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« La congestion routière est en train d?étouffer l?économie »
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« La congestion routière est en train d?étouffer l?économie »
Quel regard jetez-vous sur la manière dont les activités du Caudan Waterfront se sont développées pendant ces dix ans ?
Il y a dix ans, on croyait que Port-Louis ne pouvait pas vivre le soir et les week-ends. En 1993, quand nous avons lancé le projet, beaucoup de gens étaient très sceptiques sur sa viabilité. Aujourd?hui, le Caudan est devenu l?un des endroits les plus visités par les touristes. Plus important encore, il est devenu un lieu de détente pour les Mauriciens. Notre clientèle est d?ailleurs constituée à part égale de touristes et de locaux. Mais il y a aussi des éléments négatifs : le trafic a empiré autour du Caudan. Cela nous affecte beaucoup.
Un bon nombre des visiteurs du Caudan le voient surtout comme un lieu de balade. Y consomme-t-on aussi beaucoup ?
L?aspect consommation a définitivement pris de l?ampleur. Le cinéma est le seul à ne pas avoir trop évolué au fil des années.
Sans doute à cause de la concurrence du DVD. Mais aussi parce que la fréquentation dépend de la présence des blockbusters à l?écran.
Pour l?aspect consommation, on peut amener le client dans le centre, mais on ne peut pas le forcer à consommer. Mais si on compare les locataires qui sont là aujourd?hui à ceux qui l?étaient au début, ce sont quasiment les mêmes. S?ils sont toujours là, cela prouve que les gens dépensent.
« Il y a un vrai problème de traçabilité dans les ministères. On ne sait jamais trop où en sont les dossiers. »
Y consomme-t-on différemment ?
Toutes les couches sociales du pays peuvent trouver quelque chose à acheter dans les magasins ou dans le Food Court.
Un bon nombre de nos locataires du Craft Market, par exemple, ont beaucoup fait pour dé-mystifier le site aux yeux des Mauriciens qui croyaient que c?était un endroit cher pour touristes. Ce n?est pas le cas. Le Caudan n?est pas plus cher. Il est même meilleur marché que certains autres endroits qui sont des pièges à touristes. D?ailleurs, certains de nos locataires du Craft Market fournissent les marchands du bazar de Port-Louis.
Après des années d?attente, la phase deux du Caudan démarre enfin. Que va-t-on y découvrir ?
On profite de la baisse des droits de douane sur beaucoup de produits et la promotion du concept de Duty Free Island pour mettre l?accent sur le « shopping tourism duty free ». Le pays va devenir de plus en plus une « shopping destination ». Le concept de notre « Mall » va être une surprise pour le public, car nous lui proposerons une « shopping expérience » plutôt que du shopping habituel. Les niveaux supérieurs du bâtiment seront aménagés en parking et espace bureau. Alors qu?un grand espace vide au milieu du bâtiment abritera un souk de luxe inspiré d?un centre commercial de Dubayy. Avec notamment de grandes marques internationales. Le marketing du centre débute en janvier et l?ouverture au grand public est prévue pour décembre 2007.
À quel type de projets peut-on s?attendre dans le cadre de la troisième phase de développement du Caudan Waterfront ?
Si le problème du trafic est résolu autour du Caudan avant notre troisième phase, nous allons nous lancer dans le shopping pratique (convenient shopping). Avec un supermarché, une quincaillerie et des magasins d?électroménager. Tout ce qu?on trouve dans un centre commercial traditionnel comme Jumbo ou Shoprite. De sorte que le Caudan devienne un one-stop shop pour tout ce que l?on veut.
Nous sommes aussi au début de l?étude d?un aspect résidentiel. Avec l?idée de développer une vraie marina avec des résidences pour Mauriciens et étrangers. Mais tout cela est au stade embryonnaire.
Dans le passé, vous disiez que des « forces occultes » empêchaient la deuxième phase d?aboutir. Qu?est-ce qui vous a permis de démarrer la nouvelle phase ?
Je ne peux pas blâmer un gouvernement ou un autre. Le ministre des Finances actuel, quand il est arrivé aux affaires, a été mis au courant du dossier. Il a convoqué ses fonctionnaires et mis en place des comités pour faire en sorte que le projet démarre. ça a l?air d?avoir marché. Nous avons ainsi eu notre permis après six ans et demi d?attente. Je dois dire que la question de permis et des couloirs par lesquels ils transitent est un mystère pour moi. Il y a un vrai problème d?accountability et de traçabilité dans les ministères. On ne sait jamais trop où en sont les dossiers. Tout cela pourrait être amélioré avec un plus grand recours au e-governement et la soumission des formulaires et la consultation de l?état d?avancement des dossiers par Internet.
