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Vers un réseau national pour les bibliothèques
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Vers un réseau national pour les bibliothèques
Yves Chan Kam Lon, vous êtes à la tête de la Bibliothèque nationale depuis sa création en 1999. Où en êtes-vous avec vos projets ?
La Bibliothèque nationale (BN) a atteint sa vitesse de croisière. On a mis tous les programmes en place. La collecte de notre patrimoine à travers le dépôt légal fonctionne bien, malgré quelques petits pépins. On arrive à récupérer tout ce qui est produit comme imprimé à l?île Maurice. C?est la première fois que cela fonctionne comme il faut et je remercie les imprimeurs qui ont compris l?enjeu.
Les petits pépins dont vous parlez, seraient-ce des producteurs réticents qui ne déposeraient pas à la BN leurs produits en six exemplaires, comme la loi l?exige ?
En effet. C?est le cas pour des produits audiovisuels tels que CD, cassettes et autres. Quelques producteurs sont réticents à vouloir déposer à ce jour. Il y a toujours des réfractaires dans tous les domaines, mais même si la loi nous permet de les poursuivre, nous essayons de les convaincre de déposer volontairement leurs produits.
Hormis le dépôt légal, quelles sont vos autres sources en vue de la reconstitution du patrimoine mauricien ? Ce patrimoine, est-ce cela le ?Mauritiana? ?
Pour reconstituer notre patrimoine, il y a des lacunes que nous essayons de combler en faisant des photocopies de documents que les autres bibliothèques de l?île veulent bien nous prêter. Notre objectif est d?avoir à la BN, comme il se doit, au moins une collection complète de ce qui est produit à Maurice, le Mauritiana. J?aimerais citer en exemple, nos relations très étroites avec la bibliothèque de la Cour suprême. Celle-ci nous prête les Mauritius Reports qui nous manquent et que nous photocopions. C?est un travail de fourmis qui est en train de se faire pour reconstituer notre patrimoine.
Serait-ce une utopie que d?espérer dans un avenir proche qu?un simple clic de souris donne accès à l?information, sans impliquer le déplacement du chercheur?
L?informatisation de la BN démarre à l?instant. Après le premier projet qui est la collecte, vous avez la technique de bibliothéconomie qui doit répondre aux règlements internationaux. Puis vient l?informatisation dont le but est justement de permettre à l?uti-lisateur d?avoir un accès rapide et direct à l?information qu?il désire trouver. Tous les documents que l?on récupère à travers le dépôt légal ou les dons ou l?achat sont répertoriés et compilés en une bibliographie nationale. On a déjà publié la première, qui couvre les années 1996 à 2000. La deuxième est sous presse. Elle s?étend de 2001 à 2003.
La BN est un outil de travail pour les bibliothécaires et les chercheurs. Cette bibliographie nous permet l?accès à tout ce qui est produit à Maurice. Elle est faite selon les normes internationales avec un indexage de sujets. Cette classification et le catalogage suivent aussi ces normes. C?est facile à manipuler.
Outre cette facilité offerte au chercheur, y aura-t-il un réseau où les bibliothèques de l?île seraient reliées ?
Pour l?informatisation, on est dans le processus de développer un réseau national où toutes les grandes bibliothèques de Maurice seront reliées. Le but ultime est de permettre à l?utilisateur d?avoir l?information où qu?il soit. Le réseau, c?est bien, mais le prêt inter-bibliothèques sera mis en place pour faciliter l?accès à l?information, sans nécessairement se déplacer.
On entend souvent dire que bien des documents des Archives nationales tombent en poussière. Est-il possible de les sauver ? Que faites-vous en ce sens ? Et pour préserver ceux que vous collectez depuis que vous êtes à la tête de la BN ?
Concernant la collecte, donc le 1er projet, elle comprend aussi l?aspect de la préservation et la conservation des documents. La préservation a trait au contrôle de l?environnement pour que les do-cuments durent dans le temps, selon la température, l?humidité et la luminosité. Pour la conservation, on traite les documents qui sont dans un état critique.
