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«Les Indestructibles»
Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’il advient des super héros une fois passé la belle trentaine, encore plus, s’ils ont été forcés de prendre une retraite anticipée ? Deviennent-ils chauves, bedonnants ou avachis ? Passent-ils leur temps à revivre leur passé ? Deviennent-ils aigris en devenant des citoyens ordinaires et anonymes ? Ces questions qui normalement ne sont pas évoquées dans les publications genre Marvel Comics, DC, Dark Horse, etc., font l’objet d’une attention toute particulière dans Les Indestructibles, un (très) grand petit film d’animation signé Brad Bird.
Il fut un temps où les chevaliers en armure, les super héros en collants étaient éternels et ne doutaient de rien, dans leur innocence. C’était durant les années 50-60, et c’est cette époque que Brad Bird a choisi de reconstituer pour son histoire. Le graphisme, même s’il est tridimensionnel, évoque celui des dessins animés produits par Hanna Barbera (Les Pierrafeu, Yogi, MacGilla, le Gorille, etc.) que la télévision passait autrefois.
C’est donc dans un décor des années 60 que nous rencontrons Monsieur Indestructible dans sa journée normale, patrouillant la ville dans une voiture aussi équipée que celle de Batman (celui de la série télévisée). Lui et ses collègues super héros arrêtent les malfrats et sauvent les gens des catastrophes. Ce jour-là pourtant, M. Indestructible rate deux opérations de sauvetage à cause de l’interposition malencontreuse d’un jeune admirateur, Indestructiboy. Ce jour-là également, M. Indestructible sauve un suicidaire qui ne voulait pas être sauvé et qui décide de le poursuivre en justice. Ce jour-là enfin, après sa journée de travail, M. Indestructible épouse Elastigirl.
Le style est résolument rétro pour ce qui est décors et accessoires, le “dessin” a beau être épuré pour ce qui est des personnages, cela n’empêche pas l’animation d’être soignée jusque dans ses moindres détails. M. Indestructible est aussi massif que puissant de corps, et ses mouvements à l’écran sont en conséquence. Les mouvements d’Elastigirl aussi, ont été rendus avec précision, tout en tenant compte de sa particularité : il n’y a qu’à la voir s’éloigner, après sa première intervention, son corps se distendant et se contractant. Sans parler de la texture granuleuse des images de la télévision de ce temps-là, fidèlement reproduite. Voilà un début qui respire la belle ouvrage et inspire la confiance pour le reste du film.
<B>Des pouvoirs hallucinants</B>
La maison Pixar, productrice des Indestructibles (pour le compte de Walt Disney Pictures), n’ayant jamais déçu son public jusque-là (Toy Story, Monstres et Cie, Le Monde de Nemo, Shrek 1&2), on s’attend à ce que ce film aille au-delà de la simple prouesse technique. En effet, le film de Brad Bird est aussi, dans un premier temps, une mordante satire de nos mentalités et de notre monde contemporains. “Ils n’arrêtent pas de repousser les limites de la médiocrité !..”, s’exclame M. Indestructible, devenu Bob Parr, expert pour une compagnie d’assurances, suite à un programme de “relocalisation” du gouvernement quelques années plus tard.
Le suicidaire a gagné son procès, plus l’affaire des deux sauvetages pas très réussis, cela a entraîné un retournement de l’opinion publique contre tous les supers héros. Du coup, les pouvoirs publics ont décidé de leur d’interdire d’exercer. Bob Parr travaille donc à des heures régulières dans un bureau trop petit pour lui et son instinct de justicier le poussant toujours à aider les gens. Il a un patron qui ne l’apprécie guère. Ce dernier s’évertue sans succès à lui expliquer qu’une compagnie d’assurances est faite non pas pour aider les gens mais pour gagner de l’argent sur leur dos.
Elastigirl est devenue Mme Helen Parr, femme au foyer et elle s’est adaptée à son nouveau statut. Ils ont des enfants : Violette, une adolescente capable de se rendre invisible et de projeter un écran de force à volonté, mais qui est mal dans sa peau; Jack, le cadet qui est encore à l’école primaire et qui doit cacher le fait qu’il est d’une rapidité prodigieuse et aussi un nourrisson dont on ignore encore les pouvoirs. Parfois, ils reçoivent la visite d’un vieil ami, Lucius, autrefois Frozone, dont les traits ont été empruntés à Samuel L. Jackson, et qui a le pouvoir de tout congeler.
<B>Suspense à couper le souffle</B>
Lui et Bob parlent du bon vieux temps et, sous couvert d’une partie de bowling, s’en vont sauver des vies ou arrêter un malfaiteur. Le ton est à la dérision et l’humour est très fin, mais ce sont nos aspirations en tant que citoyens anonymes, ou plutôt ce que nous en faisons, qui sont passées à la loupe. Brad Bird, qui est aussi l’auteur du scénario des Indestructibles, ne blâme ni n’accuse personne ; il nous met juste face à nous-mêmes. Peut-être nous pose t-il certaines questions (genre : pourquoi laissons-nous aux médiocres le pouvoir de diriger nos existences ?), on n’en sait trop rien. Il faut dire que le fait même de relever de tels propos dans ce film en apparence si anodin, est assez déconcertant.
Mais, on a à peine le temps d’y penser. Voilà que M. Indestructible reprend clandestinement du service pour sauver le monde (du moins, le croit-il) et on se retrouve cette fois devant une comédie d’action. Années 60, toujours : on se croirait par moments en train de revivre une aventure de James Bond (007 contre Docteur No, par exemple, ou encore Opération Tonnerre). Pour les décors aussi fabuleux que réalistes, la mise en images, pour l’ambiance et pour les dialogues et aussi pour certains personnages.
Pour illustrer ce dernier point, il y la créatrice de mode mégalomane qui fabrique des costumes pour super héros, digne pendant de “Q”; son monologue sur la désuétude et les dangers de la cape (fines allusions au triste sort d’Isadora Duncan étranglée par son écharpe) est digne des annales. Il y a aussi de l’action bien menée et des moments de bravoure magistralement réalisés qui doivent leur succès soit du fait que le réalisateur a su tirer le plus grand parti du médium utilisé (Elastigirl prise dans les portes coulissantes), soit tout simplement parce qu’il possède un véritable flair pour les scènes d’action (les deux enfants poursuivis dans la jungle). Il y a un véritable suspense et on se surprendra dans de tels moments, à retenir son souffle. Cela n’a rien d’étonnant, lorsqu’on y réfléchit : les scènes sont si réelles et cette famille nous a été rendue si sympathique, tout au long du film.
Ces Indestructibles étaient une famille ordinaire avec des particularités qu’ils étaient obligés de renier, source de leur mal-être et, c’est en acceptant leurs particularités qu’ils redeviennent une famille solide et heureuse. La véritable prouesse de Brad Bird en tant qu’auteur est d’avoir pu aller au-delà du genre (parodie des super héros) de la technique et des astuces scénaristiques pour parvenir à divertir petits et grands de manière intelligente et à les émouvoir. Vu le prix d’une séance de cinéma par tête de spectateur et tenant aussi compte du fait que pour cette séance, le spectateur a aussi droit à un charmant court métrage, Les Indestructibles est donc “le” film à aller voir de toute urgence cette semaine et, espérons-le, la semaine prochaine.
<B>Gilles Noyau</B>
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