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« On ne peut pas travailler comme ça »

1 octobre 2006, 00:00

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Pourquoi partez-vous de la direction générale d?Air Mauritius ?

J?y réfléchissais depuis trois ou quatre mois. J?ai vu un décalage entre ce que l?on veut faire, la manière dont on se comporte, et la perception qu?ont nos compatriotes de l?entreprise. À un moment, la meilleure solution a été que je me retire pour faire comprendre au public qu?on ne peut pas travailler comme ça.

Et qu?est-ce qui vous a poussé au point de non-retour ?

C?est certainement un différend avec le président du conseil d?administration. C?est maintenant du domaine public. J?ai eu la possibilité de trouver une solution en me retirant et je pense que la situation sera plus simple avec mon départ.

Êtes-vous le problème, ou est-ce que votre successeur finira par avoir d?autres divergences avec le président du conseil d?administration ?

J?espère qu?il n?en aura pas, car je viens d?établir un précédent. On sait maintenant où se situent les problèmes et à quels résultats ils peuvent mener. L?anglais dit que se contenter de faire la même chose en espérant un résultat différent est la définition de la folie. On est dans ce cas de figure. Si on continue les mêmes pratiques et qu?on espère que ce sera différent, on va se retrouver avec le même résultat. Mon départ, c?est quelque part un appel à ce que l?on fasse les choses différemment.

Vous partez par dépit ou par colère ?

J?ai un message : il est l?heure de se ressaisir. Je n?ai pas d?états d?âme. Mes émotions, je les garde pour moi. Il faut maintenant rassembler tout le monde et se demander ce qu?on peut faire pour l?entreprise. C?est la seule manière d?amener une compagnie de l?envergure d?Air Mauritius à bon port. Mais si chacun ne s?occupe que de sa petite personne et de ses prérogatives, on n?y arrivera jamais.

Si on oublie les préceptes de « corporate governance », la solution idéale ne serait-elle pas de revenir à une formule d?un président-directeur général ?

On peut se poser la question. À force d?avoir tellement de régulations et de méthodes, on peut se demander si on n?a pas raté le coche. Air Seychelles a un P.-d.g., Air France également. Sont-ils pour autant moins à cheval sur la corporate governance que nous ? On est centré sur ce concept, tandis que notre compagnie pique du nez ! Un actionnaire a eu raison de se demander si le système actuel est bien celui qu?il nous faut.

Air Mauritius a deux chefs, mais pas de vrai patron?

Il est clair que c?est un problème qu?on doit résoudre. Il faut savoir comment on conçoit cette entreprise. Est-ce qu?on doit se dire qu?une fois arrivé à la tête de la compagnie, l?on est investi d?un grand pouvoir ? Y va-t-on pour travailler pour une certaine « cause ». Je souhaiterais que le public et la presse se posent des questions sur la responsabilité de celui qui doit être à la tête d?Air Mauritius. Alors il sera possible de trouver une solution ensemble.

Mais c?est une décision qu?il appartiendra au gouvernement de prendre?

Ce n?est pas seulement au gouvernement de dire quel sera le nouveau rôle de celui qui sera à la tête d?Air Mauritius. C?est aussi la tâche des forces vives et chacun doit apporter des idées et sa pierre à l?édifice. Nous avons essayé beaucoup de choses et on a vu que ça ne marchait pas. Le moment est maintenant venu de savoir ce qu?on veut vraiment faire de cette entreprise et où on veut la mener.

Avec les pressions politiques, les tensions entre le président et le directeur général ainsi que des réformes internes difficiles, Air Mauritius n?est-elle pas en fait une entreprise ingérable ?

Aucune compagnie n?est ingérable. Car tant que ce sont des individus qu?on dirigera dans une entreprise, il y aura de l?espoir. Ces sont les gens qui doivent changer et non la compagnie.

Quels sont les dossiers importants que devra traiter votre successeur ?

Il doit continuer le travail que l?équi-pe actuelle, accompagnée de celle de Mc Kinsey, a commencé en matière de réduction des coûts. Actuellement, il y a environ 80 têtes de chapitre sur lesquelles différentes initiatives doivent être prises. Peut-être qu?on ne pourra pas intervenir sur les 80, mais quand je vois le potentiel d?amélioration qu?il y a, je me dis que dans deux ans les actionnaires seront très heureux. Déjà, il y a des économies extraordinaires qui vont être réalisées dans le court terme. On parle là de Rs 50, Rs 100, voire même Rs 200 millions. C?est possible.

Quel dossier regrettez-vous de ne pas avoir mené à terme durant votre année passée à la tête d?Air Mauritius ?

J?aurais aimé avoir bouclé les négociations syndicales. Mais d?un côté, c?est bien que cela ne se soit pas fait, car le patronat et les syndicats pourront se rencontrer lors des négociations et juger de ce qui est faisable ou utopique.

Quels conseils donneriez-vous à votre successeur ?

L?aviation est un métier. Cela vaut vraiment la peine que quelqu?un vienne donner son coup de main à Air Mauritius. C?est une entreprise très noble. Il y a beaucoup de gens qui peuvent y faire un très bon travail.

Avez-vous des avertissements ?

Non je n?en ai pas. L?homme ou la femme qui prendra la compagnie en main aura déjà une connaissance et une capacité pour la gérer. Il analysera la situation et prendra les décisions qu?il faut.

■ Propos recueillis par Rabin BHUJUN

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