Si on ne peut le faire, on essaie de les microfilmer. Nous avons des journaux datant de 1777 à ce jour. Par contre, les documents qui peuvent être reconditionnés, sont tous reliés. Pour empêcher la détérioration des journaux du jour, ils sont laminés tous les jours. Parce qu?il faut en montrer au moins une copie telle quelle. Nous allons dans le futur. On ne peut plus se permettre de laisser le patrimoine public disparaître pour de bon.
Avez-vous d?autres fonctions majeures à la Bibliothèque nationale ?
Une autre fonction à la BN consiste à donner des numéros de séries aux journaux, magazines, périodiques, car nous abritons l?agence ISSN ?International Standard Serial Number?. Avis aux imprimeurs et éditeurs, ceux qui aimeraient avoir le numéro de l?ISSN peuvent le faire gratuitement sur place. Un autre grand aspect, c?est la collection de références concernant des documents généraux. Ces ouvrages sont en accès libre dans le Search room, (Ndlr : la salle de conférences). Il faut mentionner que la BN donne libre accès à tous.
La démarche du chercheur à la BN est fastidieuse. Elle le contraint à monter au second étage pour préciser son nom et la nature de sa recherche, pour ensuite descendre au premier. Mais c?est le seul moyen de comptabiliser le nombre de personnes qui, chaque jour, viennent pour des recherches et la nature de leurs recherches. Le temps que vous descendez, notre personnel cherche le document demandé. Donc, quand vous êtes au 1er, votre document est presque là. Le ?library attendant? vous porte le document.
N?envisagez-vous pas, comme ailleurs, dans toutes les grandes librairies à niveaux multiples, l?installation d?un ?conveyor belt? pour acheminer les documents quasi instantanément vers l?utilisateur ?
Ce n?est pas possible. Nous sommes des locataires. La construction de la Bibliothèque nationale est prévue sur un terrain déjà identifié à Moka, près de l?institut Mahatma Gandhi. Quand est-ce que cela se fera, est une autre question. Il faut considérer le financement de ce projet comme prioritaire. Qu?on s?attelle à la tâche immédiatement. Au nom de notre patrimoine.
Ne serait-ce pas une décentralisation qui handicaperait le public, le touriste, le chercheur? ?
Avec l?informatique, l?accès sera immédiat, où que vous soyez.
Le 23 avril, c?est la Journée mondiale du livre. Préparez-vous un projet qui surclasserait l?éclat de celui de l?an dernier au Port-Louis Waterfront?
J?aimerais rappeler le projet de l?an dernier. On s?est appesanti sur l?idée que l?enfant est la personne qui nous concerne et que chaque enfant doit avoir au moins un livre. On a demandé aux libraires de donner de bons ?discount?. Ce qui a vraiment plu au grand public. Ils étaient là jusqu'à 11 heures du soir pour acheter des livres. Les parents sont conscients de l?importance de l?éducation et du rôle du livre dans la promotion de l?éducation.
Cette année on va travailler dans la même optique, mais en élargissant l?événement. La grande surprise sera au niveau des facilités que les libraires donneront au grand public. Je peux vous dire qu?on a institué un comité organisateur qui comprend libraires, bibliothécaires, distributeurs de livres, imprimeurs. Il y a aussi les représentants des ministères des Arts et de la Culture, de l?Education et de la Recherche scientifique et aussi les représentants des différentes ambassades pour nous aider à organiser quelque chose de très beau pour le grand public. On fera aussi appel à toute la presse, écrite, parlée, et visuelle, pour nous aider à atteindre notre but.
Deux semaines avant la grande surprise, il y aura des activités qui seront organisées par les différentes municipalités, les collèges et les écoles de l?île pour les mobiliser pour cette grande fête. Ce sera plus beau que l?an dernier. Un grand festin pour le public. Soyez patients!
Propos recueillis par Jeanne Gerval Arouff
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