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« On doit être dur pour s?engager en politique »

4 mars 2007, 00:00

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Comment avez-vous vécu les incidents survenus récemment dans votre circonscription ?

Ces événements ne m?ont pas affectée moralement. Mais comme tout être hu-main, cela m?a profondément irritée. La vie de politicien n?est pas de tout repos. Ce qui me dérange à présent, c?est que je dois faire attention aux personnes qui m?approchent et regarder par-dessus mon épaule à chaque fois que je mets les pieds dehors.

J?ai vécu 16 ans au Botswana et j?ai sillonné plusieurs autres pays mais je n?ai, de mémoire, jamais subi de tels abus et insultes. J?ai connu des moments difficiles en Afrique : un jour je me suis trouvée au c?ur d?un des raids de l?African National Congress, mais je n?ai jamais été maltraitée comme je l?ai été à Vallée-des- Prêtres. Cette localité où je suis née a changé, c?est maintenant devenu un quartier chaud.

Que vous reprochaient ces gens ?

Après le passage du cyclone Gamede, les drains obstrués ont débordé et l?eau a été refoulée chez les habitants. Mais ce n?est pas de ma faute si les maisons sont construites sur des drains naturels, près des berges des rivières, où il n?y a pas de gabions installés, ou sur des terrains marécageux. Le problème se situe à plusieurs niveaux. Comment est-ce que la municipalité a pu donner la permission de construire ?

Le métier de politicien n?est pas de tout repos et il est même ingrat, vu les derniers événements. Cela ne va-t-il pas décourager davantage les femmes à embrasser une carrière politique ?

Les femmes ne doivent pas se décourager, sinon elles passeront pour des faibles. N?importe qui aurait pu être victime de tels traitements. Ce n?est pas une raison pour que je reste chez moi car alors, le travail n?avancera pas. Il faut donc arriver à régler le problème d?insécurité qui règne dans la circonscription no 4 (Port-Louis Nord ? Montagne-Longue).

J?ai d?ailleurs soulevé la question au Parlement, il y a six mois, et demandé que la loi sur la sécurité soit amendée. Elle doit être plus sévère et il faut que les patrouilles de police soient plus fréquentes.

Ou alors, pourquoi ne pas nous inspirer de Singapour, où les caméras de surveillance ont remplacé les policiers dans certains endroits. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, en a d?ailleurs pris note, mais il faut du temps pour que les choses changent.

Comment faire pour inciter davantage de femmes à s?engager en politique ?

Maurice a ratifié la convention de la SADC, qui demande que tous les pays de la région aient au moins 30 % de femmes au Parlement. Et il faut souligner que Maurice a fait des progrès.

Mais personne n?aime se faire insulter, ce qui fait que les femmes y réfléchissent à deux fois avant de franchir le pas. On doit être vraiment dur pour s?engager en politique. Et puis, il faut également que les parlementaires masculins se montrent plus respectueux envers leurs collègues du sexe féminin.

Certains pays ont imposé un quota de députées. Qu?en pensez-vous ?

Je ne crois pas dans un tel système.

Je pense que pour qu?une personne représente une circonscription, elle doit avoir été choisie et acceptée par les électeurs. Imposer un système de quota serait comme forcer la main au destin.

Malgré leurs capacités intellectuelles, les femmes n?arrivent pas à accéder à des postes de haute responsabilité. Où se situe le problème, selon vous ?

Je trouve au contraire que la situation va en s?améliorant. Le Premier ministre est le premier à avoir offert autant de tickets aux femmes lors des dernières élections. Dans le gouvernement actuel, nous avons toujours été pour la promotion de la femme et prôné l?égalité des chances. On le constate d?ailleurs dans la fonction publique, où il y a davantage de femmes pour le poste de secrétaire permanent. Dans la profession libérale, les femmes tiennent le haut du pavé en tant qu?avocates, ou ingénieurs. Mais dans le judiciaire, il faudrait peut-être qu?on ait enfin une femme chef juge. Tout cela pour vous dire que la tendance tend à s?inverser.

Le 8 mars, les femmes du monde entier célèbrent leurs droits. Quels devraient être les autres objectifs de la Journée internationale de la Femme ?

Il y a matière à réflexion après le « cadeau » qui m?a été donné à Cipaye Brûlé ! Les femmes ont du talent, et n?ont pas besoin d?être revalorisées, il faut simplement leur donner la chance de prouver ce qu?elles valent. Mais pour que cela se concrétise, il faut plus de discipline et leur rendre leur dignité.

■ Propos recueillis par Bindu BOYJOO

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