Publicité

«On veut couper les ailes à Valayden»

3 mars 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Deepa BHOOKHUN

● Quelle est la raison de votre mise à pied ?

On m?accuse d?avoir donné des informations à Radio Plus sur la réunion parlementaire du 12 février. Le PM a informé Rama Valayden de sa décision de résilier mon contrat quand il l?a rencontré à Grand-Bassin, le jour de son départ pour Cannes. Rama lui a dit qu?il faisait fausse route parce que nous ne nous étions pas vu le jour de la réunion parlementaire. Mais Ramgoolam lui a dit que sa décision avait déjà été prise mais qu?ils allaient en reparler à son retour. Mais le lendemain, je reçois une lettre au bureau m?informant que mon contrat a été résilié avec effet immédiat.

● Quelle a été la réaction de Rama Valayden ?

Il m?a dit en privé qu?il me croyait et que je n?avais pas à le convaincre de mon innocence. Il l?a aussi dit à une réunion du MR. Jusqu?ici, cependant, je note qu?il ne l?a pas dit publiquement. Je le laisse prendre ses responsabilités. Mais entre temps, je paie les pots cassés.

● Mais s?il était aussi convaincu que cela de votre innocence, il en aurait parlé au PM sûrement.

Rama devait discuter de l?affaire avec Ramgoolam à son retour mais il y a eu le problème Sithanen. Après Rama m?a dit que d?ici jeudi, il allait me laisser savoir ce qui avait été décidé. Ainsi il m?appelle jeudi pour m?informer qu?une enquête était en cours et que c?est à partir des résultats de cette enquête qu?ils allaient prendre une décision. J?ai pris la décision de ne pas attendre les conclusions de cette enquête que je crois être imaginaire. J?ai décidé de dire la vérité parce qu?ils m?ont fait partir sur une tache et il n?y a que moi pour enlever cette tache.

● On vous accuse aussi de fuites de cabinet papers ?

Ce n?est pas vrai. Je n?ai même pas accès aux cabinet papers. Ils arrivent au bureau dans une enveloppe scellée que Rama ramène chez lui et après, il les garde dans un tiroir fermé à clé.

● Pourquoi dites-vous enquête imaginaire ?

Je crois qu?il n?y a pas d?enquête et qu?on m?a carrément mis à la porte. Je pense qu?il n?y aura aucun revirement de la situation.

● Donc le Prime Minister?s Office (PMO) serait en train de mentir à Valayden ?

Soit au niveau du PMO, ils mentent à Valayden, soit Valayden est en train de me mentir.

● Mais s?il n?y a pas eu d?enquête jusqu?ici et si vous vous dites innocent, sur quoi le PMO se base-t-il pour vous accuser ?

À plusieurs reprises dans le passé, le PM a reproché à Valayden de donner des informations à la presse et à chaque fois que Rama lui a dit qu?il se trompait, Ramgoolam finissait par appeler quelques heures après pour reconnaître qu?il s?était effectivement trompé. Cette fois-ci encore, Rama lui a dit qu?il fait fausse route mais Ramgoolam ne veut maintenant rien entendre.

● D?où est-ce que Ramgoolam tient ses informations ?

J?ai des informations à l?effet que depuis le départ de Kailash Ruhee, Dan Callikan est monté en grade au PMO et que c?est lui qui prend toutes les décisions. Entre Dan et moi, le courant ne passe pas trop bien.

● Pourquoi ?

Parce que je n?aime pas la façon dont il travaille et je ne pense pas que sa façon de faire de la «communication» est en train d?aider le gouvernement. Sa vision de la communication est très différente de la mienne.

● Dans quel sens ?

Dan Callikan préside une réunion des attachés de presse les vendredis à l?heure du Conseil des ministres. Il fait un tour de table et demande à chaque attaché de presse les détails des activités de leurs ministres et c?est tout.

● Vous ne discutez pas de stratégie de communication ?

Jamais. S?il y a un événement au cours de la semaine, Callikan nous demandera notre avis sur la question mais sans plus. Il n?y a pas de stratégie de communication du gouvernement; ils ne font que réagir au cas par cas. Pour ma part, j?avais un travail à faire, c?est-à-dire assurer la communication de mon ministre et c?est ce que je faisais en uti-lisant les contacts que j?ai dans la presse. S?ils pensent que Rama Valayden rayonne trop et fait de l?ombre aux autres ministres, ce n?est pas mon problème. Donc j?avais décidé d?arrêter d?aller à ces réunions stériles parce qu?il fallait que je m?occupe de la communication de mon ministre.

