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« Paul Bérenger n?est pas un fils à papa? »
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« Paul Bérenger n?est pas un fils à papa? »
> Vous parliez d?un dossier explosif. Or, c?est l?Alliance sociale qui a explosé?
L?obstacle principal a été le meeting de dénonciations, prévu initialement pour le 14 septembre. Malgré plusieurs séances de travail avec Navin Ramgoolam, en compagnie de mon ami Rama Valayden, les divergences et différences n?ont pu être effacées. J?ai refusé d?attaquer certains à l?hôtel du gouvernement contre qui je n?avais aucune preuve et d?immuniser certains au PTr. D?où ma décision de geler mes activités politiques.
> Certains au PTr, comme Arvin Boolell, affirment que vos accusations sonnent comme du « déjà entendu ».
Arvin Boolell, qui est considéré comme un bon élément du PTr, est lui-même en mauvaise posture, face à cette poignée de corrompus au sein de son parti. Je suis au courant que certains, dans leur peur, avancent une rumeur selon laquelle j?aurais été acheté. Ce sont des esprits malades. Je ne souhaite qu?épurer la classe politique et ne souhaite pas répondre aux gens qui se servent de la politique pour des intérêts personnels, pour s?enrichir?
> On dit, entre autres, que vous vous êtes calmé à cause du retour de Vijay Makhan aux Affaires étrangères.
Ce diplomate hors pair qui fait la fierté de toute l?Afrique est davantage mon ami que mon beau-frère. Il est malheureux que certains dans l?état-major du PTr associent le nom d?une personnalité de renommée internationale à la politique politicienne locale. Il n?a rien à voir avec ma démarche politique. En réalité, il a pris un congé pour siéger à l?Union africaine (ex-OUA) et c?est normal qu?il retourne au pays à la fin de son contrat. Ceux qui connaissent son parcours disent que c?est Maurice qui a besoin de l?expérience de Vijay Makhan et non pas l?inverse. Tâchons de profiter de lui avant que l?Onu ne nous l?arrache.
> Avez-vous tourné la page sur l?Alliance sociale dont vous êtes le père ?
Malgré les divergences, je compte maintenir mes relations avec Navin Ramgoolam. Par ailleurs, j?ai beaucoup d?estime pour Rama Valayden, Xavier Duval, Madun Dulloo et les autres. Je l?ai dit et je le répète : je suis prêt à les aider de l?extérieur. L?objectif, pour le bien-être de la démocratie, est que l?opposition remporte le partielle de Piton-Rivière-du-Rempart.
> Pourquoi tant de hargne contre cette « poignée » de travaillistes ?
J?étais travailliste en 1967, engagé dans la lutte pour l?Indépendance. C?était un engagement solide. Mais par la suite, en 1979, certains ne m?ont pas compris et j?ai alors pris mes distances avec eux. L?histoire a tendance à se répéter aujourd?hui. C?est pourquoi j?ai envie d?épurer le parti de certains corrompus. Il faut un parti propre. J?aurais souhaité demeurer travailliste jusqu?à mon dernier souffle. J?ai déjà commencé à les dénoncer à la police et à l?Icac. Mais j?espère que ce n?est pas moi qui deviendrai indésirable?
> Comment interprétez-vous les propos de Ramgoolam : « Pas besoin de Boodhoo » ?
En mon for intérieur, je sais que j?ai pris la bonne décision d?aider Navin Ramgoolam à faire de son parti un parti crédible, solide et propre. Je sais aussi que mes partisans sont aussi plus nombreux que certains autres individus. J?aimerais dire ceci à Navin Ramgoolam : un aveugle a bien souvent besoin d?un paralytique pour traverser la rivière en crue. Il ne faut jamais insulter un autre dirigeant. Après tout, les dirigeants politiques avisés savent pertinemment bien que le mot « jamais » n?existe pas en politique.
> Ramgoolam demeure-t-il votre « ami » ?
J?espère maintenir des relations civilisées et amicales avec Ramgoolam. Si seulement il était bien entouré et encadré, il aurait émergé comme un géant de la politique. En tant que « médecin en politique », je ne refuserai jamais de l?aider. En cas de besoin, je lui prescrirai même une ordonnance, sans aucun frais?
> Parlons de Paul Bérenger. Alors qu?il devient Premier ministre, vous voilà entré en hibernation?
