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Zéro soupçon

15 avril 2004, 20:00

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CERTAINS ont la hantise de la page blanche. D?autres ont la mauvaise manie de blanchir tout ce qui leur tombe sous la main. Dans un autre univers de référents, blanchir aurait été mélioratif comparé à noircir. Mais, dans le cas qui nous concerne, les valeurs langagières sont inversées. Parce qu?on est dans un monde où le langage a valeur de jeu et les actions les plus notables consistent à se faire résonner les poches de sous clinquants.

Blanchir, c?est un autre moyen pour se détourner des projecteurs de la transparence. A Maurice comme ailleurs, on emprunte cette voie pour mieux s?engraisser. Parfois, dans les discussions mondaines, les moins malins se vantent même d?avoir les recettes magiques pour faire fructifier illégalement leurs biens.

A Maurice, un peu moins qu?ailleurs par contre, nous n?avons qu?une race de victimes et d?innocents. On l?aura remarqué, au fil du temps et à chaque fois que des allégations sont faites, on crie à la vendetta ou à la ?victimisation?. C?est le propre d?un pays où la perception sur le niveau de la corruption est très élevée mais où on arrive difficilement à trouver des coupables. Après une très longue période d?impunité et de permissivité, on avait annoncé à gorges déployées l?heure de l?exercice de salubrité publique. Dans le monde des hautes affaires, on commençait à faire ressortir qu?une certaine terreur s?installait, asphyxiant le sens de l?initiative. Au sein du petit peuple, on ne cessait de plaider pour une justice égale pour tout le monde. Puis, on regardait vers ceux qui nous gouvernent, vers ceux qui sont à la tête de ces institutions censées procéder au grand nettoyage et vers tous les décideurs de ce pays pour leur demander de jouer le jeu à fond pour une fois.

Le temps passe. Des coups éclatent. Des têtes sont annoncées comme tombantes. Des institutions sont présentées comme étant engagées dans un impressionnant exercice d?hygiène général. On se met à espérer. On veut y croire. L?île Maurice n?a plus une classe de privilégiés. L?île Maurice ne va plus succomber à la théorie des brebis galeuses afin de pouvoir s?accrocher à des institutions pourries. Nos décideurs lancèrent des signaux. On clamait à haute voix que l?heure de la zéro tolérance avait sonné. Et puis, en ouvrant les yeux, on se rend compte qu?il fallait avant tout réunir les conditions pour un état de zéro soupçon. Or, celui-ci n?a jamais existé et il n?existe toujours pas. Toujours aux postes les plus élevés, on retrouve ceux qui sont les plus susceptibles de succomber à la tentation. Toujours, sans renouvellement des têtes d?affiche, se perpétue le même système. Enfin, de la démocratie tiers-mondiste au capitalisme oligarchique, le système économique souffre de maux que nos hérauts de la morale publique ne s?embarrassent nullement de combattre dans les faits. C?est ainsi que, derrière les mots de bon ton et les intentions les plus nobles, se profile le soupçon. Un état d?esprit qui est antithétique à la confiance.

Le bon sens indiquerait un ton où se glisserait une invitation à la mesure et à l?éthique. Mais qui oserait contester un pessimisme qui n?a pas su résister à l?épreuve des promesses non tenues et à ces déclarations d?intention qui résonnent comme des v?ux pieux? On pourrait, d?un autre côté, démontrer que la situation n?est pas aussi dramatique. Mais tirer gloire de la seule façade ne peut pas être indéfiniment réjouissant.

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