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«Mithila», art de la géométrie
Descendre des murs des maisons. Pour aller dans les rues, les galeries. Passer du Bihar à Maurice. Un peu comme les ancêtres l?ont fait jadis. Nouvelle passerelle entre l?Inde et l?île avec les trois s?urs Jha : Manisha, Bandana et Puja.
A la découverte du «mithila», art traditionnel du Bihar, leur Etat d?origine. Plus qu?art, c?est un mode de vie que nous proposent ces s?urs venues de la grande Péninsule. Car ces peintures d?intérieurs font partie des rituels du mariage.
Manisha Jha nous explique : «ces peintures sont exécutées sur le mur est de la chambre où se tiennent les rituels du mariage. C?était fait sur le mur et le sol». Cet aspect domestique, donc privé, fera que cet art restera longtemps méconnu, longtemps loin des galeries et expositions.
Au fil de l?exposition, ouverte jusqu?à demain à la galerie SSR à Quatre-Bornes (à côté de la mairie), défilent des sujets dévotionnels mettant en scène le couple mythologique Ram et Sita. C?est d?ailleurs d?elle que vient le nom «mithila». C?est l?un de ses surnoms, qui signifie littéralement «douceur».
Les s?urs Jha ? les deux actuellement à Maurice ? Manisha et Bandana se plaisent à rappeler que Sita est née à Sitamarhi dans le nord du Bihar. Et qu?en 1969, à la suite d?une sévère sécheresse, les femmes de l?Etat ont été invitées à retranscrire leur «mithila» sur papier, pour une exposition itinérante, qui a mieux fait connaître cet art traditionnel. Traditionnellement féminin, transmis de génération en génération, sans passer par les écoles d?art.
Il ne faudrait pas pour autant croire que le «mithila» est resté figé dans des codes d?un autre temps. si les formes «classiques» s?attachent à la mythologie, les expressions plus contemporaines s?intéressent à «l?écologie», ou plus prosaïquement à «Hillcrest Road, là où je vis», explique bandana, installée à Maurice depuis 2005, au départ comme conseiller au ministère des Finances, et maintenant comme Design & Build manager chez Ireko construction, du groupe BAI. Alors que Manisha, qui est architecte à Delhi, a fait le déplacement spécialement pour l?exposition. Puja, la plus jeune des s?urs est aux Beaux-Arts dans la Grande Péninsule.
Et si elles sont trois s?urs à exposer leurs ?uvres, les Jha ont tout de même trouver la place pour montrer des pièces plus anciennes d?artistes plus âgés. Manisha, qui est une collectionneuse de tableaux «mithila» en profite pour montrer ses trésors à Quatre-Bornes, qui fait la bagatelle de 125 tableaux à regarder.
Pour s?imprégner des trois styles de «mithila» : celui très coloré, très vif, pratiqué d?habitude par les brahmanes, celui à deux tons traditionnellement préférée par la communauté kayastha, considéré comme le style narratif. Car il raconte des fables ? telles que celles du singe et du crocodile, du corbeau et du pigeon. Et enfin, le style tatouage, qui se sert d?une plume de bambou trempée dans l?encre.
Derrière les s?urs Jha, des poissons en blanc et noir, sur fond rouge vif. Ce sont les quatre points cardinaux, quatre facette de Maurice. Tout en lignes et en pointillés, ces poissons nous invitent à plonger dans le «mithila», cet art à deux dimensions, où la profondeur et le mouvement sont crées par cette infinité de lignes, de points, de détails patients. Un tableau qui a la particularité d?avoir été exécuté sur place, à la galerie SSR, après sept à huit heures de travail. Une vitesse d?exécution acquise par Manisha Jha après 30 ans de pratique.
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