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Vers la parité hommes-femmes sur le lieu de travail

21 septembre 2007, 00:00

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Selon le Bureau international du travail (BIT), la main-d??uvre mondiale ?se féminise?. Maurice n?échappe pas à cette tendance à l?instar de tous les pays en développement de la zone Afrique et océan Indien. Le taux de participation directe de la population féminine au marché du travail s?accroît constamment.

Cependant, si cette contribution féminine au développement du pays est vitale, elle reste ?invisible? et peu appréciée ou reconnue à sa juste valeur. On estime à ce jour que 34 % des femmes âgées de 17 à 65 ans ont ou sont à la recherche d?un emploi à Maurice. Les chiffres de la Fédération des employeurs mauriciens (MEF) concernant le chômage des femmes pour le premier trimestre de 2007 s?élèvent à 15,8 %, alors que chez les hommes il n?est que de 5,6 %.

?La participation économique des femmes mauriciennes a toujours été inférieure à celle des hommes et longtemps considérée comme anecdotique?, ironise un peu Indira Seebun, ministre des Droits de la femme. ?La conception de la femme au foyer étant ancrée dans les mentalités, ajoute-t-elle, l?idée qu?une femme puisse souhaiter s?émanciper économiquement afin de ne pas dépendre d?un homme pouvait encore choquer il y a quelques années.?

Les femmes, elles-mêmes victimes de ce préjugé communément admis et du poids d?une société patriarcale, ont abondé dans ce sens et fini par s?autocensurer, sauf dans les milieux ruraux où la ?faim justifiait les moyens?. Fort heureusement, les choses évoluent progressivement, mais c?est un combat de longue haleine qui s?ébauche, car les clichés ont la vie dure !

?On oublie un peu facilement rappelle-t-elle, que les Mauriciennes ont été aux premières loges des usines textiles et sucrières des zones franches d?exportation (ZFE) qui ont assuré l?essor économique de l?île dans les années 70?.

Pour Vinesh Hookoomsing de l?université de Maurice, ?La femme a été à la base de la révolution industrielle qui a permis à Maurice de donner plus de substance et de sens à son indépendance politique.? Indira Seebun poursuit : ?Heureusement que dans le même temps, l?éducation pour les filles et les garçons se démocratisait. Aujourd?hui nous pouvons être fiers en tant que nation, d?avoir une population féminine éduquée, affichant souvent de meilleurs résultats scolaires et universitaires. Ces femmes de demain sauront s?affirmer dans le milieu du travail et contribuer à la richesse nationale par leurs compétences, leur volonté de réussir, et leur sensibilité.?

?Il nous faut maintenant accompagner dans leur émancipation et leur conquête de liberté économique, celles qui sont les plus vulnérables : les femmes issues des milieux ruraux, les filles des zones d?éducation prioritaires...?

L?Empowerment Programme développe sa stratégie et ses actions dans cette optique. Une session de formation au marketing auprès de 80 jeunes femmes de milieux défavorisées vient de prendre fin. Et dans deux semaines quelque 142 autres femmes vont être initiées au monde de la finance. Elles recevront Rs 4 000 de stipend mensuel pour une formation longue à l?issue de laquelle elles sont assurées d?être placées sur le marché de l?emploi. Ce sont les petites rivières qui font les grands fleuves !

L?Empowerment Programme permet également à ces femmes de s?approprier progressivement des corps de métiers jusque-là ?réservés? aux hommes tels que la construction, les professions liées à l?aviation, etc. Par ailleurs, les politiques et actions inscrites dans l?Equal Opportunity Act ouvrent beaucoup d?avenues en faveur de la parité hommes-femmes. Formation, emploi, profession ! La route est bien longue en effet ! Aujourd?hui encore, cette contribution essentielle des femmes à l?économie nationale continue d?être occultée. Même dans les statistiques de l?emploi et la comptabilité nationale, la place des femmes est sous-estimée.

?Les préjugés sociaux et culturels perdurent en zones urbaines et rurales et font la part belle aux discriminations entre les sexes !?

Une sous-estimation qui s?accentue du fait que le travail non rémunéré mais pourtant indispensable à de milliers de femmes s?effectue dans les secteurs domestique et informel urbain et rural. Il y a là nécessité d?accorder aux femmes mauriciennes la reconnaissance économique qu?elles méritent. Le Dr. Vishal Ragoobur de la MEF souligne que si l?on intégrait dans les statistiques le travail non rémunéré que les femmes effectuent dans l?agriculture de subsistance (ces petits lopins de terre qui couvrent l?essentiel des besoins alimentaires de centaines de familles rurales) et dans les entreprises familiales (petites échoppes qui proposent à la vente les dholl puri, rotis, halim, etc. et qui jonchent les rues de la capitale et des villes côtières notamment), la participation des femmes à l?économie nationale serait de 10 à 20 % plus importante.

Quant aux travaux ménagers ajoute-t-il, s?ils étaient considérés comme des activités productives, ils feraient augmenter la valeur du produit intérieur brut de 24 à 30 %. Le taux de participation des femmes mauriciennes serait alors égal, voire supérieur à celui des hommes. En attendant, l?injustice faite aux femmes par la part ?gommée? de leur travail ?invisible? est criante. En se basant sur une définition plus large de l?activité économique qui engloberait le secteur informel et les activités non commerciales, le taux d?activité des femmes mauriciennes augmenterait de façon spectaculaire ! Et l?on reconnaîtrait enfin que le travail visible et invisible des femmes à Maurice est un pilier essentiel de l?économie nationale.

