li.» Comme deux de ses trois petitsenfants sont des filles, pour s’assurer de leur sécurité, elle les accompagne à pied le matin jusqu’à l’école et va les chercher l’après-midi. «Zot bann paran inn abandonn zot ek moi. En tant ki granmer mo pa kapav rezet zot, sirtou ena de tifi ladan. Pa kapav les zot dan lari. Mo envi fer face me parfoi mo pa resi debrouye pou zot. Proprieter la inn dir moi ki lakaz la pou son ser kinn al en vakans. Ler li revini, li pou bisin repran so lakaz. Mo pou oblize bouze ankor enn foi. Dimounn kapav trouve mo res dan létaz enn lakaz me zot pas konn mo realite.»
Elle craint d’avoir à se retrouver à la rue une nouvelle fois avec ses trois petits-enfants. Tout comme elle a peur que les autorités les lui enlèvent. «Mo souhait ki mo gaign enn plas reste pou sa bann zenfan la. Mo pe say rod enn rendez-vous avek minis Mohamed pou mo explik mo ka. Si zordi mo pena les moyens, pa la fot gouvernement. Me li pa mo lafot aussi. Mo ti ena lafors pou travay ek monn bien fer li me zordi mo nepli kapav. Mo bisin enn lakaz pou mo ti zenfan kapav kasiet lapli ek soley. Mo fer enn appel ar dimounn. Mo bisin led. Seki dimounn prêt pou donne moi mo pou pran. Là mo kouma enn narien ditou. Mo bisin sa koud pous là. Si tou dimounn koopere, nou pou resi arive.»
Blancheneige Begue croit encore en la bonté des gens et dit avoir croisé bon nombre de personnes pleines de compassion à son égard, que ce soit à la NHDC qu’au sein de Caritas ou de la paroisse qu’elle fréquente. Mais, ajoute-t-elle, «pou boukou Morisien, bann Rodriguais invisib…»
Réaction du ministre du Logement Shakeel Mohamed : «Il y a clairement une question urgente
Après avoir pris connaissance de la réalité de Blancheneige Begue dans les colonnes de l’express, Shakeel Mohamed, ministre du Logement et des terres, pense que son cas est «clairement an urgent issue».
Sa situation, dit-il, est symptomatique de celles qu’il a déjà vues depuis qu’il est ministre. «Il y a de nombreuses personnes enregistrées auprès de la NHDC qui changent d’adresse ou de numéro de téléphone et qui ne pensent pas qu’il est nécessaire de notifier cette instance. Les employés de la NHDC font leur travail et malheureusement à cause de ce petit oubli, les lettres d’attribution de maison n’arrivent pas à bon port. Cela ne signifie pas que ces personnes sont enlevées de la liste mais les maisons qui devaient leur revenir sont alors mises à la disposition d’autres demandeurs. Dans le cas de la personne interviewée par l’express (NdlR : Blancheneige Begue), « cela m’apparaît comme un cas spécial.»
Il précise qu’avant qu’il n’introduise le programme Rent to own, les retraités étaient disqualifiés pour les housing units de la NHDC car ils n’étaient pas en mesure de fournir de garanties bancaires. «C’était une discrimination par rapport à l’âge et interdit par la Constitution. Depuis que je suis devenu ministre, pour aider ceux qui ne pouvaient obtenir une maison, j’ai introduit le programme Rent to own et les retraités se qualifient désormais. Une trentaine de personnes jusqu’ici ont reçu leur lettre d’offre pour leur nouveau logement. Et d’après ce que j’ai pu lire dans l’article de l’express, je pense que cette personne se qualifie aussi sous ce programme.»
Le ministre Mohamed nous a donné l’assurance que dès lundi, il fera un fonctionnaire entrer en contact avec Blancheneige Begue afin de récupérer tous les documents relatifs à ses démarches pour l’obtention d’une maison de la NHDC à des fins d’analyse et d’envoi devant le comité de sélection du programme Rent to own.
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