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«Le diabète peut affecter les yeux»

27 mai 2006, 00:00

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● Vous pratiquez actuellement des opérations à l?hôpital de Moka. Vous initiez les chirurgiens mauriciens aux dernières techniques dans ce domaine. Vous dites avoir constaté une virulence surprenante des complications du diabète chez nous, notamment au niveau des yeux. Quel est le lien entre le diabète et les yeux ?

Vous évoquez là ce qu?on appelle la rétinopathie diabétique. Le diabète, c?est un taux de sucre trop élevé dans le sang, et ce taux élevé érode les organes, dont les yeux et la rétine des yeux. On a alors des hémorragies, des nécroses, c?est-à-dire des morts cellulaires de la rétine, qui débouchent sur une cécité partielle ou totale.

● Est-ce que ce processus est irréversible ?

Oui et non. Certains sont irréversibles, par exemple, quand il y a hémorragies et nécroses devant la macula. Notre travail consiste à réparer et à prévenir les complications, à donner une meilleure vision. Avec la vitrectomie, on nettoie le sang dans la cavité devant la rétine et on répare le décollement de la rétine. Mais il est évident qu?il faut s?y prendre à temps. Il ne faut pas qu?il y ait un grand délai entre le début de la rétinopathie diabétique et l?intervention.

● Auriez-vous des conseils pour les diabétiques pour que leurs yeux ne soient pas affectés ?

Certainement, et je crois que ce doit être là le principal message à passer aux diabétiques. Si vous l?êtes, il vous faut impérativement voir un ophtalmologue au moins une fois par an pour un examen de la rétine. C?est fondamental. Il existe différents stades de la rétinopathie diabétique. Il y a un stade avant que les vaisseaux ne flambent, ne prolifèrent dans la rétine malade. Un traitement au laser à ce stade est des plus bénéfiques et efficaces. Autrement, la rétine malade va appeler d?autres néo-vaisseaux qui vont proliférer.

● Avez-vous constaté une certaine particularité chez les diabétiques de Maurice ?

Oui, effectivement. Les complications dues au diabète surgissent beaucoup plus tôt et sont beaucoup plus graves à Maurice. C?est ce que j?ai constaté et on n?arrive pas à l?expliquer pour le moment. C?est peut-être dû à une modification des habitudes alimentaires par rapport à l?ancienne génération. Mais ce n?est là qu?une hypothèse. Vous avez d?ailleurs le taux de diabète du type 2 le plus élevé au monde, avec toutes les complications qui accompagnent cette maladie. Est-ce que ces complications sont le résultat d?une sélection génétique ? Je ne le crois pas. Je crois plutôt qu?il y a un problème en ce qui concerne le suivi des diabétiques.

● En d?autres mots ?

Le suivi n?est pas bien fait. Le diabète impose une discipline de vie et de traitement à vie. Cela veut dire, entre autres, prendre de l?insuline à vie. Il faut s?astreindre à se traiter à vie en avalant trois à cinq comprimés par jour. Par ailleurs, le diabétique ne sent pas grand-chose, il a un peu plus soif, boit un peu plus, se sent un peu fatigué et c?est tout. Et dans quelques années surgissent les complications. A Maurice, c?est au bout de cinq ans que les complications graves surgissent alors qu?ailleurs, c?est au bout de dix ans normalement. J?ai vu des diabétiques mauriciens avec des jambes et des reins bien attaqués au bout de cinq ans.

● Cela explique-t-il le fort taux de dialysés ?

Je crois que oui. Vous savez, le diabète ronge plusieurs organes, en sus des yeux. Les reins en font partie Et du moment que le rein est attaqué, le diabétique développe une hypertension et l?hypertension va aggraver la rétinopathie avec plus de saignements et d?hémorragies. C?est un cercle vicieux. Plusieurs Mauriciens doivent se rendre en Inde pour la vitrectomie.

● Quand pensez-vous que Maurice sera en mesure de réaliser sur place ces opérations ?

Avec l?aide de l?hôpital cantonal de Genève et de la détermination d?un certain Bernard Gruzon, je crois que d?ici trois ans vos malades n?auront plus à se rendre en Inde pour des vitrectomies.

Propos recueillis par Raj JUGERNAUTH

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