Publicité

Portrait

Azimah Jeantou : Le nec plus ultra de l’architecture d’intérieur

29 août 2026, 21:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Azimah Jeantou : Le nec plus ultra de l’architecture d’intérieur

Azimah Jeantou, fondatrice et directrice d’Ad Nova Ltd.

Jeudi, c’est à l’Aventure du Sucre qu’Azimah Jeantou, architecte d’intérieur née en France mais d’origine mauricienne, a célébré les dix ans d’existence de son agence d’architecture d’intérieur Ad Nova Ltd, basée à The Strand, Pamplemousses. Bien qu’elle soit parmi les derniers arrivés sur la place, cette jeune femme a su se faire une place dans la cour des grands grâce à un service raffiné, complet et personnalisé. Son portrait dans le cadre de ce dixième anniversaire qui a été célébré avec faste.

Au cours de la soirée de jeudi, les émotions d’Azimah Jeantou étaient à leur paroxysme tandis qu’elle empruntait à nouveau le chemin parcouru, les larmes n’étant jamais très loin des sourires et des rires. Et même lors de notre rencontre, deux jours plus tôt, elle n’a pu retenir ses larmes au souvenir des sacrifices consentis par ses parents pour lui rendre la vie plus douce alors qu’elle réalisait, jusqu’aux petites heures du matin, les travaux pratiques accompagnant ses études d’architecture d’intérieur à l’École Bleue et payés avec son prêt-étudiant…

Azimah est la benjamine d’Idris et de Begum Domun. Elle est précédée par deux sœurs. Idris Domun, qui exerçait comme coach sportif, a quitté Maurice en 1982 avec son épouse et leurs deux filles aînées pour s’installer à Courbevoie en banlieue parisienne, l’objectif étant d’assurer l’avenir de ses filles. Azimah est donc née à Courbevoie avant que les Domun ne déménagent pour s’installer à une vingtaine de kilomètres plus loin, soit au Plessis-Robinson. Idris Domun a trouvé de l’emploi comme magasinier pour une grosse société alors que son épouse, devenue aide-soignante, effectuait des visites à domicile pour le compte de la mairie du Plessis-Robinson.

C’est vers l’âge de 17 ans que la lycéenne Azimah, qui s’apprête à passer son baccalauréat, réalise, en mettant traditionnellement la table à Noël, qu’elle est douée pour la décoration. L’idée fait son chemin dans sa tête. Son bac obtenu, elle qui maîtrise déjà l’outil informatique, cherche une filière d’études supérieures où elle pourrait concilier décoration et informatique. Elle ne cherche pas longtemps et se fait admettre à l’École Bleue, établissement d’enseignement supérieur d’architecture d’intérieur réputé à Paris. À cette époque, le design vient juste de faire son entrée dans l’architecture d’intérieur et ses professeurs sont des architectes et des designers. Son professeur le plus célèbre est Fabrice Berrux, designer chez Roche Bobois.

Plus de 600 euros

Ainsi, pendant cinq ans, elle s’initie à l’architecture d’intérieur, apprenant à gérer la lumière, les espaces, les volumes, peaufinant matériaux et détails. Les étudiants doivent faire appel à toute leur imagination et à leur créativité pour réaliser les thèmes des travaux pratiques soumis. Et les matières premières nécessaires ne coûtent pas un sou. Il fallait à l’époque compter plus de 600 euros pour réaliser une maquette. «Par exemple, notre professeur Fabrice Berrux arrivait en cours rasé uniquement d’un côté du visage et nous disait que nous devions travailler sur le thème ‘Avant et Après’. J’ai fabriqué une lampe coulissante dont on ne découvrait la lumière qu’après l’avoir coulissée. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.» L’École Bleue étant ouverte 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, il arrivait souvent que les étudiants qui n’avaient pas encore terminé leurs travaux pratiques dorment sur place dans leur sac de couchage. «Cela m’est arrivé maintes fois.»

En troisième année d’études, tous les étudiants doivent faire un stage dans une agence d’architecture d’intérieur et comme Idris Domun connaissait l’architecte Mico Giraud, ce dernier l’oriente vers une agence d’architecture d’intérieur renommée dans l’île. Pour pouvoir se payer la traversée jusqu’à Maurice, Azimah participe à un concours d’architecture d’intérieur organisé par la mairie du Plessis-Robinson. Les participants doivent réaliser la maquette d’un centre de loisirs pour enfants. Azimah se donne à fond et c’est sa maquette qui décroche le premier prix de 3 500 euros.

C’est ainsi qu’elle vient passer deux mois à Maurice, découvrant le milieu du travail en temps réel, rencontrant avec sa patronne les clients, comprenant ce que c’est que répondre à un deadline de cahier des charges, découvrant la menuiserie mauricienne «dont les matériaux sont différents de la France» et surtout une caractéristique qui doit accompagner ce métier, à savoir la gestion du stress engendré. À la fin de son stage, Azimah repart compléter ses études. Au bout de sa cinquième année, elle présente sa thèse qui est un projet de transformation d’une école au PlessisRobinson en école Montessori. «Il fallait que notre maquette se calque sur les exigences d’une pédagogie Montessori et que le bien-être des enfants passe par un bon agencement et un côté fonctionnel.» Maquette qui a plu au jury et qui a été exposée par la suite au French Design by VIA, musée du design à Paris. Son autre projet de thèse côté design était la réalisation d’une chaise grandeur nature en carton à double épaisseur et qui a tenu le poids des membres du jury. Ces deux projets lui ont permis de décrocher son diplôme d’architecte d’intérieur avec la mention «Très Bien».

