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«C?est le pays qui sort gagnant de cet accord sucriers-gouvernement»

8 décembre 2007, 00:00

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Que pensez-vous de l?accord que le Premier ministre appelle «historique», conclu entre le gouvernement et les sucriers ?

Nous avons évité de justesse de marquer contre notre propre camp. Si cet accord n?était pas intervenu, nous aurions eu beaucoup de problèmes à transformer l?industrie sucrière en industrie cannière. Le deuxième risque est à plus court terme : nous nous serions retrouvés avec des problèmes budgétaires très sérieux. Il y avait un enjeu considérable. Nous n?aurions pas fait l?accord que nous aurions été, nous-mêmes, responsables de bien des problèmes pour notre avenir économique. Et qui dit avenir économique, dit avenir social.

Cela étant, c?est maintenant du passé et c?est tant mieux. Il faut se féliciter que les deux parties soient tombées d?accord et espérer qu?il n?y aura pas de problème dans la mise en pratique de l?accord. (Rires?)

Je crois que nous sommes un peu chat échaudé dans la mesure où il y avait un accord et puis il y a eu désaccord sur l?accord. Donc, j?espère que cette fois, nous nous accorderons sur l?accord !

C?est un risque qu?il y ait d?autres désaccords ?

Je ne l?espère pas. Mais je note que dans le domaine énergétique, on a décidé de faire appel à un consultant international pour des évaluations. C?est excellent puisque ce sont des situations complexes qu?on ne va pas régler du jour au lendemain. Mais faut-il aussi, tout de même, que ses conclusions soient respectées.

Est-ce que ce consultant international aura un statut d?arbitre dont la décision sera finale, ou y aura-t-il encore matière à discussion ? Je ne suis pas en train de faire la cassandre mais je crois que la question est légitime.

Si je comprends bien, ce consultant international va devoir se prononcer sur les risques pris pour voir si les profits sont raisonnables. Pas évident, n?est-ce pas ?

Je ne suis pas un consultant international, donc je ne sais pas. Mais je soupçonne, en effet, qu?il y a la question des risques. Et les risques doivent être rémunérés. Il y a également, je suppose, le montant des investissements qui doit aussi être rémunéré. Ce sera livré à leur appréciation.

Donc cette solution n?est pas juste une façon déguisée de dire qu?en ce qui concerne le volet énergie, c?est le statu quo ?

Non, je ne pense pas que ce soit le statu quo. Il a été décidé que 35 % des actions appartiendront aux planteurs, aux travailleurs, etc.

Mais n?est-ce pas uniquement pour les raffineries et les distilleries ? Concernant l?énergie, j?avais l?impression que tout était suspendu?

C?est possible, mais le principe d?un certain pourcentage à être accordé aux parties extérieures est accepté. J?imagine que c?est le pourcentage qui doit être défini.

Et quelle est votre opinion personnelle là-dessus ? Aurait-on dû revoir ces contrats entre le «Central Electricity Board» (CEB) et les «Independent Power Producers» ?

(Hésitations?) Dans un Etat de droit, on peut s?attendre à ce que des accords passés soient respectés. La première réponse à votre question est non. Mais puisque les deux parties sont d?accord, il ne faudrait pas être plus royaliste que le roi !

Qu?est-ce qui a changé entre l?accord initial et l?accord parvenu mercredi ?

Il y avait un plan global pour des clusters ? raffineries, distilleries et énergie. Je ne crois pas que cela a changé, mais il y a un espacement dans le temps en ce qui concerne l?énergie. Autre chose, il y a une part en termes d?actions qui revient aux travailleurs, artisans, planteurs, etc. Et également la question des terres. Un certain nombre de décisions donnent à l?Etat des terres et ajoutent d?autres actionnaires aux actionnaires traditionnels.

Et ces autres actionnaires sont impliqués de loin ou de près à l?industrie sucrière et ne concernent pas toute la population ?

En effet, il ne s?agit que des travailleurs, artisans et petits planteurs. Ils auront leurs parts à hauteur de 35 % moyennant paiement. Ce qui, à mon avis, est tout à fait dans la norme des choses. Autrement, nous serions dans la situation d?expropriation des biens. Ce qui serait anticonstitutionnel.

Selon vous, aurait-on pu parvenir à un même accord en moins de temps si la communication entre les deux parties avait été meilleure ? En d?autres mots, a-t-on perdu du temps inutilement ?

Il aurait été louable si tout avait été fait plus rapidement. On aurait pu se passer de toute cette amertume, tous ces retards, toutes ces paroles blessantes parfois, qui ont été dites de part et d?autre. C?est bien dommage. Compte tenu de l?enjeu, cela ne pouvait peut-être se faire plus rapidement?

L?argument à l?effet que s?il n?y avait pas eu toutes ces paroles et menaces, le gouvernement n?aurait pas eu ce qu?il a eu des sucriers, se tient-il ? Qu?il aurait vraiment fallu un couteau sous la gorge pour avoir ces résultats ?

