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« On préfère venir voir Dieu directement »

1 octobre 2006, 00:00

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Quel est le moral dans les rangs de la police ?

Le moral n?est pas au beau fixe. Il y avait une familiarité, une solidarité et une fraternité. Avant, on fonctionnait comme une famille. Mais depuis quelque temps, cela n?est pas le cas. Maintenant chacun est plus individualiste. Certains veulent jouer au héros ou faire des prouesses. En essayant de faire croire qu?ils peuvent diriger des services avec le peu d?expérience qu?ils ont. Mais le rôle de la police n?a pas dévié.

Pourquoi l?esprit de famille s?effrite-t-il ?

La frustration en est l?une des principales causes. Les exercices de promotion donnent l?impression que ce ne sont pas ceux qui le méritent qui grimpent les échelons. On ne peut pas blâmer qui que ce soit pour ça. Notre but est de servir la population à n?importe quel prix. Alors je ne peux pas dire que si je suis frustré et que je n?ai pas ce que j?attends, je vais mal faire fonctionner un service.

Vous dites que des gens viennent vous voir directement pour régler les problèmes. Est-ce parce que d?autres services ne fonctionnent pas ?

Cela peut être vrai. Et puis, comme je me suis déjà fait un nom, on préfère venir voir Dieu directement ! Toutefois, on cherche aussi à faire croire que la police n?accomplit pas son rôle. Si à un échelon quelqu?un n?est pas en train de perform, on ne doit pas non plus aller dire que c?est à cause des autres. C?est une excuse bidon.

Donc, la police fonctionne-t-elle convenablement en ce moment ?

Oui, je dirai qu?elle fonctionne. Mais peut-être pas à la satisfaction de tout le monde. La presse nous fait souvent un procès dans ce sens. Mais des criminels, des drogués et des trafiquants de drogue ainsi que des voleurs sont en train d?être arrêtés !

Mais on peut toujours améliorer tout ça?

Il ne faut pas se laisser embêter par les articles de presse qui parlent d?une police qui ne fait pas son travail. Avec la presse et les avocats qui s?acharnent contre nous, si on n?a pas un moral solide, on serait tenté de tout laisser tomber. Mais pour moi, tout cela n?a pas d?effet !

Le commissaire s?avère-t-il un leader efficace pour la force policière selon vous ?

Le commissaire de police (CP) joue pleinement son rôle. Maintenant, il s?appelle lui-même « le vrai commissaire ». Lors d?une récente discussion dans son bureau, je lui ai demandé comment il se sentait. Il m?a dit qu?il se sentait libre. Il a le overall control.

Comment ça libre ? Il ne l?était pas avant ?

Sous l?ancien régime, il était une marionnette. On le contrôlait. Mais maintenant, il évolue librement. C?est lui qui donne les directives.

Quelles preuves de leadership donne-t-il ?

Il a sa propre vision, je ne peux pas répondre pour lui. En tant que sous-officier qui travaille sous son autorité, je suis happy.

« Si le Premier ministre me soutient aujourd?hui, ce n?est pas par pure coïncidence. »

Que faites-vous de la perception que le Premier ministre (PM) vous fait davantage confiance qu?au CP ?

C?est la presse qui dit ça ! Le PM me fait confiance à cause des résultats que j?apporte. Si demain je faillis, je ne crois pas qu?il aura intérêt à me soutenir. Je marche sur une corde raide. Le CP a le plein soutien du PM. C?est lui qui rapporte au PM pas moi ! Si le CP sentait que son rôle a été minimisé, il serait parti. Il est intelligent, il a des diplômes et il a fait ses preuves. Il a travaillé et il manie bien les choses. En tant que jeune commissaire, on peut dire de lui qu?il n?a pas travaillé dans un poste de police. Mais cela m?est égal. Il a acquis beaucoup d?expérience. Il n?a peut-être pas été dans la gestion quotidienne d?un poste. Mais il donne de précieux conseils.

On évoque le fait que Navin Ramgoolam vous reçoit autant que le CP !

Depuis que Navin Ramgoolam est Premier ministre, je n?ai jamais mis les pieds dans son bureau. Mais il m?appelle à chaque fois qu?il a besoin de moi. Et le CP est au courant de ces coups de fil. Il en est informé. Par ailleurs, si le PM me soutient aujourd?hui, ce n?est pas par pure coïncidence. Quand on a parlé, il a reconnu qu?il avait fait une erreur en me faisant transférer au garage de la SMF la première fois. Il a regretté d?avoir suivi les conseils de son entourage. Il m?a même dit que si j?étais intéressé à faire de la politique, je pouvais me joindre à son parti.

Le titre CP de l?ombre qu?on vous confère n?est donc pas justifié ?

C?est faux ! Je fais entière confiance au CP. Bon, il peut y avoir quelques tensions. Par exemple, j?étais un peu frustré car j?avais été choisi pour suivre une formation en Europe, mais cela ne s?est pas fait pour je ne sais quelle raison. Alors j?ai pu croire que c?est quelqu?un de la hiérarchie qui en a décidé ainsi. Mais le CP m?a donné la garantie qu?il allait remédier à la situation.

Mais vous avez plus de marge de man?uvre que les autres dans la police. On le constate !

Par rapport aux autres, on me fait plus confiance. N?empêche, nous sommes dans une force disciplinaire. Donc il faut respecter la hiérarchie. Il y a quelques chefs qui ne sont pas trop d?accord avec cette manière de faire. Mais je suis bien avec la plupart d?entre eux. C?est un travail d?équipe qui ne peut être abattu seul. J?ai, par exemple, un assistant au CP qui est plus jeune que moi et d?autres encore qui viennent me dire qu?ils apprécient mon travail.

D?autres ne partagent pas cet avis. Il y a aussi beaucoup de ministres qui appellent et qui disent qu?ils comptent sur moi. Pour les remontrances, je connais mes limites et je ne me permets pas de faire des gaffes. J?ai passé 35 ans dans la police et je n?ai fait aucune gaffe. Ce n?est pas maintenant que je vais en faire.

N?empêche, la hiérarchie vous la contournez un peu. Pas besoin de demander d?autorisation au Press Office ou au commissaire pour vous parler?

Tout le monde peut parler. Mais on ne le fait pas parce qu?on a peur.

De quoi ou de qui ?

De dire des bêtises. Parce qu?on est censé formuler les choses d?une certaine manière. Mais il n?y a qu?une vérité et elle n?a pas besoin d?être arrangée. Je fais l?objet de critiques dans la presse.

Je choisis de répondre à vos questions pour justement apporter des réponses. De toute manière, si vous choisissez de m?interroger, c?est parce que je me suis fait un nom. Cela ne veut pas dire que mes autres collègues déméritent. Mais disons que je suis above the lot.

■ Propos recueillis par Rabin BHUJUN

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