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«Aucune magouille à Mare-Chicose»

19 mars 2004, 20:00

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Quel effet cela fait d?être confronté à une commission d?enquête, à peine nommé ministre ?

C?est en toute sérénité que j?ai accepté la proposition du Premier ministre d?accéder à la demande de l?opposition. Nous n?avons rien à cacher par rapport à l?allocation du contrat pour la prochaine phase de développement du site d?enfouissement de déchets. Mare-Chicose a été un des nombreux dossiers brûlants de l?actualité que j?ai dû maîtriser dès ma nomination. J?ai étudié le dossier de près. J?ai même consulté le parquet. Tout a été fait avec l?approbation du Central Tender Board (CTB). Il n?y a pas eu de magouille.

En quoi consiste la deuxième phase de Mare-Chicose ?

Il s?agit de construire deux cellules d?enfouissement, d?opérer le site et de gérer l?après-fermeture. Le tout couvre une période de neuf ans. Au départ, on devait construire trois cellules. Mais nous avons craint qu?elles ne soient pas prêtes à temps. Nous avons donc fait construire la quatrième cellule en attendant. Elle sera prête le mois prochain. STAM, qui a déjà construit et opéré la première phase de Mare-Chicose, s?est chargé des travaux.

Quel est ce cafouillage autour de l?allocation du contrat ?

Certaines clauses dans les documents d?appel d?offres étaient ambiguës. Les soumissionnaires devaient considérer deux variantes du même projet : l?une incluait la construction d?une centrale électrique et l?autre pas. L?ambiguïté relève du fait que, si nous options pour la centrale, celui qui allait décrocher le contrat devait aussi faire l?étude de faisabilité y relative.

Qu?est-ce qui vous gêne au juste ?

Rien n?empêche un opérateur de s?appuyer sur le composant électricité du projet pour décrocher le contrat et, par la suite, de laisser tomber la centrale sur la base d?une étude de faisabilité qu?il aurait lui-même faite. On aurait pu se retrouver dans une situation où un soumissionnaire plus cher aurait décroché le contrat aux dépens d?un autre.

N?était-ce pas au client, c?est-à-dire à l?Etat, de faire l?étude de faisabilité avant de lancer les appels d?offres ?

Il faut comprendre que c?est un dossier très technique et nous devons nous fier aux experts. Ce qui importe à présent, c?est que nous avons annulé cet exercice d?appel d?offres et nous nous préparons à en lancer un nouveau. Cette fois, j?ai demandé que les spécifications soient écrites par des consultants internationaux.

Pourquoi en faire tout un plat alors que le volet électricité a été définitivement abandonné ?

L?exercice a également souffert d?une différence d?appréciation des offres entre l?Evaluation Committee et le CTB. Deux soumissionnaires, à savoir Sotravic et STAM, avaient été présélectionnés. Il fallait concilier leurs offres avec les spécifications réclamées. L?Evaluation Committee a estimé qu?on pouvait demander à celui qui serait sélectionné d?améliorer son offre au moment de lui octroyer la Letter of intent. Le CTB s?est montré plus rigide. Pour lui, les ajustements préconisés par l?Evaluation Committee étaient conséquents.

Pourquoi a-t-on éliminé la centrale thermique alors que, selon certains, cela aurait contribué à réduire le coût de la deuxième phase ?

Ce n?est pas sûr que la centrale aurait subventionné les coûts. Nous avons abandonné l?idée car la centrale a des implications très complexes, mettant en jeu de nouvelles technologies. Nous opérons déjà Mare-Chicose sans produire l?électricité. Et, de toute façon, la production d?électricité n?a jamais été qu?une option.

C?était donc plus simple de tout annuler, quitte à perdre du temps ?

Nous tenons à ce qu?il n?y ait pas la moindre perception de corruption. Toute ambiguïté est source de suspicion. L?opposition peut dire ce qu?elle veut. La deuxième phase de Mare-Chicose sera réalisée à temps. L?annulation de l?appel d?offres ne veut rien dire. Nous sommes on track.

Votre décision fait certainement le bonheur de STAM qui voit ainsi son contrat étendu de presque un an?

Ecoutez, nous ne pouvons pas fermer Mare-Chicose en attendant de trouver un nouvel opérateur. C?est une pratique courante de demander à l?opérateur en place de gérer le quotidien jusqu?à ce qu?on renouvelle son contrat ou qu?on lui trouve un successeur. Cela est d?autant plus naturel que STAM nous a toujours donné un très bon service.

