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«Je démissionnerai si le projet des PME ne marche pas»
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«Je démissionnerai si le projet des PME ne marche pas»
Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN
● Quelle est la philosophie derrière cette insistance du gouvernement pour que les gens deviennent entrepreneurs ?
Un des moyens d?absorber le chômage et en même temps de résoudre le problème économique auquel nous faisons face est d?encourager les Mauriciens à devenir des entrepreneurs au lieu de chercher un travail qu?ils ne trouveront probablement pas. Il y a un potentiel énorme.
● De quel potentiel parlez-vous ? Du potentiel des Mauriciens ou du marché ?
Je pense que le manque de financement et de facilités a été la raison pour laquelle nous n?avons pas pu développer les PME dans le passé.
● Ce n?est pas tout à fait vrai. Il y a eu des facilités dans le passé.
Oui mais le problème est que ces personnes devaient trouver des garanties pour que les banques accèdent à leurs demandes de prêts. Et ils n?avaient pas de telles garanties et de ce fait de nombreux projets sont restés en suspens. Cet état de choses a été prouvé à la création de l?Empowerment Fund puisque nous avons reçu près d?une centaine de demandes par jour durant les premiers jours.
Lundi dernier, nous avons ouvert notre guichet à la DBM et nous nous occupons de tous les problèmes de garanties et nous facilitons le processus d?obtention de permis et c?est un élément extrêmement important. Avec le Business Facilitation Act qui entre en vigueur demain, il ne devrait plus y avoir aucun problème. Finie la chasse aux permis inutiles.
● Mais une fois que l?on enlève toutes ces étapes, ne craignez-vous pas que l?industrie devienne ingérable ?
Mais cela ne veut en aucune façon dire que les gens pourront faire comme bon leur semble ! Ce ne sera pas une jungle. Nous allons leur donner les guidelines. La facilitation de l?obtention de permis va aussi aider les grosses boîtes.
● Justement, est-ce que cela ne risque pas de poser problème dans le sens où les grandes et les petites entreprises jouissent des mêmes facilités ?
Je ne vois pas pourquoi. S?il y a des étrangers qui veulent investir et créer du travail, ce sera bon pour nous. Ce n?est pas vrai de dire que les étrangers viendront prendre la place des Mauriciens. Savez-vous que Maurice a importé pour Rs 141 millions de biscuits ? ce qui représente 3 310 tonnes de biscuits ? en 2005 ? Nous importons 141 tonnes de jus d?ananas qui coûte Rs 3,4 millions par an, 90 tonnes de vêtements pour bébés qui coûtent Rs 14,4 millions et j?ai bien d?autres exemples. Ne pouvons-nous pas produire ces choses-là à Maurice ? Bien sûr que si. Et il y a de la place à prendre. Pour les grandes entreprises et les petites.
● Les petites entreprises pourront-elles concurrencer les grandes ?
Les grandes pourraient produire à grande échelle pour exporter. Ce qui aidera certainement l?économie mauricienne. Je ne vois pas où est le problème. Il y a des possibilités de s?associer avec les grosses boîtes, d?avoir des contrats. Des usines comme CIEL sous contractent déjà. Il nous faut bouger dans cette direction. Il faut aussi songer à former des clusters avec des gens qui produisent la même chose
● Et les petites entreprises dans tout cela ? Vous leur dites qu?ils pourront aussi exporter. N?est-ce pas leur vendre un rêve ?
Ceux qui sont en train d?exporter maintenant avaient aussi pensé que c?était du rêve au tout début. Mais pourtant. Souvenez-vous du rapport de Titmus et Mead dans les années 60. Ils disaient que Maurice ne pourrait rien produire d?autre que la canne à sucre car nous n?avions pas l?esprit et la culture de l?entrepreneuriat. Et c?était vrai sur papier, all the odds were against us. Quelques années après pourtant, Maurice était la deuxième plus grosse exportatrice des pulls en laine au monde. Le gouvernement est en train de mettre toutes les facilités à la portée des Mauriciens, il faut maintenant avoir la volonté de réussir.
● Mais justement, prendre les gens en charge comme le fait la SEHDA, n?est-ce pas aller à l?encontre de tout ce que représente l?entrepreneuriat ? La débrouillardise, l?innovation, la créativité...
Non parce que les gens qui viennent nous voir ont déjà leurs projets en tête. Ils sont des innovateurs et ils savent ce qu?ils doivent faire. Tout ce que nous faisons, c?est de les accompagner au départ, de les assister dans leurs démarches administratives. Nous avons aussi mis en place un système de mentor pour donner un soutien additionnel en cours de route, et une formation qui sera dispensée par des étrangers. Il faut former ces gens pour qu?ils arrivent à améliorer la qualité du service qu?ils vont offrir.
