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« Il ne faut pas subir le diktat des commerçants »

17 avril 2005, 00:00

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Pourquoi les prix ne baissent-ils pas ?

Il y a une part de mauvaise volonté chez les commerçants. Ils veulent profiter de l?aubaine que représente pour eux l?élimination des droits de douane sur l?importation. Ils essaient de confondre le consommateur en prétextant pêle-mêle le fret, la TVA, le taux de change et je ne sais plus quoi d?autre. Par exemple, un commerçant prétend que le prix du jus Sunquick n?a pas baissé parce que c?est fabriqué localement. Mais les intrants utilisés ont baissé, donc le produit fini devrait coûter moins cher, non ?

Pourquoi les baisses ne sont-elles pas plus conséquentes ?

Il faut comprendre. Les taxes douanières ne disparaissent pas complètement de tous les produits tout de suite. Ensuite, la TVA et les autres coûts (transport, administration, fret) atténuent l?ampleur des baisses. Sauf pour la TVA qui devient proportionnellement moins importante, tous les autres coûts restent les mêmes.

Comment peut-on espérer que le consommateur puisse se retrouver entre les différents coûts et les régimes fiscaux ? La situation est assez compliquée pour qu?il se fasse facilement duper.

Tout ce que le consommateur doit retenir à ce stade, c?est que les prix, TOUS les prix, doivent baisser. S?il a des doutes concernant le montant de la baisse, je lui conseille d?appeler notre hot line. Nos inspecteurs sont un peu partout dans l?île et un coup de fil suffira pour les aiguiller vers le commerce qui fait l?objet d?un doute. C?est le seul moyen d?y voir plus clair. Le consommateur doit se prendre en charge.

Les commerçants peuvent-ils refuser de passer la baisse aux consommateurs ?

En général, les prix ne sont pas contrôlés à Maurice. Donc nous ne pouvons obliger le commerçant à baisser ses prix. Et jusqu?ici, tous nos efforts de dialogue avec les commerçants pour les persuader de passer l?intégralité de la baisse des taxes aux consommateurs n?ont servi à rien. Je l?ai dit sans détour aux dirigeants de la Chambre de commerce et d?industrie, jeudi : je crains fort que l?égocentrisme des commerçants n?érode à jamais le capital de confiance dont les a crédités le consommateur. Si cela devait arriver, ce serait désastreux pour le projet Duty-Free Island que nous essayons de promouvoir.

Il n?y a donc aucun moyen d?amener les commerçants à jouer le jeu ?

Si bien sûr. Nous pourrions réintroduire le contrôle de prix sur certaines commodités qui, selon nous, feraient l?objet d?abus. Le ministère pourrait aussi émettre des avis officiels conseillant au consommateur de boycotter tel ou tel produit et l?orienter vers des substituts. De telles campagnes sont courantes en Europe. Nous pourrions nous en inspirer et même obtenir des résultats intéressants si la société civile joue le jeu. Un commerçant, qui aura fait l?objet d?un tel appel au boycott, ne voudra pas braver une deuxième fois cette mauvaise publicité.

Vous menacez de réintroduire le contrôle des prix ?

Nous ne voulons pas en arriver là. Mais s?il faut le faire temporairement pour protéger le consommateur, je le ferai. Je préférerai que tous les consommateurs du pays joignent leurs forces pour obliger les commerçants à jouer le jeu. J?en appelle à une grande coalition autour du ministère du Commerce intérieur et de la protection du consommateur.

« Les enterprises locales pourraient en profiter pour monter en gamme et développer de nouvelles niches. »

Au bout du compte, nous sommes tous des consommateurs. Il ne faut pas subir passivement le diktat des commerçants. Cela dit, je fais appel au bon sens de ces derniers. Qu?ils acceptent de perdre un peu pour commencer. Ils gagneront par la suite, une fois que le concept d?île duty-free aura pris son envol.

Combien coûte ce concept à l?État ?

Environ Rs 1,7 milliard de manque à gagner en termes de recettes douanières. C?est énorme ! Le gouvernement a toutefois pensé que la taxe sur la valeur ajoutée pourra contrebalancer cette perte. L?élimination des tarifs devrait booster la consommation. La TVA imposée sur un volume de consommation plus important et de meilleure qualité devrait rééquilibrer les caisses de l?État.