Si vous avez attendu six ans et demi, c?est peut-être aussi que vous n?avez pas donné de bakchich à ceux qui en réclament d?habitude ?
Je ne pense pas du tout que c?était un problème de corruption. C?était plutôt une question de bureaucratie liée au premier tracé du métro léger. Aucun département du gouvernement ne voulait prendre une décision finale. Mais après toutes ces années, un comité a fini par nous dire quel espace on devrait laisser pour le passage du métro léger.
Il y avait aussi la question de l?embouteillage au rond-point du Caudan. Là encore, le ministère des Finances a grandement aidé à résoudre ce problème afin de ne pas bloquer notre projet de développement. Un fonds géré par la Road Development Authority a été institué. Nous y avons contribué une dizaine de millions de roupies. Celui-ci sera réalimenté par les contributions de tous les promoteurs dont les projets affecteront de manière déraisonnable le trafic. Ce fonds financera la construction d?une troisième voie, d?un couloir de bus et de feux au Caudan.
L?idée est de lancer des petits projets peu coûteux pour alléger le problème temporairement. Mais cela ne va pas résoudre le problème fondamental de la congestion routière à Port-Louis.
En quoi le problème du trafic routier vous affecte ?
Nous n?avons pas démarré la phase de shopping pratique au Caudan parce que le problème de congestion routière n?a pas encore été résolu. Selon moi, la construction d?un pont pour désenclaver Port-Louis est primordiale. Il y a aussi le choix de Ring Road, mais cela coûterait plus cher avec des problèmes qui pourraient se poser avec des squatters sur le tronçon.
Il faut imaginer ce qui nous attend pour comprendre l?urgence de prendre une décision. D?ici quelques années : 600 conteneurs traverseront la capitale toutes les heures. Et chacun de ces véhicules ne peut pas prendre une heure pour le faire. On a investi massivement pour faire du port un hub dans la région, mais pour réaliser cet objectif il va falloir résoudre le problème de la congestion routière.
On réalise, en vous écoutant, que la question de la congestion routière peut empêcher les entreprises de se développer.
La congestion routière est en train d?étouffer l?économie. Ce n?est pas qu?une question de confort pour ceux qui passent une heure ou deux dans le trafic chaque jour. Un pays ne peut pas progresser si son réseau routier n?est pas assez développé. La Mauritius Ports Authority est de plus en plus enclavée. Il faut faire quelque chose. Et si on doit investir Rs 3 milliards dans un pont ce sera une goutte d?eau par rapport à tout le manque à gagner actuel à cause des embouteillages à Port-Louis.
La première phase du Caudan a coïncidé avec le boom précédent dans la construction. Et la deuxième phase redémarre au moment où il y a un deuxième boom de la construction. Va-t-il durer ?
Ça va continuer à progresser, on ne peut plus reculer à Maurice. Mais ici, c?est la main-d??uvre qui pose problème. Les Mauriciens ne veulent plus travailler dans la zone franche ou la construction. L?année prochaine, le secteur de la construction devra faire venir 5 000 travailleurs étrangers. Il y a du travail pour les peintres, les maçons, les plombiers ou les électriciens, mais on ne les trouve pas à Maurice.
À mon avis, il y aura une vague d?immigration à Maurice et les syndicats vont commencer à se plaindre. C?est arrivé en Angleterre après la guerre, les jobs que les Anglais n?ont pas voulu accepter ont été pris par des Indiens, des Pakistanais ou des Caribéens, qui ont fini par s?installer dans le pays.
Le front de mer de Mahébourg est pittoresque. N?êtes-vous pas intéressé au développement des autres fronts de mer du pays ?
Port-Louis est le seul endroit à Maurice où il y a une masse critique, il y a 250 000 habitants et encore 150 000 personnes qui y viennent tous les jours. Nous sommes dans un couloir qui compte 600 000 habitants. Il n?y a pas d?autres endroits similaires à Maurice.
Ne peut-on pas envisager des projets adaptés à la taille et à la situation de ces lieux ?
Il y a énormément de développement à Flic-en-Flac. On ne parle pas de waterfront, mais si vous regardez de l?autre côté de la plage, avec tous les restaurants, il y a toute une vie là-bas qui est comparable à celle d?un waterfront. Les commerçants des trois grandes plages de l?île : Mon Choisy, Flic-en-Flac et Belle-Mare pourraient s?organiser pour proposer des événements sur les plages, feu d?artifice ou Food Courts. Mais cela nécessiterait une plus grande coordination et des contributions financières de tout un chacun. Ce qui ne sera pas nécessairement facile à faire. Mais la Beach Authority, par exemple, pourrait prendre la responsabilité de coordonner ce type d?activités.
■ Propos recueillis par Rabin BHUJUN
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