● Donc il n?y a pas de problème au niveau d?idées et de créativité ?
Pas du tout. J?ajoute qu?il est aussi important en sus d?avoir des idées, de produire ce que nous consommons. Pourquoi ne pas commencer par là ? Vous vous rendez compte ? J?achète des pringles pour mon fils qui me coûtent Rs 75. Ne pouvons-nous pas les produire ici ? Les gens aiment les fruits en conserve. Ne pouvons-nous pas mettre des letchis ou des longanes en conserve ?
● Mais notre mentalité ne risque-t-elle pas d?être le plus grand obstacle à surmonter. Les produits locaux trouveront-ils preneurs avec les préjugés qui les accompagnent ?
Je pense que cette perception existe de moins en moins. Le fait qu?elle existe est qu?il y avait effectivement un problème de qualité à un certain moment. Ce problème n?existe plus. Je suis moi-même impressionné par la qualité de nos produits.
● Ces produits locaux seront-ils à meilleur marché que les produits importés ?
(Hésitations?) Je ne pense pas qu?il y aura une très grosse différence dans les prix. Enfin dans certains cas oui et dans d?autres non.
● Vous dites que les produits fabriqués localement ne seront pas nécessairement compétitifs ?
Je dis que ce ne sera pas le cas pour tous les produits.
● Et quand une entreprise n?est pas profitable, conseillerez-vous aux entrepreneurs de mettre la clé sous le paillasson ?
C?est à eux de voir.
● Mais y a-t-il des études qui sont faites quant au potentiel d?un secteur par rapport à un autre avant que l?entrepreneur ne commence son business pour ne pas arriver à la fermeture justement.
Nous donnons des conseils aux gens mais ils font ce qu?ils veulent. Il faut savoir cependant que le financement de 75 % du projet que nous offrons n?est pas automatique. Ce n?est que si nous sommes satisfaits que le projet est viable que nous accordons cette facilité.
● Mais comment gagner la bataille de la compétitivité et être viable si les PME ne bénéficient plus du tout de filets de protection alors que les mêmes produits arrivent à Maurice sans aucune taxe ?
Je pense qu?il aurait fallu prendre des mesures dans ce sens malgré nos obligations envers l?OMC. Il aurait fallu donner quelques protections aux PME dans la mesure du possible. Après tout, l?Afrique du Sud imposera un quota sur ses importations de la Chine à partir de janvier 2007, les états-Unis, l?Union européenne protègent aussi leurs marchés intérieurs. Je pense personnellement qu?il est important qu?il existe un équilibre entre les règles de l?OMC et la protection du marché intérieur.
● Quelle est l?estimation du pourcentage d?échecs que vous prévoyez concernant ces nouvelles entreprises ?
C?est difficile d?avancer des chiffres mais je pense pouvoir dire avec conviction que 70 à 80 % des entreprises seront des succès. Il importe peu que quelques entreprises échouent, ce qui est important c?est ce dynamisme qui va créer des emplois. Il ne faut pas être aussi pessimiste.
● êtes-vous satisfait d?avoir pu faire passer votre message aux Mauriciens ?
Oui. Je mentirai si je dis que nous avons réussi à 100 % mais la caravane a certainement été une bonne idée. Nous avons ainsi réussi à toucher beaucoup de gens qui ne seraient pas venus de l?avant sans la caravane.
● Et que se passera-t-il si dans deux ans après tous ces efforts, vous vous rendez compte que les Mauriciens ne sont finalement pas une nation d?entrepreneurs ?
Je démissionne de mes fonctions. Et c?est une promesse. Laissez-moi vous raconter une anecdote. En 1983, avec une situation économique pire que ce que nous connaissons maintenant et avec 70,000 chômeurs, sir Gaëtan Duval avait dit que si dans deux ans, il y a toujours des chômeurs dans ce pays, c?est qu?ils sont des paresseux. Et en 1985, des entrepreneurs ne trouvaient plus de gens à employer et ils ont commencé à faire des demandes pour qu?ils puissent importer de la main-d'?uvre étrangère.
Si tout se passe comme prévu et que nous arrêtons avec les séminaires, les conférences stériles et le blablabla et que nous mettons la main à la pâte, dans deux ans les changements seront tangibles. à moins bien sûr que le bon Dieu lui-même décide du contraire !
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