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« C?est en résolvant nos propres conflits qu?on règle ceux que l?on a avec les autres »

26 juin 2005, 00:00

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Comment le Thabor a-t-il pris contact avec vous, et quel était le but de votre mission à Maurice ?

Je fais partie de la Communauté du Chemin Neuf qui est aussi présente à Maurice. Je suis formateur pour adultes et je donne des cours dans plusieurs domaines, notamment l?histoire, la philosophie, ou encore la théologie. C?est en 1999, après les émeutes qui ont suivi la mort du chanteur Kaya, que Mgr Piat a fait appel à moi, à travers la Communauté du Chemin Neuf. J?ai occupé le poste de directeur de l?École de théologie et de sciences humaines qui se trouve au Thabor. Mgr Piat m?a alors proposé d?entreprendre un travail pour éduquer la population en matière de gestion des conflits. Ce travail s?est poursuivi après la crise, et Mgr Piat m?a poussé à approfondir les techniques de prévention. J?ai sillonné l?île pour donner une formation ouverte au grand public. Une fois par semaine, je suis allé à Flacq, à Mahébourg, à Goodlands ou dans d?autres villes pour donner un cours de deux heures et demie. Cela a duré pendant dix semaines.

Vous sortez un livre sur le sujet, lundi. Pourquoi ?

Le livre qui sera lancé demain aborde la difficulté de gérer les conflits. Il s?intitule Apprendre à mieux gérer nos conflits, une communication vraie et une négociation efficace. Je veux, grâce à cet ouvrage, apporter une méthode basée sur différentes interactions que j?ai eues avec les gens lors de mes cours. Ce livre est le fruit d?expériences que j?ai vécues. Au départ, les gens qui suivaient mon cours n?avaient pas de bases auxquelles se référer durant les séances. Au fur et à mesure, j?ai rédigé des notes de cours pour leur permettre de mieux se situer. Le livre est en fait un condensé de ces notes. C?est pour cela qu?il est organisé en une série de 10 étapes à suivre ; à la fin de chacune d?entre elles, un outil est donné. Par exemple, le premier est simple et consiste à créer ou renforcer un espace et un moment de rencontre privilégié et régulier entre les membres de la famille. Chacun pourra alors discuter et apporter son point de vue.

Ce projet d?écriture est-il né à Maurice ou était-il en préparation avant votre arrivée ?

Je portais ce projet depuis longtemps, mais ce livre est arrivé à maturité à Maurice. C?est grâce à l?interaction avec les différentes personnes à qui j?ai apporté mon enseignement à Maurice que je l?ai peaufiné. J?ai d?ailleurs pris des exemples et des situations concrètes qui se sont passés ici. Le challenge est le même partout, les outils existent mais nous ne les connaissons que très peu. C?est la façon dont on se parle à soi-même qui va déterminer notre manière d?être avec les autres. La formation entraîne la personne à aller chercher dans son histoire ce qui ne va pas, car ce n?est qu?en ayant résolu nos propres conflits qu?on règle les dissensions avec les autres.

Votre ouvrage est-il destiné uniquement aux Mauriciens ou comptez-vous le promouvoir ailleurs ?

À neuf mois de la publication de mon livre, je pensais avoir recours à un éditeur international. Mais c?est un peu mon cadeau aux Mauriciens que d?avoir édité ce livre ici. Je l?ai ficelé avec des dialogues bien de chez vous. Je me suis dit qu?il fallait respecter le texte de création, la primeur est à Maurice. Je le ferai certainement rééditer en apportant quelques modifications pour l?adapter au grand public. Toutefois, je dois dire que l?ouvrage est facile à lire et il a une double finalité. Tout d?abord, il sert de support aux animations, puis, il sert à diffuser l?outil plus largement.

Avez-vous l?intention de quitter définitivement Maurice au mois de juillet ? Quel sera le suivi de votre mission ?

J?ai l?intention de rester très proche de l?équipe que j?ai formée. En effet, en plus de 1 500 personnes ont suivi cette formation en gestion des conflits, alors que j?ai fait un séminaire approfondi qui ne comprenait que 75 personnes au début. Pendant ce séminaire qui a duré pendant un an et demi, à raison de deux heures par semaine, les participants ont pu s?approprier l?outil et acquérir quelques connaissances. Aujourd?hui, 50 d?entre elles se sont lancées, depuis janvier dernier, dans l?animation de séances sur la gestion des conflits. Je pars donc serein, car je sais qu?elles sont aptes à assurer ma relève. Ce cours, tout le monde en a besoin, les jeunes comme les moins jeunes ; il s?adresse à un public très large. Je vais garder le contact avec l?équipe que j?ai formée mais aussi avec les autres et peu importe l?endroit où je me trouverai, il y aura toujours moyen de me contacter.

Que retenez-vous de ces six années passées à Maurice ?

J?ai reçu ici le secret de l?art de vivre ensemble. Il y a dans la population une diversité incroyable et je continue à admirer cela. En fait, je quitte Maurice pour des raisons personnelles. Je me dois d?aller retrouver ma famille car mes enfants grandissent et ils n?ont pas revu leurs grands-parents depuis longtemps. Je pars toutefois en gardant des amitiés profondes et sincères avec beaucoup de Mauriciens de toutes les conditions et de toutes les communautés. Quant à revenir, j?espère que ce sera possible un jour.

Propos recueillis par Charlotte ROUSSETY

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