Comment appréciez-vous l?impact du concept sur le consommateur ?

Nous vivons déjà à une époque de consommation effrénée. Le consommateur moyen s?entoure d?objets de luxe dont il pourrait facilement se passer. Quitte à s?endetter pour cela. Il est à craindre que l?élimination des tarifs douaniers sur l?importation ne vienne exacerber cette situation.

C?est donc ce que veut le gouvernement : une nation vivant au-dessus de ses moyens ?

La consommation peut être un excellent moteur de relance économique et c?est sur cela que le gouvernement a tablé. L?idée n?est pas de réussir le pari duty-free au détriment de l?épargne. Nous allons mettre des garde-fous, notamment sous forme d?éducation et de sensibilisation du consommateur afin qu?il achète utile. Le but n?est pas de décourager la consommation mais plutôt d?apprendre au Mauricien de dépenser peu pour un maximum de confort.

Cela n?a aucun sens. Pour que la consommation remplisse son rôle de moteur de relance, elle doit justement ne pas être bridée.

Il faut comprendre que le concept d?île dutyfree ne se limite pas à redorer le pouvoir d?achat des Mauriciens. L?ambition est de transformer Maurice en centre commercial régional. Il n?y a aucune raison pour que les commerçants et consommateurs d?Afrique de l?Est et de l?océan Indien ne viennent pas s?approvisionner ici. Nous visons aussi une clientèle touristique accrue. Vous voyez que la consommation prendra une ampleur nouvelle.

Pourquoi ne pas avoir supprimé tous les tarifs à la fois ? Cela aurait évité la confusion et galvanisé les promoteurs éventuels de boutiques hors taxes.

Cela n?est pas possible. L?économie n?aurait pas pu le soutenir. Sous la formule actuelle, le pays sera un espace entièrement hors taxe dans quatre ans. Je pense qu?il ne faut pas brûler les étapes. Et encore moins mettre toutes ses ressources sur une nouvelle idée.

La suppression des taxes douanières n?est qu?une étape vers la création d?une destination dutyfree. Où sont les autres mesures d?accompagnement ?

L?extension de l?aéroport a été prévue dans le budget. Des incitations sont disponibles aux promoteurs désirant investir dans le type de shopping centres qu?il faut. L?accès aérien est en train d?être amélioré, notamment avec les droits de transit accordés récemment sur les routes Afrique du Sud-Inde et Australie-Europe. C?est au secteur privé de jouer à présent. L?État n?est que le facilitateur.

Les entreprises locales craignent pour leur survie. Qu?avez-vous à leur dire ?

Je leur dis de s?accrocher et de faire preuve de créativité. Le dutyfree ne sonne pas forcément le glas pour elles pour peu qu?elles soient disposées à s?en sortir. L?État accorde des incitations pour les aider à s?adapter. Pourquoi n?apportaient-elles pas de la valeur ajoutée aux produits importés ? Tous les pays du monde le font. Les entreprises locales travaillent plutôt dans le segment basse ? moyenne gamme. Elles pourraient profiter de l?opportunité pour monter en gamme et développer de nouvelles niches. Elles pourraient transformer le label mauricien en quelque chose de très prestigieux.

Le projet d?île dutyfree est lancé à la veille des élections législatives. Ne risque-t-il pas de rester au stade de projet ? Depuis le temps où le pays est à la recherche de nouveaux moteurs de relance, c?est tout de même surprenant qu?on ait attendu tout ce temps pour essayer cette idée.

Ce projet n?est pas la propriété exclusive de ce gouvernement. Nous l?avons lancé. C?est au pays et aux entrepreneurs de s?en approprier à présent et de le faire marcher. Je pense que, même si le gouvernement devait changer à l?issue des prochaines élections, ce projet aboutira. Il ne pourra pas en être autrement. L?idée contient les germes de la réussite. Les Mauriciens ne la laisseront pas passer parce qu?elle leur offre une opportunité de faire de l?argent.

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