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«Longaniste» : cet escroc qui s?ignore ?
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«Longaniste» : cet escroc qui s?ignore ?
Un homme est attiré dans un guet-apens au cimetière de Bois-Marchand, la semaine dernière. Jaylall Seemanto se fait agresser et tuer. On apprendra plus tard que la victime était un «traiteur» ou «longaniste». Autrement dit, c?est un homme qui dit détenir des pouvoirs pour réaliser un «travail», qui permettrait à celui qui y a recours d?obtenir ce qu?il veut. L?affaire a remis dans l?actualité un fait que l?on croyait disparu depuis longtemps. Petit tour chez ces «traiteurs» qui ont acquis réputation et clientèle.
Sanjay R. de Brisée-Verdière, a bâti sa réputation au fil du temps. Comme plusieurs «longanistes» très courus à Maurice, dont un qui exerce à Eau-Coulée. Rubina, une de ses clientes, explique que Sanjay R. est aujourd?hui un «traiteur» très demandé. Il faut prendre rendez-vous et attendre son tour. Ce qui peut durer plusieurs jours, voire même plus d?une semaine. «Je crois qu?il est maintenant très riche. Il doit se faire au moins Rs 10 000 par jour.» Car si les consultations ne coûtent que Rs 100 à Rs 200, faire un «travail» ou enlever un «travail», peut coûter entre Rs 1 000 à Rs 5 000.
Jaylall Seemanto qui est mort à cause de son métier, avait encaissé Rs 10 000 pour faire revenir sous le toit conjugal l?épouse de l?homme accusé aujourd?hui d?avoir commandité ce crime. Ce dernier était en fait insatisfait du «travail» accompli par Seemanto.
Selon certains des clients de Sanjay R., ce dernier aurait tout appris à Madagascar. Et les Mauriciens qui fréquentent ce milieu estiment que les Malgaches sont très forts dans le domaine appelé «di bois rapé».
Ainsi, certains Malgaches viennent exercer leur art à Maurice et ont une clientèle garantie à chaque visite. Mais tous les «longanistes» mauriciens n?ont pas appris leur art à Madagascar. Beaucoup ont découvert à travers des livres ou des proches ce qu?ils appellent la magie noire.
Ton Bibi de Chamarel a exercé son art depuis des années au sud-ouest de l?île. Il est aujourd?hui âgé de 84 ans et a connu des temps meilleurs, dit-on. Il avait même une clientèle sélecte. Des gens riches cherchent à travers ses formules à s?enrichir davantage. Vaquant pieds nus à ses occupations, Ton Bibi se dit disposé à aider quiconque veut étudier la magie noire et entrer «dan la forêt». Et il donne une longue liste de livres. Mais dit qu?il ne les a plus car son neveu Willy les a tous subtilisés.
Perdre la raison
Que peuvent bien enseigner ces livres qui sont passés de génération en génération à Maurice, souvent copiés à la main et circulés sous le manteau ? Contacté à Rivière-Noire, Willy commencera par nous conseiller de ne pas les lire. Puis dira qu?ils ne sont plus disponibles. « Mo finn met zot dan enn mirail lacaze a Chamarel et mo finn coul beton lor zot. » Pourquoi ? Simplement, dit-il, parce que son oncle lisait trop ces livres et que sa raison commençait à «chavirer». De fait, il est connu dans le village que Ton Bibi avait un disciple, Ramesh R. Qui a finalement perdu la raison et est tombé dans l?alcool avant de mourir clochard. Pourtant, Ramesh était très connu et avait la réputation d?être un as. « Dans tout cela, il y a le bon et le mauvais. Ne choisissez pas le mauvais. Ramesh aimait trop les femmes. Alors, faites attention quand vous entrez dans la forêt ». Il ajoute : «Lafore la cas fangar.» Langage ésotérique ? Non, Ton Bibi explique qu?il dit «fangar» à la place de f? Car Ramesh utilisait ses pouvoirs contre les femmes et beaucoup d?hommes venaient vers lui pour obtenir la femme de leurs rêves. «Si li rentre dans enn la case, li pour sican tou fam ki ena ladan.» Entendez par «chicaner», coucher avec une femme.
La clientèle est disparate, de toutes les ethnies, de tous les groupes sociaux, des directeurs d?entreprise aux laboureurs en passant par les hommes politiques. Mais il y a aussi ceux qui cherchent à faire du mal aux autres, faire partir du toit conjugal, faire revenir, rendre malade, forcer à se débarrasser de ses biens, aider à faire fortune, faire naître l?amour ou la haine entre deux personnes?. C?est là une liste limitée des pouvoirs dont les «longanistes» se disent dotés.
«tuer avec la magie noire»
Ils peuvent «faire un travail» ou « casser un travail» fait par un autre traiteur. Mais certains ? ils sont très peu, semble-t-il, ? «peuvent aussi tuer avec la magie noire», dit Ton Bibi qui nous regarde du coin de l??il. Et ils sont encore trop nombreux, aujourd?hui, les Mauriciens qui brandissent des preuves du pouvoir des «longanistes».
«Détrompez-vous, ils sont encore très nombreux et croyez-moi les Mauriciens ont recours à ces gens beaucoup plus souvent et en grand nombre», nous explique Vijay Ramjoloo, psychologue. Ce dernier ajoute que «les longanistes réussissent dans bien des cas. C?est ce que dans le domaine médical l?on appelle l?effet placebo. Du moment que le client a une profonde conviction dans les capacités du longaniste, il fait plusieurs pas dans la réalisation de ce qu?il cherche».
Il explique que chaque personne réagit différemment devant un «longaniste» mais prévient que plusieurs de ceux-là ont un charisme, un pouvoir presque hypnotisant, une aura d?homme qui voit, qui sait et qui peut. «Ce sont là des caractéristiques qui font le bon longaniste. Il arrive alors à enlever tout esprit critique du client et à déclencher la réalisation de certaines choses par autosuggestion. Mais la plupart des longanistes et des traiteurs sont des escrocs», affirme-t-il.
La plupart, mais pas tous. Il y a eu des gens qui ont eu ou qui ont développé des pouvoirs. «Le chamanisme n?est pas de l?escroquerie. Mais il n?y a pas de chaman à Maurice», conclut Vijay Ramanjooloo
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