Azimah a aussi participé au Designers’ Day lancé par Alain Lardet, expert en design, qui a fait exploser le design en France et elle a l’occasion de travailler avec ce dernier. «C’était un personnage qui vous recevait chez lui en peignoir et qui écoutait du Mozart à fond. Nous avons mis en place des partenariats avec des éditeurs de meubles de luxe comme Roche Bobois et Silvera pour ne citer qu’eux et aussi avec ceux de papiers peints performants et résistants à l’humidité comme Elitis, qui a désormais un représentant à Maurice.»

Elle est revenue à Maurice en 2010 et l’année suivante, elle a été employée par l’agence d’architecture d’intérieur où elle avait fait son stage et y est restée cinq ans, se familiarisant au métier et surtout aux réalités mauriciennes.

Comme elle nourrissait sa propre conception du design d’intérieur, Azimah a finalement décidé de se mettre à son compte et c’est ainsi qu’est née Ad Nova Ltd, AD représentant architecture d’intérieur ou Azimah Domun et Nova pour novateur comme son concept.

«On propose tout au client…»

Appelée à dire ce qui différencie sa société des quelque 200 agences d’architecture d’intérieur existantes, Azimah explique qu’Ad Nova Ltd offre un service raffiné personnalisé et extrêmement complet au client. «On propose tout au client. Cela va de tous les professionnels de la partie bâti à l’aménagement intérieur de tout le lieu de vie, des meubles aux luminaires et à la touche de papier peint, des serviettes de bain jusqu’à la vaisselle de cuisine, le logo, etc. Bref, on contrôle le chantier de A à Z. Pour être en phase avec le client, je lui soumets au préalable un questionnaire de vie pour connaître ses goûts, sa vision, la manière dont il vit. Et s’il est partant, on lui offre un lieu de vie clé en main.»

La clientèle d’Ad Nova Ltd s’est constituée progressivement au fil des ans et est désormais composée à 70 % d’étrangers qui achètent un bien immobilier qu’ils font meubler et décorer avec l’objectif de venir passer leur retraite à Maurice. Leurs goûts sont-ils plus tendance ou plus classiques ? «Ils sont plus classiques. Mais je m’adapte en fonction des désirs de chaque client et je matérialise leur projet.» En dix ans, elle a fait plus de constructions que de rénovations. «Un grand nombre de projets me viennent par recommandations mais je dois dire qu’il y a une grande part qui vient aussi de l’exposition sur les réseaux sociaux et en particulier sur Instagram.»

Les projets réalisés qui font sa fierté sont l’aménagement intérieur des restaurants japonais et italiens à Cascavelle, ce qui a requis une immersion préalable dans ces deux cultures, de même que l’aménagement d’un bowling de 1 500 mètres carrés où elle a eu carte blanche. Elle travaille aussi beaucoup avec la compagnie d’assistants maîtres d’ouvrage français JFM Management avec qui elle a fait aboutir une dizaine de projets pour des clients étrangers. «Les clients sont extrêmement exigeants mais j’aime cela car cela me pousse à être dans la perfection. Mon maître mot est de ne jamais décevoir un client. Je suis toujours dans la précision, dans le détail.» Azimah sait pouvoir compter sur son équipe, «un petit groupe fiable, qui m’épaule bien et qui travaille dur pour satisfaire nos clients». Un autre de ses gros projets en cours est une villa à Mont-Choisy La Réserve où elle a carte blanche sur 800 mètres carrés. «Dans sa villa,le client veut aussi d’un hammam, d’un spa, d’une salle de gym, d’un boudoir. C’est énorme.»

La partie la plus dure du travail d’un architecte d’intérieur est la gestion du stress. «On vit avec un stress permanent. Bien que la demande soit grande, j’essaie de me cantonner à une vingtaine de projets annuels.» Elle s’estime chanceuse que Jérémy, son mari, qui est coach sportif et directeur d’Ennoia, finisse le travail plus tôt qu’elle et puisse s’occuper de leurs trois enfants de 11, cinq et deux ans jusqu’à ce qu’elle rentre et prenne le relais.

Deux cents agences d’architecture d’intérieur c’est quand même une rude concurrence, non? «Vous ne me croirez peut-être pas mais nous sommes toutes débordées. Ce qui est fantastique, c’est qu’il y a un bel esprit de collaboration et que nous nous donnons souvent du travail les uns les autres.»

Ses parents qui viennent régulièrement à Maurice pour la voir et voir leurs petits-enfants sont très fiers de son parcours. «Ils l’ont été plus encore lorsqu’ils ont appris que j’ai fait une villa à Legend Hill après avoir été contactée par Roche Bobois pour l’aménagement intérieur. C’est la première fois que Roche Bobois fait une collaboration avec un architecte d’intérieur à Maurice. C’est vrai que c’est un bel accomplissement pour les dix ans d’Ad Nova Ltd.» On ne peut que lui souhaiter de continuer sur cette lancée…

Publicité