(Hésitations?) Si les demandes avaient été faites autour d?une table de négociations plutôt que par des messages plus ou moins codés, cela aurait été mieux. Une leçon à tirer en ce qu?il s?agit des questions difficiles ? surtout quand on demande à certains de se départir de ce qu?ils ont acquis tout à fait légalement ? c?est qu?à l?avenir, il faudrait qu?il y ait des instances de négociations. Nous sommes supposés avoir des réunions régulières secteur privé ? gouvernement.

Mais elles dépendent, malheureusement, des humeurs et du temps. Pourquoi ne pas avoir vraiment des instances plus ou moins permanentes où l?on pourrait mettre sur la table les objectifs et les problèmes ? Il faut un vrai public ? private sector partnership. Si le secteur privé et le secteur public ne marchent pas ensemble, dans le respect des uns et des autres, nous n?irons pas bien loin dans ce pays.

Dans ce deal, pensez-vous qu?il y a eu un perdant et un gagnant ?

Le gagnant potentiel (et je pèse mes mots), c?est le pays. Maintenant, s?il y a un gagnant, ou perdant, je ne sais pas. L?Etat a pu faire avancer son dossier de démocratisation et les sucriers ont obtenu la possibilité de modifier le profil de leur industrie. Les deux sont donc, dans un sens, gagnants, tout en lâchant du leste.

Mais il y a le Mauricien moyen. C?est lui qui a besoin de voir ce qu?il y gagne. J?espère que cet accord va permettre la transformation de l?industrie sucrière et la continuation des réformes fiscales.

Justement, que gagne le Mauricien moyen de cet accord ?

Le pays ? donc le Mauricien moyen ? sort gagnant si on arrive à transformer l?industrie du sucre en une industrie de la canne. Mettre l?accent sur la canne afin de remplacer un peu ce pétrole horriblement cher que nous avons à payer, c?est déjà être gagnant. Sans compter ce que l?on essaie de faire avec l?éthanol, les distilleries et les raffineries.

Il y a donc le maintien d?une industrie de la canne. A part son activité économique, elle crée des pôles d?activités surtout dans le rural. Quand on dit que l?industrie sucrière ne rapporte que 3 % du produit intérieur brut (PIB), c?est vrai, mais qu?en est-t-il de ce qu?elle rapporte indirectement ?

L?industrie «cannière» comptera pour plus de 3% dans le PIB ?

Elle devrait l?être si l?on y inclut l?énergie. Au-delà de la transformation de l?industrie, l?accord ouvre la voie aux mesures d?accompagnement, dont le montant s?élève à 310 millions d?euros. Tout cet argent n?ira pas uniquement à l?industrie sucrière. 54 % serviront à financer des coûts sociaux comme le Voluntary Retirement Scheme (VRS). L?industrie sucrière doit encore en trouver pour les infrastructures de leurs distilleries, raffineries et usines modernes.

L?Union européenne (UE) a reconnu que les finances publiques souffrent à cause de la baisse du prix du sucre. Elle a donc offert de l?argent au Trésor public, des grants ? non remboursables ? et des prêts. L?exercice financier 2006-2007 a pris en compte l?argent obtenu de la Banque mondiale, de l?Agence française de développement et de la Banque africaine de développement, qui est de Rs 2,24 milliards. C?est déjà encaissé.

Nous en avons autant dans l?exercice budgétaire de 2007-2008. Cela est over and above ce que l?UE va nous accorder à hauteur de 2,8 milliards comme mesures d?accompagnement. C?est Rs 5 milliards sur lesquelles nous pouvons compter en 2007-2008.

Mais ce montant n?est pas simplement donné parce qu?il a été inscrit au budget. Il faut pouvoir répondre aux exigences des critères de décaissement. Parmi, se trouve le fait qu?il fallait un accord. Voilà ce que le pays, et donc le Mauricien moyen, gagne.

La «Multi Annual Adaptation Strategy» (MAAS) n?a, finalement, pas été modifiée ?

Autant que je sache, non. La MAAS veut qu?il n?y ait plus que quatre usines, qu?il y ait le VRS, etc. Tout cela était bloqué à cause du litige entre les sucriers et l?Etat. A présent, il semblerait que les choses vont se faire, probablement, avec un peu de retard. La MAAS a été respectée mais il y a eu des changements à l?intérieur qui ne devraient pas affecter l?accord que nous avons avec l?UE.

Le seul problème est que les échéances sont un peu dépassées. Mais nous n?avons pas encore entendu dire que nous perdons certaines sommes. Ce qu?il ne faut pas oublier, c?est que l?UE est une immense bureaucratie et qu?il y a la Déclaration de Paris sur l?efficacité de l?aide. Ces sommes d?argent sont donc sujettes à des conditions et des critères de performances. Les pays qui ont de l?argent ? sauf la Chine ? sont prêts à nous aider si nous nous comportons bien.

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