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« N?attendez pas de miracle »

28 août 2005, 00:00

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<B>On attend votre allocution de mardi au Parlement comme un nouveau discours du budget. Vous en rendez-vous compte ? </B>

L?élection du nouveau gouvernement a coïncidé avec le début de l?année financière de l?État. Et nous avions dit qu?il n?est pas correct qu?un gouvernement présente un budget qui ne sera peut-être pas introduit.

Arrivés au pouvoir, nous avons fait une inside view de l?économie qui a révélé que la situation est beaucoup plus grave que ce que nous ne pensions. L?investisse-ment continue à baisser. Il en est de même pour l?épargne. Notre déficit de la balance commerciale s?aggrave. Nos réserves baissent et le chômage a considérablement augmenté entre le dernier trimestre de 2004 et le premier trimestre 2005. Le taux de la croissance continue également à chuter. À partir de ce constat, il n?est pas responsable qu?on attende juin 2006 pour présenter un nouveau budget alors que la situation est plus grave que prévue.

<B>C?est donc un discours de budget?</B>

Non, ce n?en est pas un. Je ne vais pas annoncer de solution ni de remède miracle dans un contexte où l?héritage est lourd et où la conjoncture internationale continue à se détériorer. Ce sont quelques mesures pour améliorer le climat économique et stimuler la croissance. Certaines de ces mesures auront des effets immédiats et d?autres seront à moyen terme. Et nous n?allons pas attendre dix mois pour les prendre, car cela aurait été autant de temps perdu dans leur mise en application. Ces mesures seront applicables dès septembre 2005.

<B>Quels sont les secteurs qui réclament le plus d?attention ? </B>

Les secteurs traditionnels qui ont créé la richesse, généré la croissance et dopé l?emploi sont aujourd?hui affaiblis. Ils sont en phase de transition. Les secteurs sucriers et de la zone franche passent par une phase très difficile et il faudra des ajustements. Les chiffres du premier trimestre de la zone franche indiquent qu?elle souffrira d?une probable contraction pour la 4e année consécutive, donc qu?il y aura des pertes d?emploi. En quatre ans, ce secteur aura souffert d?une contraction de 25 % et du même taux de perte d?emploi.

<B>Et les secteurs émergents ? </B>

Il y a la transition vers l?économie basée sur le savoir la connaissance et sur les services. Notre grande faiblesse à ce chapitre, c?est le manque de personnes qualifiées dans ces secteurs. Beaucoup de nos chômeurs n?ont pas suffisamment de qualifications de base et ne sont pas suffisamment formés. C?est ma grande inquiétude. Il y a un misalignment entre notre ambition de transformer Maurice en une économie des services et la main-d??uvre que nous avons ici. La seule manière de régler ce problème est l?éducation et la formation. Mais cela prendra du temps.

Les secteurs émergents prendront donc du temps avant de générer la richesse et créer la croissance et l?emploi nécessaires. Mais nous les avons identifiés : la technologie de l?information et des télécommunications, la pêche, et toutes les activités qui visent à faire du pays un centre pour des services de qualités dont, entre autres, l?éducation, la santé et la prestation d?autres services spécialisés. Mais ce sont des choses qui prendront du temps. Dans le court terme, nous pouvons intervenir sur d?autres secteurs comme le tourisme, les finances et les petites et moyennes entreprises.

<B>Le tourisme apparaît comme la nouvelle bouée de sauvetage de l?économie. On parle d?ouverture de l?accès aérien et d?autres décisions imminentes?</B>

Il y a unanimité parmi tous les observateurs que le tourisme a un potentiel pour aider à l?augmentation de la croissance, créer la richesse et des emplois. Cela a un effet multiplicateur, sa bonne performance profite à toute la population. Il y a consensus que le tourisme va aider la croissance à court et moyen terme. Mais quand on arrive aux mesures à prendre, il y a divergences.

<B>Le tourisme deviendra-t-il la nouvelle épine dorsale de l?économie ? </B>

Le tourisme ne deviendra pas l?épine dorsale de l?économie. Mais ce sera un secteur clé jusqu?à ce que d?autres secteurs apportent une plus grande contribution et qu?on arrive à une nouvelle architecture dans la zone franche manufacturière et le secteur sucrier qui passera d?une économie sucrière à une économie basée sur la canne. La production d?électricité, d?éthanol et une meilleure utilisation des sous-produits de la canne (tout en restant compétitif dans le secteur sucre lui-même) généreront davantage de recettes. Mais ce nouvel équilibre n?arrivera pas du jour au lendemain.

La période de transition sera très douloureuse. C?est pour cela que le gouvernement a pris la décision d?annoncer quelques mesures qui, nous l?espérons, porteront leurs fruits au plus vite. Au bout de dix mois, peut-être. L?objectif, c?est d?essayer de renverser la vapeur sur la tendance baissière de la croissance.

<B>« Pas de solution, ni de remède miracle. Ce sont quelques measures pour améliorer le climat économique et stimuler la croissance. »</B>

<B>Vous tablez sur la croissance économique plutôt que sur la réduction des dépenses publiques pour améliorer la situation économique. Pourquoi ce choix ? </B>

La seule manière de financer les mesures annoncées, c?est de faire en sorte que le taux de croissance soit plus élevé, aux alentours de 7 à 8 %. Cet objectif ne pourra être atteint du jour au lendemain. Plus vite on prend les bonnes décisions, mieux nos chances seront d?atteindre un taux de croissance supérieur. Nous essayons de gagner du temps.

<B>La stratégie est-elle de créer un feelgood factor temporaire avec l?annonce du transport gratuit par exemple, pour ensuite venir expliquer que les temps de l?austérité arrivent ? </B>

Le transport gratuit et la restauration de l?universalité de la pension de vieillesse, ce sont des promesses électorales qu?on a tenues. Maintenant, il faut créer la croissance et générer la richesse pour faire en sorte que ces mesures soient viables sur le long terme. Il y a des painful economic tradeoffs, c?est un nouveau gouvernement, il n?est pas très évident de prendre ces décisions, mêmes si elles sont parfaitement justifiées.

<B>Dans quels secteurs doit-on s?attendre à des annonces fortes ? </B>

N?attendez pas de miracles, il n?y aura pas de big-bang. Nous avons la responsabilité de créer un climat où l?investissement augmente. Et c?est l?investissement d?aujourd?hui qui détermine la croissance de demain et qui génère l?emploi d?après-demain. Plus on tarde à lancer l?investissement, plus les fruits de la croissance et ses effets sur la création d?emploi tarderont à être ressentis.

J?annoncerai des mesures dans certains secteurs qui stimuleront la croissance à court terme. Nous mettrons en place des soutiens institutionnels et financiers, pour accélérer la croissance et la création d?emplois.

Le grand public s?attend aux cadeaux. L?abolition des impôts pour ceux qui gagnent moins de Rs 25 000?

Nous avons déjà offert le plus grand cadeau que nous pouvions. La mesure la plus importante que le gouvernement a prise et peut-être qu?il prendra durant les 5 années à venir en termes de faire labouche dou est le transport gratuit.

<B>Vous n?êtes pas très réaliste électoralement si vous dites que le transport gratuit est la mesure populaire la plus importante à prendre?</B>

Je dois être un ministre des Finances responsable et réaliste. Le transport gratuit est une mesure importante car il touche près de 400 000 personnes directement. Il n?y a que très peu de mesures qui puissent toucher directement le tiers de la population. Les autres mesures que nous prendront créeront les conditions pour créer la richesse et générer l?emploi.

<B>Propos recueillis par Rabin BHUJUN</B>

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