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« Je veux contribuer à élargir la palette des entrepreneurs? »

28 janvier 2006, 20:00

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Quatre mois après votre arrivée, comment se porte Entreprise Mauritius ?

Enterprise Mauritius se porte bien. C?est une jeune institution qui démarre son existence après un vide de presque trois ans. La défunte Mauritius Industrial Development Authority était quasiment inexistante. Entreprise Mauritius a, elle, déjà couvert un terrain considérable. Nous avons sur le feu plusieurs marmites...

C?est-à-dire?

Sur le plan interne, nous avons consolidé nos capacités en recrutant des cadres supérieurs. Nous continuons à recruter pour nous donner les moyens dans une gamme de domaines. Ainsi nous comptons en notre sein un directeur venant du secteur financier-bancaire, un autre qui connaît à fond le développement des marchés, un directeur de stratégie. Nous aurons sous peu des analystes que ce soit en commerce international et en politique industrielle. En même temps, nous avons travaillé sur la stratégie générale d?Entreprise Mauritius, pour les développements des secteurs industriels et des services. Ainsi, nous engageons des dialogues sectoriels avec tout le monde : du domaine de la chaussure à la chimie, de l?édition à l?agroindustrie etc.

Qu?attendez-vous de ces « dialogues » sectoriels?

Ces dialogues visent à engager les acteurs dans une réflexion stratégique de croissance, dans un esprit de diversification de nos potentiels d?exportation. Nous en profitons également pour examiner les contraintes auxquelles ils font face. Nous voulons, dans le même souffle, dégager toutes les stratégies pour le marché régional qui comprend entre autres l?organisation d?une foire au mois de juin, qui permettra une réelle interface entre les acheteurs de la région et les acteurs de Maurice.

<I> « La réflexion dans une perspective de croissance démarre lentement du côté du secteur privé traditionnel?»</I>

À l?image de vos marmites sur le feu, vous semblez bouillonner de projets.

Comme vous le constatez, la liste de projets et d?actions n?est pas exhaustive. Toute notre stratégie est orientée vers le développement des entreprises, l?optimisation de nos exportations, la recherche des opportunités et de nouveaux produits où Maurice aurait un avantage comparatif sur d?autres pays. Un autre exemple : nous organisonsd?ici quinze jours un séminaire important pour l?ingénierie légère dans cette même perspective et nous réunirons, début février, une discussion avec les acteurs des services non-tic.

Vous avez toujours été un fervent de la démocratisation de l?économie. Comment réconciliez-vous ce projet à la tête d?Entreprise Mauritius ?

Je demeure convaincu de la nécessité de la démocratisation de l?économie. Cette perspective, nous la vivons d?une part dans notre volonté de soutenir les entreprises et les entrepreneurs quels qu?ils soient dans la mesure où ils sont positionnés dans notre vision stratégique. En même temps, notre vision vise à ouvrir de nouvelles perspectives d?affaires dans lesquelles nous ne croyons pas que les seuls acteurs seraient le secteur privé traditionnel. En d?autres termes, nous voulons contribuer à élargir la palette des entrepreneurs sur la base d?opportunités plus grandes pour du business, et partant contribuer à la croissance de Maurice.

À cet effet, je vous citerai sans rentrer dans les détails que nous travaillons actuellement sur l?étude de marché pour le développement d?une filière d?activités dans la production des produits phytopharmaceutiques et autres appelés well being products à partir de plantes médicinales de Maurice. Cette filière, quand nous aurons tous les tenants et aboutissants pour le développement des affaires, impliquerait le développement de nouvelles entreprises pour la transformation des tisanes mauriciennes en produits acceptables sur les marchés d?exportation. En découleraient non seulement des entreprises de diverses tailles, mais aussi le développement des activités économiques. La démocratisation ne se réalise qu?avec des entrepreneurs qui investissent d?une façon ou d?une autre. Dans le concret, nous voulons offrir des opportunités réelles. Aux entrepreneurs de saisir ces opportunités.

Comment empêcher, dans cette logique de démocratisation, que les mêmes s?approprient les opportunités?

Les projets sont à des dimensions différentes et je ne crois pas que les grosses entreprises seront intéressées par toute la gamme d?activités. Ce n?est pas par ailleurs le rôle d?Enterprise Mauritius de cacher l?info dans un objectif de démocratiser l?économie. Ce que nous pouvons, c?est élargir la gamme d?opportunités pour permettre l?émergence de nouveaux entrepreneurs. Déjà j?ai découvert d?intéressants entrepreneurs mauriciens qui, dans la discrétion, font un travail remarquable : l?un produit d?originaux Fabs (Flavored Alcoholic Beverages) à base de rhum, une dame exporte des figurines sur l?Europe et le Japon, un autre entrepreneur fabrique des meubles pour enfants sur le marché français et un autre exporte des vases au château de Versailles !

Entreprise Mauritius a pour actionnaires l?État et le secteur privé. Vous avez déclaré publi-quement, plus d?une fois, que « le secteur privé est en panne d?idées ». Maintenez-vous cela?

Si tout le secteur privé, du plus gros au plus petit, avait effectivement des idées très claires, c?est-à-dire de nouveaux créneaux pour Maurice, on les aurait déjà vus. La réflexion dans une perspective de croissance démarre lentement du côté des opérateurs traditionnels. Cependant je suis heureux de constater que depuis que j?ai dit cette phrase, je reçois pas mal d?idées nouvelles qui méritent d?être approfondies. À charge maintenant pour Enterprise Mauritius de travailler ces idées.

Actuellement on entend davantage Sithanen parler de nouveaux pôles de croissance que le privé?

La preuve a été faite dans le passé, et aujourd?hui avec Sithanen, que c?est le gouvernement qui lance des filières économiques. Qu?à cela ne tienne, l?État, y compris Enterprise Mauritius, continuera à assumer ce rôle. La BOI ira chercher les investisseurs, ici ou ailleurs.

<I> « Nous voulons engager des dialogues sectoriels avec tout le monde » </I>

En attendant, Enterprise Mauritius convoque les 2 et 3 février les états généraux du textile-habillement?

Ces états généraux visent à faire le point sur les réalités internationales, à prendre acte que le cyclone est passé, que le secteur textile-habillement se stabilise et qu?il y a dans ce secteur des filières plus porteuses que d?autres. Le Reengineering que nous devons mener devra surtout revoir notre positionnement par rapport à la Chine, contre laquelle nous partons battus d?avance. À la place, nos références devraient être l?Italie et la Turquie.

Après le textile, vous vous attaquerez à d?autres secteurs encore? Qu?est-ce qui vous fait courir M. Darga ?

Je pense être quelqu?un qui n?a jamais songé à émigrer, qui a toujours eu envie de contribuer au développement de son pays, qui veut avoir le sens du travail accompli.

Interview réalisée par Nad Sivaramen

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