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La rentomanie : quand l’État façonne le capital contre la production
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La rentomanie : quand l’État façonne le capital contre la production
• L’autopsie du déclin : l’État et le capital – connivence et symbiose
«L’inégalité américaine n’est pas tombée du ciel, la rente n’est pas un supplément à la croissance ; elle en est le prélèvement»
• «Le prix de l’inégalité» (2012), de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001
• Gouverner : Bâton et carotte véreuse
Toute politique économique est, en dernière analyse, un choix de qui paie et de qui en profite. Dans la partie I, on a vu ce que subissent les ménages – l’indice de misère : chômage + inflation. Dans cette partie II, voyons les bénéficiaires. Ce choix a été dissimulé et externalisé vers les plus vulnérables, via trois politiques qui se renforcent : la dépréciation de la roupie et la taxe inflationniste, déjà analysées, et la dépense sociale sans assise fiscale – la carotte véreuse. Près du tiers des dépenses publiques va à la protection sociale, un niveau relatif comparable à celui de la France. Générosité de nos gouvernants ? Non, du pur clientélisme financé par la dette. Dépenser comme un État-providence avec un budget de pays émergent surendetté et une note de crédit précaire, c’est hypothéquer l’avenir des générations futures. Les ménages paient, le secteur privé encaisse.
• Version privée : Connivence / symbiose avec l’État
Le secteur privé n’est ni témoin innocent ni simple spectateur dans ce modèle : il en est le principal bénéficiaire et, à ce titre, coarchitecte dans l’ombre du pouvoir. L’analyse compare la contribution au PIB du secteur manufacturier et celle du secteur rentier – tourisme, services financiers, immobilier – entre 2000 et 2024. Une divergence structurelle, quasi ininterrompue, favorise le rentier au détriment du manufacturier. En 2000, les deux secteurs étaient à peu près égaux : 18 % et 17,5 %. En 2024, le rentier atteint 27 %, plus du double du manufacturier, tombé à 13 %.
Source Jaya Advisory
La première rente est géographique et touristique. Ce modèle valorise une ressource naturelle non reproductible – le lagon, le cadre, le climat – sans exiger d’investissement dans la productivité du travail. Il prospère précisément grâce à la roupie faible, qui améliore mécaniquement la compétitivité-prix sans effort de montée en gamme. L’hôtellerie mauricienne est, structurellement, une capture de rente naturelle subventionnée par la politique monétaire et du change.
La deuxième est la rente de distribution. Une économie insulaire qui importe l’essentiel de ses biens de consommation crée une structure oligopolistique naturelle. Les grands conglomérats ont intégré verticalement importation, logistique et distribution, captant la rente sans pression concurrentielle extérieure. La valeur ajoutée se loge dans le négoce, non dans la transformation.
La troisième – et la plus symptomatique – est la rente financière offshore. Les services financiers représentaient 13,4 % du PIB en 2024, dont 7,7 % pour la seule intermédiation bancaire. Ce secteur a prospéré non pas en finançant l’investissement productif domestique, mais en intermédiant des flux d’Afrique subsaharienne et d’Asie – juridictions à forte fiscalité et gouvernance faible – vers Maurice, à fiscalité avantageuse.
• Un prêté pour un rendu – la facture ?
La complicité est le produit d’une convergence d’intérêts dans un système politico-économique où les réformes structurelles pénalisent à court terme les deux coalitions dominantes. L’État avait besoin d’une paix sociale achetée par le clientélisme et d’une roupie faible préservant les marges des exportateurs. Le secteur privé avait besoin d’une réglementation accommodante, de foncier accessible et d’une politique monétaire rendant le crédit financièrement abordable. Chacun a obtenu ce qu’il voulait. La facture – inflation structurelle, déficits chroniques, productivité stagnante – a été payée par les classes moyennes et les générations futures. Les économies comparables qui ont choisi la facilité de la capture de la rente ont connu la même trajectoire de stagnation relative. Celles qui ont misé sur la productivité – le Maroc, le Rwanda – ont décollé.
Mais la question la plus dérangeante n’est pas celle du passé. C’est celle du contrefactuel : si le capital mauricien avait été alloué à l’investissement productif plutôt qu’à la capture de rente, quel PIB aurait-on aujourd’hui ? Ce sera l’objet de la partie III.
• Chanson
Écouter sur YouTube Les bourgeois, de Jacques Brel.
«Le cœur au repos et les yeux bien sur terre au bar de l’hôtel…»
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