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« Former le public à détecter les signes précurseurs du cancer »

17 septembre 2006, 00:00

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Quelles sont les retombées de l?atelier de travail auquel vous avez participé la semaine dernière ?

Nous étions au total neuf experts étrangers d?Oxford, de France, des États-Unis, d?Afrique du Sud, de la Malaisie, entre autres, à prendre part à un workshop sur le cancer pendant trois jours au Domaine Les Pailles. Le but était de faire un état des lieux de la maladie, mais aussi de passer en revue les différentes structures entourant le diagnostic, la prévention, les ressources disponibles et le traitement à Maurice.

Nous avons eu beaucoup d?échanges, avec les spécialistes mauriciens pour identifier les besoins du pays en termes de prévention et de lutte contre le cancer. Cela aidera à établir une politique nationale pour mieux contrôler la propagation de cette maladie, mais aussi pour mieux dispenser les soins palliatifs.

Quel est votre constat de l?ampleur du cancer à Maurice ?

Lors de l?atelier de travail, nous avons pris connaissance des statistiques. Ceux-ci indiquent que 936 décès, soit 11,3 % du taux de mortalité, sont attribués au cancer, annuellement. Dans le monde, le cancer fait aussi de nombreuses victimes. La femme est davantage touchée par le cancer du sein alors qu?auparavant, c?était surtout celui du col de l?utérus qui était plus fréquent.

Chez les hommes, on trouve les cancers colo-rectaux, de la prostate et du poumon, entre autres. Pour les deux sexes, il y a de plus en plus de nouveaux cas et le taux de mortalité se multiplie de nos jours. Le constat est alarmant. Maurice n?échappe pas à cette règle. Toutefois, il est important que l?on commence d?ores et déjà à s?engager dans cette lutte contre le cancer. Car d?ici peu, cette maladie se propagera telle une épidémie. Il est primordial d?intervenir et d?inculquer tous les éléments servant à contrôler le cancer : la détection, le traitement, le support et la prévention.

« 936 décès, soit 11,3 % du taux de mortalité, sont attribués au cancer, annuellement, à Maurice. »

Les autorités comptent mettre sur pied un National Cancer Control Programme. Sur quoi devrait-il se baser ?

Il est urgent d?introduire un plan national. Je pense que celui-ci devra se baser d?abord sur une formation approfondie du personnel dans le domaine médical. Il faut également mobiliser les ressources financières pour cette formation, mais aussi pour upgrade les facilités et services disponibles. Par exemple, on peut investir davantage dans les équipements disponibles pour les traitements et aussi pour le dépistage.

Il faut que cela soit inculqué par l?État mais le public doit également collaborer. Il doit être éduqué pour exercer un meilleur contrôle de sa propre vie. Ainsi on pourra réduire le taux de mortalité lié au cancer, mais aussi permettre un dépistage précoce. Car à ce jour, on découvre le cancer à son dernier stade et les chances de survie s?amenuisent. Or, si on le détecte plus tôt, on maintiendrait les gens en vie et on ne perdrait pas des effectifs de la population productive. Tout ceci doit être pris en considération pour lutter contre le cancer mais aussi pour le prévenir.

Comment prévenir le cancer ?

La prévention commence par soi. Le mode de vie de l?individu doit changer. Par exemple, il faut contrôler sa dépendance au tabac. De préférence, il faut cesser de fumer, car le fumeur est prédisposé au cancer mais aussi les fumeurs passifs. Le fumeur n?est pas non plus à l?abri des maladies cardiovasculaires.

Il faut également adopter une alimentation saine et privilégier l?exercice physique. Puis, la prévention doit aussi être la préoccupation de la société ; ce qui englobe l?État et les organisations. Le dépistage précoce est d?importance capitale. Pour cela, on peut adopter des mesures. Par exemple, former le public à détecter les signes précurseurs de la maladie, à s?auto-examiner, à savoir à partir de quand il doit se faire dépister mais aussi à se familiariser avec tous ces tests.

Le cancer entraîne souvent un traitement lourd et douloureux ainsi que des risques de rechute. Comment y faire face ?

Il y a huit ans, j?ai moi-même souffert d?un cancer du sein. C?était une épreuve difficile, mais il faut se battre pour survivre. C?est vrai qu?il y a de grands risques de rechute car il n?y a pas de remède au cancer. Par contre, si on le diagnostique assez tôt, on peut encore être sauvé. Souvent, on pense que le terme cancer est synonyme de mort. Mais il ne faut pas songer à cela. Il existe des traitements, évidemment durs, mais efficaces. Il faut changer la mentalité à l?effet que cette maladie est une bombe à retardement. On peut très bien, malgré les soins douloureux, mener une vie normale et faire face après. Et puis, les effets secondaires sont temporaires. Quand on lutte contre un cancer, sauver sa vie est plus important que de penser aux effets secondaires du traitement. D?ailleurs, plusieurs possibilités de reconstruction après une ablation, par exemple, existent pour permettre au patient de reprendre une vie normale.

Un autre élément peut aussi contribuer à faire face au cancer ? le soutien. L?organisation Reach to Recovery International que je préside, comprend des groupes de soutien pour les femmes atteintes de cancer du sein et pour leurs familles. Actuellement, j?aide les autorités mauriciennes à mettre sur pied un organisme pour que les patientes sachent comment affronter tout ce qui entoure la maladie. Il faut promouvoir le support psychosocial.

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