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Budget 2026-2027
Ambiance : À l’heure H, un «devoir de vérité»
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Budget 2026-2027
Ambiance : À l’heure H, un «devoir de vérité»
Richard Duval, Anil Bachoo, Ajay Gunness et Arvin Boolell attentifs aux propos de leur chef. © Kiranchand Sookrah
Il entre tout sourire. Un sourire de Navin Ramgoolam qui précède toujours quelque chose. Quelqu’un dans la salle le dit à voix haute : ça sent les bonnes nouvelles. Il est 16 h 40, le Parlement est déjà plein à craquer. Dans les gradins, une centaine d’invités et beaucoup de dirigeants : la Banque de Maurice, représentants de Business Mauritius, de la MRA, la MCCI, Telecom, ou encore l’ONU. Et la Première Dame, dans un sari d’une couleur qu’elle semble affectionner particulièrement.
Dans l’Hémicycle, c'est encore le temps des conversations. Adrien Duval et Joanna Bérenger s'entretiennent côté opposition, pendant que Kushal Lobine et Richard Duval, parmi les frontbenchers, sont en grande discussion. Les rires de Reza Uteem portent jusqu’aux gradins. Le bruit convivial, on est entre collègues. À 16 h 58, la cloche. L’hymne national. Puis les photographes qui défilent en rang, captent leurs images en moins d’une minute et disparaissent, presque mécaniques, comme tout le reste de cette ouverture millimétrée. Le Budget a son propre chronomètre.
«You cannot go back…» Les premiers mots du Premier ministre tombent dans un silence soudain. Le sérieux s’installe d’un coup. Pendant près de deux heures, Ramgoolam va tenir ce fil, sans fléchir, sans se perdre, sans le moindre moment de flottement qui trahirait la longueur de l’exercice. Une performance oratoire qu’on ne peut pas ne pas saluer.
Le texte se déroule, et avec lui, l’Hémicycle devient sa propre partition. On lit les députés autant qu’on écoute le Premier ministre. Les hochements de tête au premier pilier sur l’intelligence artificielle : le ministre des Technologies, ravi d’entendre les mesures autour de DIVA. Le Chief Executive Officer de Telecom, visiblement soulagé que MyT GPT trouve sa place dans le discours. Le premier tap-latab hésitant du ministre Arvin Boolell, pour une mesure sur l’aquaculture. Et côté bancs, ces regards échangés entre députés dès qu’une mesure touche leurs mandants, discrets, mais lisibles pour qui observe.
Les coups de pupitres s’enchaînent, de plus en plus nourris. Les panneaux photovoltaïques. La construction de Rivière-des-Anguilles qui va enfin démarrer. Les milliards pour l’éducation. Le député Beechook, les joues rougies, martèle son pupitre pour une piscine à Triolet. Les congés de parentalité font leur effet. Et à 18 h 33, le «no increase in TVA» provoque le martèlement le plus fort de la soirée : un soulagement collectif, presque physique. Pendant tout ce temps, l’opposition se tait. Un seul accroc : lorsque le PM évoque la «détérioration» du secteur de la santé sous l’ancien régime, le leader de l’opposition esquisse un sourire incrédule…
Il faut dire que pendant les trois premiers quarts de cette séance, l’atmosphère reste étonnamment détendue, souriante même, par moments. Ceux présents font des efforts visibles pour ne pas laisser la longueur du discours avoir raison d’eux. Puis vient le mot «pension». Et quelque chose change dans l'air. Ce qui suit est dense, technique, trop, semblerat-il. À la sortie, journalistes, parlementaires et analystes se retrouvent dans le même flou, cherchant à démêler ce qui vient d’être annoncé.
À 18 h 56, Ramgoolam entame ses remerciements. À 19 heures, une financial resolution clôture ce qu’il aura lui-même appelé un «devoir de vérité». Le sourire avec lequel il était entré n’avait pas menti, mais comme tout Budget, celui-ci aussi laisse quelques questions ouvertes dans son sillage.
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