Cela effectivement donne lieu à toutes sortes de spéculations, dont celle sur Vijay Makhan, évoquée plus haut. Mes détracteurs au PTr parlent même de « deal financier » qui a été conclu. Je me souviens d?une conversation avec Navin Ramgoolam pour partager mes réflexions à ce sujet. Je lui ai demandé d?avoir le courage de regarder dans le rétroviseur de l?histoire, plus particulièrement les élections de septembre 2000. Je n?ai aucun remords de conscience sur ce que j?ai fait à cette époque pour sortir le pays de la catastrophe. Il ne faut pas oublier les émeutes de 1999, les 800 dossiers qui dormaient au Prime Minister?s Office et pratiquement aucun recrutement dans la fonction publique et le plus important, le fait que le pouvoir était coupé de la masse. Avant septembre 2000, toute l?île Maurice était bloquée, et manquait d?air frais. La fenêtre, l?imposte, la porte, tous ti fermé. Le gouvernement d?alors utilisait tout son arsenal contre certains journaux, dont celui que je dirige, le Sunday Vani, avec toutes sortes de représailles et tentatives d?étranglement. C?est pourquoi j?ai ?uvré pour l?accord de la clinique Med-Point entre le MSM et le MMM. Sans cette alliance, j?estime que Paul Bérenger aurait remporté les élections, seul.
> Pourquoi revenir ensuite avec les rouges ?
C?est quand le gouvernement MSM-MMM a coupé le cordon ombilical avec les travailleurs et a instauré un développement à deux vitesses. C?est là que j?ai créé l?Alliance sociale. Malheureusement, malgré toute ma bonne volonté, cette alliance n?a pas su démarrer à cause de certains au PTr. Un dernier exemple : malgré tout cela, le meeting du 14 septembre aurait pu contribuer à changer le cours de l?histoire. Si le PTr n?a pas su exploiter les opportunités pour empêcher Paul Bérenger d?accéder au poste de suprême, que personne ne compte sur Harish Boodhoo pour faire des actions anti-mauriciennes maintenant ! Donc je blâme tous ceux qui formaient le précédent gouvernement pour la victoire du tandem Jugnauth-Bérenger.
> Aujourd?hui, que pense Boodhoo de l?accession de Paul Bérenger au poste suprême ?
Contrairement à ce que certains avancent, à aucun moment, je n?ai dit que quelqu?un issu d?une communauté minoritaire n?avait pas le droit d?accéder au poste suprême. Mais en même temps, je constate que pendant les trois ans où il a été vice-Premier ministre ? d?autant que Jugnauth a totalement abdiqué de toute responsabilité ? il a favorisé un climat d?apartheid économique. Il existe de nombreux cas d?injustice sur le plan social. Cela dit, maintenant que le PTr n?a pas pu l?empêcher de devenir PM, je fais un appel à tous les Mauriciens, surtout à mes confrères hindous : respectez l?institution et l?individu. Je ne dis pas qu?il faut ramper devant l?homme, mais ne nagez pas contre le courant, ne le provoquez pas. Il ne faut pas oublier que même l?Inde maintiendra des relations cordiales avec Bérenger et le reste du gouvernement. J?espère que personne ne m?accuse d?être à la solde de Paul Bérenger. Que ceux qui sont contre ce que j?avance réclament des comptes au PTr.
> Mais vous reconnaissez certaines qualités à Paul Bérenger?
Oui, j?ai le courage de regarder les épines et aussi la rose. Je ne me souviens pas qu?il m?a attaqué aussi bassement que SAJ. Il y a un niveau où il ne descend pas. Bérenger bosse dur, il est discipliné et méthodique. Il a un don pour la parole et sa capacité d?assimilation est impressionnante. En politique, il est devenu une légende, car à l?encontre des autres, il a grimpé les marches de l?escalier une à une. Bérenger n?est pas un protégé, il n?est pas un fils à papa. Plus important, il crée la frayeur et le respect, à l?hôtel du gouvernement. Li na pas ene poupette dookia. En revanche, Bérenger porte les germes de sa destruction en lui-même, comme en témoignent les nombreuses secousses au sein du MMM. Un autre défaut de taille : il pense tout savoir, pouvoir tout maîtriser, ce qui fait qu?il est omniprésent. Il faut aussi qu?il change son baiser caractère. À la tête du pays, il doit regarder autour de lui. Tel un letchi, plus il est chargé de fruits, plus il se courbe ; que Bérenger se rapproche en toute humilité vers la terre.
Propos recueillis par Nad SIVARAMEN
« Si Bérenger, qui est un grand bosseur, devient PM, les travaillistes n?ont qu?à s?en prendre à eux-mêmes. Qu?ils ne comptent pas sur moi pour des actions anti-mauriciennes ! »
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