Mais les récentes transformations économiques de l?île liées à la mondialisation (passage d?une économie principalement basée sur les ZFE à une cyberîle) n?expliquent pas à elles seules les difficultés auxquelles les femmes mauriciennes sont confrontées. Les préjugés sociaux et culturels qui perdurent à des degrés divers en zones urbaines et rurales sont tenaces et font la part belle aux discriminations entre les sexes ! Avec l?arrivée massive des femmes sur le marché du travail (dans les centres d?appels notamment et plus récemment dans les secteurs financiers et commerciaux), on constate que les mentalités évoluent mais les inégalités à leur égard sont encore trop importantes.

Une nécessité d?adopter une législation en ce sens se fait pressante. Ce qui ne signifie pas que rien n?a été fait en ce sens. Pour autant, les Mauriciennes continuent d?être moins bien payées que les hommes. Elles gravissent moins vite l?échelle hiérarchique des postes (cela se vérifie d?autant plus dans le secteur privé). Elles sont cantonnées à des postes subalternes moins bien rémunérés et mal considérés surtout (la reconnaissance n?est pas seulement affaire d?argent mais aussi de statut et promotion sociale). Dans le privé, seulement 2,8 % de la population féminine accède à des postes haut placés alors que dans la pratique elles cumulent le double fardeau de leur vie professionnelle et familiale.

<B>R.S. </B>

QUESTIONS À?

<B> Jocelyne Laurent, </B> PDG de Eugénie Food Products Ltée

● <B> Qu?est-ce qui vous a motivé à créer votre entreprise il y a cinq ans ? </B>

A cette époque, j?ai estimé avoir atteint l?âge idéal (45 ans) pour créer ma propre structure de fabrication de confitures, chutney, pickles, etc. à base de fruits locaux exclusivement.

Je désirais offrir une gamme de produits naturels et participer à mon niveau à l?économie locale en embauchant les femmes de la région.

J?avais mûri ce projet depuis longtemps déjà. La motivation était là, intacte, et les études préalables me confortaient dans la solidité de mon projet.

De plus, mes trois enfants étaient devenus suffisamment autonomes, je n?avais donc plus à me soucier des problèmes de garderie les concernant. Mais l?aspect le plus important était que mon mari m?apportait son appui inconditionnel.

Bien souvent, les femmes qui ont réussi sont celles qui ont eu un mari exceptionnel qui leur a donné la chance de percer dans leur milieu professionnel, que ce soit l?accès à un poste clé (managerial) de la compagnie pour laquelle elles travaillent ou la création de leur propre entreprise. Et c?est comme cela que Eugénie Food Products est née.

L?entreprise est devenue familiale et ?bicéphale?, en ce sens que mon mari s?occupe plus particulièrement de la partie technique, alors que moi je gère tout ce qui touche à l?aspect humain de l?entreprise.

● <B> Auriez-vous souhaité vous lancer plus tôt dans cette aventure? Où se situait votre projet de création d?entreprise dans votre plan de carrière et par rapport à votre famille ? </B>

Ce projet me tenait à c?ur depuis bien longtemps. L?entreprise aurait vu le jour bien plus tôt, mais les contraintes familiales étaient trop fortes. C?est délicat pour une femme de concilier vie professionnelle et vie familiale. Souvent, le ?plan de carrière? s?efface et priorité est donnée au plus urgent : l?éducation des enfants !

Mais pour autant, si je n?ai pas voulu sacrifier ma famille sur l?autel de mes ambitions professionnelles, je n?y ai pas non plus renoncé. Je crois avoir réussi le double pari de relever le défi de devenir chef d?entreprise et d?inculquer des valeurs humaines fortes à mes enfants.

● <B> Quel est le message que vous vouliez faire passer à votre entourage en privilégiant vos ambitions professionnelles à un moment donné ? Car une fois votre activité mise en route, elle a dû prendre le pas sur toutes les autres considérations?</B>

Oui, être chef d?entreprise, cela signifie être sur tous les fronts à la fois et savoir anticiper également. C?est 100 % de votre temps et de votre énergie.

En un sens, Eugénie est un prolongement de ma vie personnelle.

J?ai voulu recréer une ambiance très chaleureuse, voire familiale, au sein de mon entreprise. Je suis à la tête de neuf employés dont sept femmes et je suis très proche de chacune d?elles ! Ce qui ne m?empêche pas d?être un manager à part entière. Je fais preuve de beaucoup d?autorité là et quand il le faut. Et elles le savent parfaitement. Mais je les empower. Elles me respectent d?autant plus pour cela.

Maintenant que l?entreprise a atteint sa vitesse de croisière dans son développement, nous allons élargir notre gamme de produits et poursuivre notre diversification vers la zone océan Indien, l?Australie, la France et l?Angleterre notamment. Nous allons pour ce faire introduire des machines dans le process de production.

Je veille à ce que mes employées soient correctement formées sur ces nouvelles machines et à ces nouveaux process. Ainsi, elles se sentent très impliquées dans ce tournant décisif de l?entreprise et c?est toute la dynamique d?Eugénie Food Products Ltd qui en bénéficie !

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