Diriez-vous que STAM coûte excessivement cher au pays ?

Non. Il faut comprendre qu?il y a une concentration de coûts sur Mare-Chicose parce qu?il est le seul à opérer. Le paiement se fait par rapport au tonnage de déchets manipulés. C?est un flat rate qui s?applique. Il faut voir l?évolution dans la durée pour mieux apprécier la situation. En 1999, nous payions Rs 4,3 millions pour 400 tonnes de déchets par jour. Aujourd?hui, le volume a triplé à 1 200 tonnes alors que les coûts ont à peine doublé pour atteindre Rs 8 millions.

Le dossier Mare-Chicose est confié à Carlbro, consultant danois qui travaille déjà sur une stratégie de gestion des déchets pour Maurice. En quoi consiste ce plan national ?

Nous modernisons le centre de transfert de déchets de Poudre-d?Or. Celui de La Brasserie sera fermé et nous allons en construire un à Parc-aux-Cerfs dans le Sud. L?essentiel du centre de Roche-Bois sera réhabilité en un espace de loisirs au coût de Rs 70 millions. Carlbro, en collaboration avec le ministère des Terres, fait actuellement un audit pour dénicher de nouveaux sites d?enfouissement potentiels.

Vous tenez encore à la participation du secteur privé dans ce domaine ?

Nous voulons l?encourager activement. Nous privilégions la formule Build, own and operate. Carlbro travaille actuellement sur les spécifications y relatives. Dès qu?elles seront prêtes, nous pourrons inviter des expressions d?intérêt. Mais ce type d?activité sera restreint au Nord et à l?Ouest du pays.

Quels seront les besoins futurs du pays en termes d?infrastructures pour le traitement l de déchets ?

Deux centres d?enfouissement seront nécessaires pour les 20 ans à venir. Les Mauriciens produisent de plus en plus de déchets. Ce volume augmente très vite. Nous explorons des moyens alternatifs de traitement pour alléger la pression sur les structures existantes. Nous sommes sur le point de lancer des appels d?offres pour opérer une unité de compostage à St-Martin. Beau-Bassin, Rose-Hill et Rivière-Noire agiront comme feeder zones. L?investissement initial ne devrait pas dépasser Rs 20 millions. Si l?expérience est payante, nous allons en créer une autre dans le Nord.

Que préconisez-vous pour la collecte des déchets ?

La collecte de déchets est un business florissant. Je tiens à y mettre un peu d?ordre. Je viens d?obtenir l?aval du Conseil des ministres pour amender le Local Government Act afin d?obliger les administrations régionales à passer par le CTB pour allouer tout contrat dont la valeur excéderait Rs 1 million. Jusqu?à présent, ce seuil était de Rs 10 millions.

Que prévoyez-vous pour casser le monopole des gros opérateurs ?

J?ai réinstauré la libre compétition. Il y avait une proposition pour regrouper les opérateurs en catégories. Cela aurait favorisé les gros opérateurs qui contrôlent déjà l?essentiel du marché. Désormais, la compétition les obligera à casser les prix. Nous allons bientôt lancer de nouveaux appels d?offres.

Les moyens déployés pour la collecte des déchets n?ont pas beaucoup évolué. Comment encourager plus de modernité à ce niveau ?

Nous avons étendu la durée des contrats à trois ans au lieu d?un, comme c?est le cas actuellement. Les opérateurs auront donc la stabilité voulue pour investir. En revanche, les termes des contrats ont été consolidés. Nous incluons des clauses de redevabilité qui peuvent aller jusqu?à la révocation du contrat. Je tiens à donner un vrai service aux contribuables. Il en faut pour notre argent.

À voir votre enthousiasme, on est tenté de conclure à la naïveté du débutant. Ne craignez - vous pas d?être brisé par le système ?

Je suis un homme de convictions. Je crois dans le travail, la discipline, la redevabilité et dans la transparence. J?ai le soutien du Premier ministre et du ministre des Finances et je suis épaulé par une superbe équipe. Que craindre dans ces conditions ? Je veux que mon passage en politique soit constructif.

«En 1999, nous payions Rs 4,3 millions pour 400 tonnes de déchets par jour. Aujourd?hui, le volume a triplé à 1 200 tonnes alors que les coûts ont à peine doublé pour atteindre Rs 8 millions.»

«C?est un dossier très technique et nous devons nous fier aux experts. Cette fois, j?ai demandé que les spécifications soient écrites par des consultants internationaux.»

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