● C?est peut-être une des raisons de l?hostilité du PMO à votre égard ?

Peut-être bien.

● Je reviens à la stratégie de communication du gouvernement. Quelle est-elle ?

Nous n?en avons jamais discuté. Les attachés de presse savent en gros ce que l?on attend d?eux. Nous savons aussi qu?il y a des choses qui sont confidentielles et qui ne doivent pas être connues du public. Mais nous n?avons jamais discuté de stratégie. à un moment, Valayden a proposé une association avec James Burty David pour coordonner la communication après le Conseil des ministres et depuis, c?était Jean Max Baya et moi-même avec nos ministres et Dan Callikan qui assurons la communication. Le problème Dulull a aussi été géré par Rama et moi. J?ai aussi corrigé l?interview de Dulull pour le Défi Plus. Mais c?est toujours après coup qu?on décide quoi faire, comme dans le cas de la présentation du budget après que le gouvernement a réalisé à quel point le public était mécontent. La même approche a été adoptée dans le cas de la mort de Ramlogun. Il n?y a pas de stratégie cohérente.

● Y a-t-il une politique de boycott de la presse au gouvernement ? En avez-vous discuté lors de vos réunions de vendredi ?

Le directeur de la communication nous demande souvent de garder nos distances des journalistes. Cela n?a aucun sens, comment puis-je être attaché de presse sans parler à la presse ? Un attaché de presse ne sert pas qu?à faxer des invitations et à organiser des conférences. Je conçois mon rôle comme étant un intermédiaire entre la presse et le ministre. Je veille à ce qu?il n?y ait aucun doute dans la tête des journa-listes concernant la prise de position de mon ministre; je donne des compléments d?informations pour que l?action de mon ministre et ses prises de position soient claires. Or, on me demande de ne pas répondre aux appels téléphoniques des journalistes !

● Avez-vous exprimé votre position à ce sujet ?

J?ai dit à mon ministre ce que je pense de la communication du gouvernement. Je lui ai aussi dit ce que je pense de Dan Callikan et de ses réunions du vendredi. Je ne sais pas si Valayden l?a fait savoir à qui de droit car l?important pour moi est que mon ministre soit satisfait de mon travail.

● Et maintenant ? Qu?allez-vous faire ?

Ma priorité est de faire éclater la vérité. J?attends une réaction du PM. Nous sommes dans un état de droit. Quand on accuse quelqu?un, il faut lui donner l?occasion de se défendre. On ne m?a pas donné cette occasion, on m?a licencié de façon sommaire. Est-ce cela un gouvernement démocratique ? Et maintenant ils prétendent mener une enquête. Quelle sorte d?enquête mène-t-on quand on ne demande même pas la version de l?accusé ? Le rédacteur en chef de Radio Plus a envoyé une lettre au PM pour dire que je n?étais pas leur source d?information. Prennent-ils aussi les employés de Radio Plus pour des menteurs ?

● Ne pensez-vous pas que vous êtes un bouc émissaire parce que le gouvernement pense que Valayden parle trop à la presse ?

S?il y a une telle méfiance, le PM aurait dû parler à Rama Valayden tout simplement. Pourquoi ces fausses accusations contre moi ? Je suis extrêmement déçu de Ramgoolam, cet homme que j?ai soutenu durant la campagne électorale. Mais aujourd?hui, il ne respecte même pas ma dignité ? Le droit à la défense fait partie de la justice naturelle, le PM ne le sait-il pas ?

● Il y a eu un comité de soutien qui s?est formé en votre faveur. Parmi on note la présence d?un certain Mario Flore. Ne craignez-vous pas que votre limogeage prenne une dimension communale ?

Un groupe de personnes m?a offert de l?aide. Le soutien de Danielle Turner et de Bruno Raya n?est pas de nature communaliste.

● Maintenez-vous que le problème n?est pas communal ?

Oui, il ne l?est pas. Je pense qu?on a voulu couper les ailes à Rama Valayden à travers mon licenciement. Si Ramgoolam continue de s?entourer de telles personnes, il se retrouvera bientôt dans la même situation que durant la période 1995-2000, quand il n?écoutait personne à part ses conseillers «kinn met li dan trou».

Publicité