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Inclusion

Personnes sourdes : un vivier de talents que les entreprises ne peuvent plus ignorer

25 septembre 2026, 22:00

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Personnes sourdes : un vivier de talents que les entreprises ne peuvent plus ignorer

Et si une partie de la solution à la pénurie de main-d’œuvre que connaît Maurice actuellement se trouvait parmi les personnes sourdes et malentendantes ? Longtemps tenues à l’écart du travail, elles constituent un vivier de talents sous-exploités. Les entreprises qui ont fait le pari de l’inclusion sont unanimes : les obstacles imaginés sont bien moins importants qu’on ne le croit.

⚫ L’inclusion comme choix stratégique

Parmi les pionniers figure KFC Maurice, filiale du groupe Eclosia, qui a lancé, il y a une dizaine d’années, un programme de recrutement destiné aux personnes sourdes. Aujourd’hui, une dizaine de collaborateurs sourds et malentendants travaillent dans différentes filiales du groupe. Pour Jean Paul Hennequin, manager de la fondation Eclosia Solidarité, il s’agit d’une vision de long terme, et non d’une opération ponctuelle.

Express.mu (620 x 330) (39) Jean Paul Hennequin, manager de la fondation Eclosia Solidarité.

«L’inclusion des personnes en situation de handicap fait partie intégrante de la philosophie du groupe. Nous avons mis en place un parcours comprenant des entretiens avec les ressources humaines, des visites d’entreprises afin de permettre aux candidats de découvrir les différents métiers, une période de stage ainsi qu’une possibilité de recrutement au terme du processus.» Ce parcours prépare les candidats et sensibilise les équipes qui les accueillent. Il a démontré qu’avec un accompagnement adapté, les personnes sourdes s’épanouissent dans des secteurs très divers.

⚫ Des carrières comme les autres

Un nombre croissant d’entreprises choisissent de regarder avant tout les compétences. Pour elles, l’inclusion ne se limite pas à la responsabilité sociale : elle enrichit la diversité des équipes et renforce la performance collective. «Comme chaque employé qui rejoint le groupe, la personne sourde peut évoluer dans sa carrière selon ses capacités, ses compétences et ses aspirations», souligne Jean Paul Hennequin.

⚫ L’hôtellerie montre l’exemple

Le secteur hôtelier, réputé exigeant, montre, lui aussi, que l’inclusion est possible et bénéfique. À La Pirogue, elle découle de l’identité même de l’établissement. «Les valeurs telles que Love, Dreams and Thoughtfulness nous encouragent à promouvoir un environnement inclusif, bienveillant et respectueux où chacun a sa place dans le monde professionnel et peut s’épanouir pleinement au sein de nos équipes», explique Chitra Brizmohun-Hawoldar, Head of Talent Experience.

Express.mu (620 x 330) (40) Chitra Brizmohun-Hawoldar, «Head of Talent Experience» à «La Pirogue».

Même constat à Long Beach, où l’accent est mis sur les compétences plutôt que sur les limitations. «Nous croyons fermement que le handicap n’est pas un obstacle à l’emploi. Recruter des personnes sourdes ou malentendantes leur permet d’accéder à une plus grande autonomie professionnelle et financière, tout en enrichissant notre culture d’entreprise», affirme Annabelle Shookhye, Head of Talent Experience.

⚫ Des adaptations simples et accessibles

La communication reste la première inquiétude des employeurs. Pourtant, les entreprises qui ont franchi le pas témoignent que les ajustements sont simples et peu coûteux. À Long Beach, les consignes passent par l’écrit, des démonstrations pratiques ou des supports visuels. Avec le temps, les collègues développent leurs propres codes. «Les échanges sont devenus beaucoup plus fluides et plus naturels que nous l’avions imaginé au départ», souligne Annabelle Shookhye.

Express.mu (620 x 330) (41) Annabelle Shookhye, «Head of Talent Experience» à «Long Beach».

Chez Eclosia, la sensibilisation des équipes est le facteur clé de réussite. «Il est important de former les managers et les collègues qui travaillent avec les employés sourds ou malentendants. Nous collaborons notamment avec Enable Moris pour accompagner cette démarche», explique Jean Paul Hennequin.

Les adaptations matérielles sont limitées : des dispositifs visuels pour les alertes d’urgence suffisent généralement. Au-delà de la pratique, l’expérience transforme la culture interne. «L’adaptation aux différents modes de communication nous a amenés à développer davantage l’écoute, le respect et l’empathie. Cela nous a rendus plus attentifs aux besoins des autres et a renforcé notre culture inclusive», ajoute Chitra Brizmohun-Hawoldar.

⚫ Enable Moris : Créer des passerelles vers l’emploi

Créée cette année, Enable Moris accompagne les personnes en situation de handicap vers l’emploi et aide les entreprises à développer des pratiques inclusives. Pour son Chief Enablement Officer, Julian Tarbox, le chantier doit être mené des deux côtés. «Nous nous voyons un peu comme un pont entre les deux. D’un côté, il y a les personnes en situation de handicap qui doivent renforcer leurs compétences et leurs attitudes ; de l’autre, il y a les entreprises qui doivent développer leurs compétences en matière d’inclusion.»

L’organisation propose des formations à l’employabilité, des ateliers de sensibilisation, des cours de langue des signes, des audits d’accessibilité et un accompagnement des employeurs. Sa particularité : le rôle central confié aux formateurs sourds. «Nous pensons qu’il est extrêmement important que des personnes sourdes forment d’autres personnes sourdes», explique Julian Tarbox.

Express.mu (620 x 330) (42) Julian Tarbox, «Chief Enablement Officer» de Enable Moris.

Les premiers résultats sont encourageants. «Nous venons de terminer nos premières sessions de formation et nous avons déjà commencé à placer ces personnes en emploi. Nous sommes très fiers d’avoir, ces deux dernières semaines, placé neuf personnes sourdes dans sept entreprises.»

⚫ Changer de regard

Pour lui, le véritable obstacle à l’emploi n’est pas la surdité, mais le regard de certaines entreprises. «100 % des entreprises avec lesquelles nous avons travaillé nous ont finalement dit qu’elles ne s’étaient pas rendu compte que c’était aussi facile.» Il rappelle que la communication ne passe pas uniquement par la langue des signes : l’écriture, les gestes, les démonstrations, la lecture labiale et les outils numériques suffisent dans la plupart des situations. Mais son message va plus loin. «Ne sous-estimez pas les personnes sourdes. Vous passez à côté de véritables compétences.»

Certaines entreprises font même état de résultats qu’elles n’avaient pas anticipés. Les personnes sourdes développent souvent une capacité de concentration remarquable, un atout dans de nombreux métiers, au point que plusieurs employeurs lui ont confié : «C’est gênant à dire, mais notre employé sourd peut être plus productif que nos employés entendants.»

Et il insiste : l’inclusion ne relève ni de la charité ni d’un quota. «Lorsque vous recrutez des personnes en situation de handicap, ce n’est pas un acte de charité. Vous cherchez à recruter des personnes qui vont rendre votre entreprise plus rentable, plus performante.»

Les capacités d’une personne ne se mesurent pas à son audition, mais à ses compétences et à son engagement. Pour les entreprises mauriciennes, recruter des personnes sourdes n’est pas un geste social : c’est une opportunité.

■ Pour toute information sur les services d’Enable Moris, appelez le 5761 5555.

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